Horizons lusophones

          Le BRESIL, invité du festival des arts EUROPALIA à Bruxelles 

Tarsilo do Amaral, Operarios / Acervo artistico cultural dos palacios do governo do Estado de São Paulo,

Pour sa 23e édition, la Biennale des arts Europalia est consacrée  au Brésil. Du 4 octobre 2011 au 15  janvier 2012, Bruxelles va vivre aux couleurs de la culture brésilienne au fil de plusieurs centaines de manifestations - expositions, concerts, spectacles vivants, rencontres – placées sous le thème de la diversidade. Le coup d’envoi est donné mardi 4 octobre avec l’inauguration de la grande exposition  Brazil.Brasil au Palais des Beaux-Arts, en présence du Roi et de la Reine de Belgique et la Présidente de la République fédérale du Brésil Dilma Rousseff.
Les précédentes éditions du festival, consacrées à la Russie et à la Chine, ont accueilli chacune plus d’un million de visiteurs.

Au programme de cette nouvelle édition, figurent plus de 600 événements (expositions, concerts, spectacles de danse et de théâtre, conférences, rencontres littéraires et cinéma), 2650 œuvres d’art, un millier d’artistes et d’experts brésiliens et des centaines d’œuvres et artistes européens, dans quelque 200 lieux culturels en Belgique, mais aussi en France, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Henrique Oliveira, Tapumes, 2006

EXPOSITIONS : Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, deux expositions phares illustreront l’évolution de l’art brésilien depuis le 19e siècle jusqu’à nos jours. Brazil.brasil, l’exposition historique, retrace l’évolution de la vision des artistes brésiliens sur leur pays, à la recherche de l’identité brésilienne, de la monarchie à la modernité, entre 1808 et 1950.  Tandis que Art in Brazil (1950-2011), l’exposition contemporaine et suite chronologique de Brazil.Brasil, proposera une perspective brésilienne sur l’évolution et la révolution dans l’art brésilien des années 1950 à nos jours.

Indios no Brasil, au Musée du Cinquantenaire, se consacrera à l’art des peuples indigènes du Brésil et reflétera la diversité de leur esthétique : ornementations et objets,  chant et  danse.

Joseph Leon Righini, Residencia as margens do rio Anil

Terra Brasilis, à l’Espace culturel ING, se focalisera sur la fascination qu’ont exercée les exubérantes faune et flore brésiliennes et l’influence réciproque entre l’Europe et le Brésil dans leur découverte, valorisation et exploitation depuis le début du 16 e à la fin du 19 e siècle.

Une vingtaine d’autres expositions aborderont la photographie contemporaine et historique, l’architecture brésilienne, le carnaval, l’art afro-brésilien, le design, l’art graphique brésilien …

Côté MUSIQUE, en Belgique, en France et aux Pays-Bas, 170 concerts présenteront quelques-uns des 200 styles musicaux développés au Brésil dans un programme musical impressionnant où les grands noms côtoieront les étoiles montantes: Tom Zé, CéU, Naná Vasconcelos, Hermeto Pascoal, Teresa Cristina, Tulipa Ruiz et des centaines d’autres artistes.

Grupo Corpo/ Photo Luiz Pederneiras

Pour les ARTS VIVANTS, Ce sont plus d’une centaine de spectacles avec quelque 350 professionnels brésiliens issus d”une dizaine de compagnies de théâtre, d’autant de danse et deux de cirque, qui seront proposés au public.  Comme pour la musique, cohabiteront de grands noms aux côtés d’artistes moins connus en Europe. Citons notamment Enrique Diaz, Cibele Forjaz, Pia Fraus, Lia Rodrigues, Grupo Corpo, Membros, …

Conférences, débats, cinéma et de nombreux écrivains brésiliens viendront compléter l’affiche. Le club.brasil, décoré par l’artiste Marcello Dantas et situé au pied du Mont des Arts, en plein cœur de Bruxelles, fait depuis le 15 septembre office de centre d’information du festival. Mais c’est également un lieu de rencontre, centre de documentation, salle de spectacles gratuits (concerts, cours de danse et ateliers) et restaurant-bar à cocktails…

