Splendeurs d’un « âge d’or de la tapisserie flamande » aux Gobelins

La présidence espagnole de l’Union européenne, qui s’achève ce 30 juin 2010,  est – pour quelques jours encore – l’occasion de découvrir de magnifiques tapisseries flamandes de la Renaissance. Ces Trésors de la Couronne d’Espagne, qui représentent un sommet de l’art de la tapisserie, sont exposés à la Galerie des Gobelins jusqu’au 4 juillet 2010.

On ne se félicitera jamais assez de la réouverture au public de cette Galerie des Gobelins,il y a tout juste trois ans, sur le site de la célèbre manufacture, dans le treizième arrondissement de Paris. Ce lieu imposant et magnifique a ainsi pu renouer avec sa vocation initiale – donner à voir au public les créations et collections du Mobilier National – mais aussi s’ouvrir à d’autres horizons. Comme en témoigne cette exposition réunissant une vingtaine de tapisseries flamandes issues des anciennes collections des Habsbourg et qui sont aujourd’hui un des joyaux du patrimoine national espagnol.

Débarquement à la Goulette (détail), tenture la Conquête de Tunis, 1554 / Photo DB

Destinées à représenter et magnifier la puissance royale, synonymes de luxe et de prestige, les tapisseries en fil de soie et de laine, mais aussi d’or et d’argent, sont considérées aux XVe et XVIe siècles comme les biens les plus précieux après les bijoux et l’argenterie. Bien loin devant la peinture des maîtres d’alors. Au point « qu’il est difficile d’évaluer leur vrai valeur », explique Fernando Checa, professeur d’histoire de l’art, ancien directeur du Prado et commissaire de l’exposition [1]. De plus, « des chef-d’œuvre qui peuvent être déplacés » pour accompagner la vie itinérante des cours de Charles-Quint et de son fils Philippe II, et témoigner de la magnificence de leurs commanditaires.

Un art somptuaire et narratif à la fois, destiné à glorifier les exploits guerriers des souverains, mais aussi à délivrer des messages à portée morale, religieuse ou politique, sous forme d’allégories souvent empruntées à l’antiquité. Cette portée éducative, sinon édifiante, de la tapisserie témoigne du rôle des femmes. Les tapisseries, « une affaire de femmes, souligne Fernando Checa. Car elles sont les principales protagonistes », en tant qu’éducatrices des princes et futurs souverains mais aussi amatrices d’art et collectionneuses.

Marguerite d'Autriche, Peinture attribuée à Van Orley / Photo DB

C’est le cas en particulier de Marguerite d’Autriche, qui élèvera son neveu, le futur Charles-Quint et sera la première grande collectionneuse de tapisseries de la Maison d’Autriche. Ou encore de Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint, à qui l’on doit nombre de commandes et acquisitions.

Tentures d’apparat ou destinées à des édifices religieux – églises, chapelles ou oratoires – , les tapisseries sont aussi à usage domestique, pourrait-on dire, comme ces parures de lit qu’on peut voir dans l’exposition. Elles proviennent pour la plupart des ateliers de Bruxelles où les grands princes du XVIe siècle passent leurs commandes. Art européen par excellence, la tapisserie sollicite, outre le talent des grands lissiers, celui des artistes flamands – mais aussi italiens – spécialisés dans la réalisation des cartons peints ou dans la peinture d’histoire.

La présentation dans la Galerie des Gobelins des collections rassemblées par les Habsbourg de la fin du XVe siècle à celle du XVIe, nous renvoit à Louis XIV, sous le règne duquel le site manufacturier a connu son essor et qui fut le plus grand collectionneur de tapisseries après Charles Quint et Philippe II d’Espagne. [2] On a pu en voir quelques-unes lors de l’exposition  Alexandre et Louis XIV, tissages de gloire, en 2009.

Histoire de David et Bethsabée, parements de lits (1er quart du XVIe siècle) / Photo DB

[1] Une exposition réalisée avec le concours du Mobilier National, de la Sociedad Estatal para la Accion Cultural Exterior (SEACEX) et la Fondation Carlos de Amberes (créée à Madrid en 1594).

[2] Un ouvrage est paru sur le sujet en avril 2010 : La collection de tapisserie de Louis XIV, de Jean Vittet, Arnauld Brejon de Lavergnée et Monique Savignac, publié aux éditions FATON

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