Le programme complet du festival est disponible sur le site internet www.europalia.eu

Par ailleurs, Embratur, l’Office du tourisme brésilien, met en place une animation de films 360° en plein cœur de Bruxelles à l’occasion d’Europalia.Brasil. Les visiteurs pourront pendant 10 jours s’immerger dans 5 territoires brésiliens aussi différents les uns que les autres. Pour ceux qui ne peuvent se rendre à Bruxelles, les films sont accessibles via www.braziltour360.com

 

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                             SUR LA ROUTE … DU VIN DE PORTO

Oliveiras na pauta, Régua,2008/JMF/Courtesy Galerie PHOTO4-2011

La Galerie PHOTO4 à Paris présente Par la vallée du Douro, des photographies de José Miguel Ferreira réalisées entre 2008 et 2010 au nord du Portugal, au long du Douro, le fleuve sur les rives escarpées duquel est né le vin de Porto. Du Haut-Douro à la ville qui a donné son nom au célèbre breuvage, l’artiste a saisi paysages et lieux avec une grande intensité poétique. Comme les vers de A.M. Pires Cabral qui accompagnent les photos de l’ouvrage La Route du Vin de Porto, publié à cette occasion.
A voir jusqu’au 7 mai 2011.

Des paysages entre terre et ciel ou des lieux le plus souvent sans présence humaine, des clichés  en noir et blanc subtilement tirés vers le sépia donnent aux photographies de José Miguel Ferreira un caractère à la fois instantané et intemporel et par là, éminemment poétique. D’ailleurs s’agit-il bien de photographies ? Pour certaines, on pourrait en douter, tant les tirages platine/palladium sur papier coton faits main par leur auteur, les rapprochent de la gravure ou de l’encre.

La vigne est bien sûr omni présente dans ce cheminement au fil du Douro, adaptant son tracé géométrique au cours sinueux du fleuve. A moins que tombée en déshérence, elle n’ait laissé place à une végétation touffue brouillant l’alignement des terrasses. Tandis qu’à l’opposé, les tout nouveaux plants de vignes dessinent sur le coteau des zébrures qui frisent l’abstraction.

Quinta do Panascal, 2008/JMF/Courtesy Galerie PHOTO4-2011

« Vignes mortes.
Le souvenir des sarments
sur les étroites terrasses qui perdurent,
Affronts
De la frêle créature semblable
Aux dieux du désordre.

Une clameur encore audible, un
Conglomérat de plaies.
Le vin moribond.

Lieux de cistes et d’abomination. » (1)

Il arrive que des ombres – reliefs ou nuages – ajoutent leurs formes éphémères aux tracés multiples du sol cultivé. Comme souvent dans les vallées le paysage envahit tout le champ de vision à l’exclusion du ciel, lequel parfois réussit à s’imposer, comme pour mieux dessiner des silhouettes d’oliviers sur une crête ou mettre en évidence une étendue de plaine.

Paisagem do Douro IV, 2008/JMF/Courtesy Galerie PHOTO4-2011

Des paysages très peu habités. Dans l’exposition, une seule photo montre un homme, de dos, cadré de la taille à la nuque, poings sur la taille… Une posture qui suggère l’observation et la réflexion sur le travail fait ou à faire, certainement au moment des vendanges, comme la série qu’on peut voir dans le livre La Route du vin de Porto. (2) Là aussi ce sont les gestes qui sont captés – main laissant tomber la grappe cueillie dans le panier – jamais le corps en son entier.

Les photos urbaines ne sont pas davantage habitées. Si l’on devine la vie derrière les fenêtres des maisons vues du Pont D. Luis à Porto, les escaliers des ruelles qui mènent au fleuve sont déserts, comme l’immense place devant les églises flanquées d’un palmier. Il est vrai qu’il vient de pleuvoir, comme en témoigne le pavé brillant.

Une exception, toutefois : le hall de la gare de São Bento à Porto, saisi en contre jour de la lumière filtrant par les imposantes verrières.  On y devine à peine les fresques qui ornent les murs, tandis que les portes ouvertes laissent voir les façades du bâtiment d’en face baignées de soleil. Difficile de vider une gare de ses voyageurs, aussi les voit-on, silhouettes tronquées dont on n’aperçoit guère, tout au bas de la photo, que les épaules et le dos, pressées vers la sortie, les quais ou le point de fuite du tableau, serait-on tenté de dire. D’autant qu’un des rares personnages de face, une femme, reçoit la lumière à la manière d’un Vermeer…

Il faudrait aussi parler de la musique, celle de Mozart, qui a inspiré le photographe, alors qu’il parcourait la région au volant de sa fourgonnette. Le concerto pour clarinette (KV622) a en quelque sorte sublimé son regard. « Je donne libre cours aux sensations que j’éprouve, je me laisse absorber par la musique, par les montagnes, par les arbres et par les rares fleurs que l’on voit encore à cette période de l’année », écrit José Miguel Ferreira.

Il y a la mer aussi. Cet océan vers lequel coule le fleuve, vers lequel le Portugal est tout entier tourné, sur lequel tant de Portugais se sont lancés, et avec lequel José Miguel Ferreira entretient apparemment une relation complexe. « La mer m’a rejeté il y a bien des années (…) L’océan m’a rejeté avec tendresse et mépris », écrit-il dans l’introduction au livre. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il vit depuis de nombreuses années hors du Portugal, en Suisse. Et peut-être aussi celle qui l’a fait revenir avec ces images sensibles capturées sur la route du vin de Porto…

Nova vinhas no Douro, 2008/JMF/Courtesy Galerie PHOTO4 -2011

1) A.M. Pires Cabral, Douro : pizzicato e chula
(2) Publié par les Editions au Pont des Arts / Charles Zalber

                                      PHOTO4  4 rue Bonaparte-Paris VI  Tel. 01 43 54 23 03

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                                      ”Are you ready Lola?” : Peintures de Lisa Santos Silva

Lisa Santos Silva, "Are you ready Lola?" / Photo Charles Duprat

Le Centre culturel Calouste Gulbenkian à Paris expose une vingtaine d’œuvres récentes de Lisa Santos Silva, réunies sous le titre Are you ready Lola ? C’est l’occasion de découvrir cette artiste portugaise, installée dans la capitale depuis la fin des années 1970. Portraits de femmes  intemporels et indéchiffrables – mais nourris de références picturales explicites – ou paysages « atmosphères », ces toiles troublantes ne laissent pas indifférent.
A voir jusqu’au 22 avril 2011.

Le titre de l’exposition, Are you ready Lola ?, qui est aussi celui d’une des plus récentes peintures de l’artiste, nous aiderait-il à déchiffrer les œuvres de Lisa Santos Silva présentées au Centre culturel Calouste Gulbenkian ?

Les cinéphiles auront tout de suite saisi la référence au célèbre film de Max Ophüls, Lola Montès, inspiré par la vie de la célèbre danseuse et courtisane du XIXe siècle qui eut pour amants Franz Liszt et Louis Ier de Bavière, avant d’en être réduite à mimer l’histoire de sa vie dans un cirque. Are you ready Lola ? est la question rituelle posée à Lola (Martine Carol) par le directeur du cirque (Peter Ustinov) avant qu’elle ne s’élance sur le trapèze. Un moment suspendu, d’attente et d’inquiétude… C’est aussi l’équivoque du personnage, femme jadis splendide et aimée, contrainte à « jouer », à répéter indéfiniment son passé, dans un présent sordide où elle n’est plus elle-même.

Lisa Santos Silva, "La Grande Ménine" / Photo Charles Duprat.

Temps suspendu, équivoque, répétition : tout cela est présent dans l’œuvre peint de Lisa Santos Silva. Les visages des femmes se ressemblent tous, inexpressifs, vidés de leur substance, presque floutés, tandis que seul le vêtement donne une présence, une identité à leur corps :  une religieuse, une courtisane, une ménine vélasquézienne, une papesse… « D’ailleurs, n’étaient-ce les accessoires – robes, nœuds, boucles d’oreilles, coiffes et coiffures, croix – on ne dirait pas qu’il s’agit de portraits de femmes », souligne Isabel Carlos, directrice du Centre d’Art moderne de la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne, et commissaire de l’exposition parisienne.

Lisa Santos Silva, "Ecce" / Photo Charles Duprat

Cela est encore plus troublant dans la sérieEcce où le même visage subvertit le sens religieux du sujet biblique Ecce Homo. Cette subversion est aussi à l’œuvre dans les deux portraits La Religieuse et La Petite Religieuseou dans le portrait de ce qu’on identifie comme une « papesse », en dépit de la dérision du titre, Les Poissons rouges, en référence à l’imprimé de la robe… Isabel Carlos y voit un « écho de la conscience féministe au sein de la culture portugaise […]. Féminisme et religion, un mélange aussi explosif que les rouges de l’artiste ».

Des rouges passion qui tranchent sur l’atonie des visages et éclatent tout particulièrement avec l’accrochage des tableaux dans les espaces parisiens du Centre culturel Calouste Gulbenkian. Notamment au rez-de-chaussée de ce vaste hôtel particulier (1)  où l’on peut apercevoir les œuvres d’une salle à l’autre, comme enchâssées dans les boiseries et dorures des portes.

Lisa Santos Silva, "Adieu les Colonies" / Photo Charles Duprat

Changement de registre chromatique et pictural – avec une série de paysages intitulée Adieu les Colonies. Le fait que l’artiste, née à Porto, a passé toute son  enfance et son adolescence en Angola, « peut sans doute aider à expliquer non seulement le titre de cette série de paysages, mais aussi leur chromatisme et leur spatialité atmosphérique », suggère la commissaire de l’exposition. Effectivement, en l’absence de référence à des lieux précis et réels dans ces tableaux, et contrairement à la série des portraits où le sujet représenté s’impose et pose ses limites,  s’offre ici au regard une échappée possible vers un horizon plus lointain et peut-être nostalgique…

« Devant la peinture de Lisa Santos Silva, nous pouvons évoquer Goya, Vélasquez, l’école hollandaise, l’école flamande et aussi, par-dessus tout, le grand peintre de la chair et de la déformation qu’a été Francis Bacon. Mais les peintures de Lisa Santos Silva sont d’abord ses peintures, des épines contemporaines plantées dans des corps anciens », conclut Isabel Carlos.

(1)  Située avenue d’Iéna, à proximité de l’Arc de Triomphe et des Champs Elysées, la résidence a été construite à la fin du XIXe siècle par l’architecte Sanson pour un financier et collectionneur. Calouste Gulbenkian, homme d’affaire d’origine arménienne et de nationalité britannique qui a fait fortune dans le pétrole,  l’achète en 1923 et la réaménage pour y abriter ses propres collections. Il y habitera jusqu’à la seconde guerre mondiale.  En1942 il s’installe à Lisbonne où il restera jusqu’à sa mort en 1955.

La Fondation Calouste Gulbenkian est une institution portugaise privée, créée en 1956 par volonté testamentaire de son fondateur.  Le Musée Gulbenkian, inauguré en 1969 à Lisbonne, accueille aujourd’hui l’intégralité de sa collection, des antiquités égyptiennes aux créations de René Lalique. Tandis que Le CAM (Centre d’art moderne) héberge la plus importante collection d’art portugais du XXe siècle.

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French Brigadeiro au Café de la Paix : « le BRIC, c’est chic ! »

French Brigadeiro/DR

Le célèbre café parisien poursuit son exploration des pâtisseries made by Fashion Designers, avec une nouvelle collection, la sixième, faisant appel aux grands noms de la mode des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). A charge pour chacun de  revisiter une gourmandise traditionnelle de son pays. C’est le Brésil qui ouvre le bal avec un French Brigadeiro, imaginé par le styliste Alexandre Herchcovitch. A déguster du 16 janvier au 15 mai 2011.

Un peu ému en présentant sa première création pâtissière, Alexandre Herchcovitch a tenu tout d’abord à préciser que Paris était la deuxième capitale, après Londres, où il avait fait un défilé au début de sa carrière, après avoir lancé sa marque en 1994.

Alexandre Herchcovitch et son French Brigadeiro / DR

« A travers ce dessert, une expérience très différente de ma vie de tous les joursj’ai voulu mêler les cuisines française et brésilienne », explique-t-il. Le Brigadeiro (brigadier), sorte de truffe à base de cacao en poudre, lait condensé sucré et beurre, est une confiserie très traditionnelle au Brésil (1). Cette « sucrerie favorite des gamins lors des fêtes d’anniversaire », Alexandre Herchcovitch a souhaité la rendre « plus légère avec une touche à la Française, en l’occurrence une mousse au chocolat et ses blancs battus en neige ». Le résultat : « une combinaison originale, un dessert franco-brésilien appelé French Brigadeiro ».

Ces pâtisseries fashion sont « à chaque fois un challenge », pour Christophe Raoux, le chef du Café de la Paix, et son chef pâtissier Dominique Costa. « A chaque fois on se creuse la tête et on essaie d’être le plus proche possible du créateur. Par exemple, ce dessert là (le French Brigadeiro) est à la fois très recherché et très épuré, explique Dominique Costa. On est resté sur le concept du ballon de foot ». Pour un représentant du pays par excellence du futebol, hôte de  la Coupe du Monde en 2014, il était loqique que quelque chose ressemblant  à un ballon de foot soit présent dans l’assiette du dessert…

Pour déguster le French Brigadeiro, il faut donc briser la sphère alvéolée qui l’entoure, posée sur un socle de sablé au chocolat à la fleur de sel. Le tout servi avec un surprenant granité de guarana, dont la fraîcheur acidulée vient opportunément soulager le palais. Car le Brigadeiro, même mâtiné de french touch, reste assez consistant !

On attend avec curiosité la suite des desserts de la saison  « Le BRIC c’est chic ! » qui verra se succéder, tout au long de cette année 2011 au Café de la Paix, Valentin Yudaskin (Russie), Manish Arora (Inde) et Frankie Xie (Chine)…

Le French Brigadeiro et son sorbet de guarana / Photo DB

(1) Le nom de cette confiserie vient du fait qu’elle a été abondamment servie par les partisans du Brigadier Eduardo Gomes, lors des deux campagnes électorales menées par celui-ci pour la présidence de la république. Un argument qui n’a pas permis au Brigadier de l’emporter face à ses rivaux, le géneral Eurico Gaspar Dutra en 1945 et Getúlio Vargas en 1950.

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Le scooter, icône urbaine, s’expose à Lisbonne
(Suite de la page d’accueil)

Photo DB

C’est dans le nouveau site du MUDE (Musée du Design et de la Mode), rua Augusta, au coeur de la ville basse, que sont exposés les scooters de la collection de João Seixas. L’édifice – une ancienne banque –  est encore en cours de rénovation, cloisons abattues et plafonds mis à nus. Les anciens comptoirs en bois massif  ont été heureusement conservés. Dans ce décor austère, les formes arrondies et les couleurs rutilantes des scooteurs n’en prennent que davantage de relief.

Quelques mots encore sur ce lieu où s’est récemment installé le MUDE,  dix ans après la création du Musée du Design au sein de ce qui était alors le tout nouveau et magnifique Centre Culturel de Belem (CCB). Le design, auquel s’est tout naturellement ajoutée la mode, s’expose désormais dans l’édifice qui abritait l’ancien siège de la Banque Nationale Ultramarine. Un édifice ancien donnant sur la voie centrale d’accès à  l’immense place débouchant sur l’estuaire du Tage.

Perspective vers le Tage, de la rua Augusta / Photo DB

Tout un symbole que cette rencontre entre l’univers “moderne” du design et de la mode, donc du style, avec cette partie  de la ville à laquelle le Marquis de Pombal a imprimé le sien, de style, en présidant à la reconstruction de Lisbonne après le tremblement de terre de 1755, dans un ordonnancement “moderne” pour ce qui témoigne désormais du passé de la ville.  Passé, présent, mouvement : comme le souligne Francisco Capelo, fondateur du Musée du Design et de la Mode de Lisbonne, le nouvel acronyme de celui-ci, MUDE, “entend signifier également Mudança (changement)“, à l’image des formes qui accompagnent l’évolution des sociétés.

S’il est un objet caractéristique d’une évolution de la société, c’est bien le scooter. Ce véhicule motorisé à deux roues, qui prend son essor dans les années d’après-guerre, correspond en effet à “l’idée d’une Europe moderne qui commence à prendre forme“, écrit Barbara Coutinho, la directrice du MUDE, dans l’introduction au catalogue de l’exposition.

Photo DB

La vai ela, formosa e segura …. Là elle va, belle et sûre : le titre poétique de l’exposition renvoit à la fois au personnage féminin de Leonor chanté par Camões et à sa réinterprétation des années 1960 par un poète moderne, Antônio Gedeão (1), mais aussi au genre féminin du mot scooter en portugais.

Double sens donc que ce féminin qui désigne le deux roues “icône médiatique d’une époque et d’un mode de vie urbain, jeune et démocratique“, comme aussi “l’ hommage galant à la femme nouvelle, plus émancipée et professionnellement active qui s’affirme au lendemain de la Seconde guerre (…) C’est à cette femme que s’adresse avec une attention toute particulière l’industrie, en lui offrant un véhicule à deux roues, rapide, économique, plus silencieux, compact,  pratique, peu coûteux, facile à conduire (même avec une jupe) et à garer, confortable, léger, coloré, élégant et séduisant“, résume Barbara Coutinho. Laquelle souligne que c’est “une philosophie similaire” qui présidera  au design de voitures comme l’Austin Mini anglaise ou l’indétrônable Fiat 500 italienne.

Comme aussi à la création des appareils ménagers électriques – aspirateurs, mixers, grille-pain, etc. – destinés à faciliter la vie domestique de femmes de plus en plus nombreuses à travailler à l’extérieur. Un échantillon éloquent de ces objets est présenté dans l’exposition.

Rien d’étonnant donc à ce que la publicité pour les scooters mette en avant les femmes, et pas seulement des pin-up en route vers la plage, mais des citadines en tenue de ville, conduisant par exemple leur garçonnet à l’école…. Sans oublier la princesse incognito du film Vacances romaines!

Quant au “Pourquoi” de cette collection rassemblée par João Seixas, lui même y répond en évoquant un environnement qui dès l’enfance l’a familiarisé avec l’architecture dans des maisons, à Lisbonne et à la campagne, réalisées par des grands architectes. Quand au mot “design”, il était d’usage courant à la maison, avec un père “grand promoteur du design dans l’industrie“…

Mais “d’objets à deux roues et à moteur”, il n’en n’était pas du tout question dans l’univers familial ! Ni non plus de collections. Pour João Seixas, “la vengeance fut tardive, mais significative“, avec pour commencer, une collection de motos anciennes, puis rapidement de scooters. Une collection qui sera facilitée par le fait que beaucoup de marques et de modèles de scooters ont été importés au Portugal. L’exposition en présente une bonne cinquantaine, issus des usines italiennes, bien sûr, mais aussi françaises, allemandes et portugaises…

L’originalité de l’exposition réside également dans le dialogue entre le design des scooters et celui des modèles de mode couvrant cette même période, des années 1940 aux années 1970. Ces pièces appartiennent à la collection permanente du musée, la collection design et mode de Francisco Capelo, à l’origine de la fondation du MUDE. Elles mettent en évidence la manière dont les grands créateurs – à commencer par Christian Dior – en révolutionnant la silhouette féminine, ont reflété et accompagné l’évolution de la société au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Couverture du catalogue de l'exposition

(1) “voando para a praia, na estrada preta. Vai na brasa, vai de Lambreta” (volant vers la plage, sur la route noire. Elle va sur sa Lambretta couleur de braise)

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Era uma vez, Il était une fois….

Je l’ai déjà dit par ailleurs (voir dans Birck à brac) : J’ai un tropisme certain pour les contes. C’est pourquoi, lorsqu’une amie éditrice au Portugal (Colares editora) eut l’idée, à la fin des années 1990, de publier des « classiques » du genre, dans le texte original et avec des illustrations d’époque, et me demanda d’en rédiger les pré- ou postfaces, j’ai immédiatement accepté.

Le petit chaperon rouge, illustration de Gustave Doré

C’est avec bonheur que je me suis replongée pour commencer dans l’univers des Contes de Perrault, le premier volume publié. Cette édition, respectueuse du texte initial illustré avec les gravures de Gustave Doré, a été bien accueillie. Et ce n’est pas sans plaisir, je l’avoue, que j’ai vu la postface qualifiée de  ”délicieuse”  (um postfacio delicioso“), dans une critique…

C’était parti ! Suivirent A bela e o monstro, e outros contos (La Belle et la bête, et autres contes) de Mesdames de Beaumont et d’Aulnoy, les Contos de Andersen,  Contos de Grimm, avec aussi,  dans la même collection,  Os Desastres de Sofia (les Malheurs de Sophie), de la Comtesse de Ségur. Laquelle d’ailleurs se fit connaître d’abord par Les Nouveaux Contes de fées, au succès immédiat.

Les recherches pour rédiger ces textes d’accompagnement, furent prétexte à d’intéressantes découvertes. J’appris ainsi que les voyages effectués fréquemment hors du Danemark par Hans Christian Andersen l’avaient mené au Portugal et notamment à Sintra (siège de Colares editora). Le lieu le fascina : « On dit que tout le monde trouve une partie de sa patrie à Sintra. J’y ai trouvé le Danemark, et j’ai cru aussi y redécouvrir de nombreux endroits d’autres beaux pays »,  écrira-t-il dans le récit de son voyage, Uma Visita em Portugal em 1866.

Ou encore, la rencontre avec la correspondance enflammée de Madame du Deffand, qui, à 68 ans (nous sommes au XVIIIe siècle) et devenue quasiment aveugle, tomba éperdument amoureuse d’un Anglais original et provocant de vingt ans son cadet, Horace Walpole, homme fantasque et auteur fantastique… notamment de contes. [1] C’est en me penchant sur la vie de Madame de Beaumont, l’auteure de La Belle et la bête, que je découvris l’existence de cette correspondance… 2]

Plus récemment, et dans un autre registre, c’est un texte assez peu connu d’Oscar Wilde, A Alma humana (L’âme humaine),  qu’il m’a été donné de préfacer. Un texte d’autant plus étonnant que son titre initial est L’Ame humaine sous le socialisme… Son étude m’aura permis d’accéder à une autre perception  de l’auteur anglais,  « trop souvent réduit à l’écrivain mondain ou à l’homosexuel victime de la répressive morale victorienne »… En fait, Oscar Wilde était aussi « très engagé dans son temps, avec des centres d’intérêt multiples, dont la politique et les questions de société ».[3]

Pour cette édition portugaise, une visite s’imposait au cimetière parisien du Père Lachaise où est enterré Oscar Wilde. Des empreintes de rouge à lèvre déposées par des lèvres venues baiser la pierre tombale et des roses encore fraîches témoignaient de la ferveur d’adorateurs et adoratrices. Je fis des photos. Un détail de l’une d’elles illustre la couverture du livre.

L’aventure continue avec un nouveau projet de collection pour cette fin d’année, qui va me permettre d’explorer d’autres textes de la littérature française… A suivre…

En attendant : bonnes lectures, en français ou en portugais!

[1] Ses Contes hiéroglyphiques ont été publiés aux éditions Mercure de France, dans la collection Le petit mercure. (Tout comme la correspondance de Madame du Deffand A Horace Walpole).

[2] Et par cet effet d’entraînement qui fait que lorsqu’on s’intéresse à un sujet, notre esprit identifie tout à coup, « reconnaît » tout ce qui s’y rapporte, je mis la main sur un autre texte de Walpole, Le Château d’Otrante, un drame fantastique publié chez José Corti et préfacé par Paul Eluard.

[3] Le texte français de L’Ame humaine, est publié aux éditions Arléa.

Colares editora : Apartado 32 / 2711-997 Sintra-Portugal                                                         Telefone: (+351) 21-923 25 98 / Fax: (+351) 21-924 38 35

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