« Graver la Renaissance » au château d’Écouen

Etienne Delaune (1518-1583). « Atelier d’orfèvres (numéro 1) ». Burin. 1576. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

Le Musée national de la Renaissance consacre une exposition à Étienne Delaune, orfèvre et graveur français (1518/19-1583), et à son influence sur les arts décoratifs. Reconnu de son vivant comme un graveur hors pair, collectionné par les amateurs de toute l’Europe, il restera en effet jusqu’au XIXe siècle une source d’inspiration. « Graver la Renaissance, Étienne Delaune et les arts décoratifs », première exposition dédiée à cet artiste, réunit quelque 130 objets, gravures et dessins au château d’Écouen, dans les appartements du connétable Anne de Montmorency et de son épouse Madeleine de Savoie.
À voir jusqu’au 3 février 2020.

C’est un plaisir toujours renouvelé d’arriver au château d’Écouen dans le Val d’Oise, après un parcours à pied dans les bois, plus ou moins long selon qu’on sera venu par le train ou en voiture. L’édifice a conservé une grande partie de son décor d’origine -cheminées, frises, pavements, vitraux – auquel est venu s’ajouter la riche collection d’arts décoratifs du musée – mobilier, orfèvrerie, céramique, verrerie, émaux peints, tapisseries et tentures de cuir –  offrant un vaste panorama de la création artistique et de l’art de vivre à la Renaissance. C’est André Malraux qui a décidé en 1969 de faire du château édifié au XVIe siècle par le connétable de Montmorency le musée national de la Renaissance, lequel sera inauguré en 1977. (1) En l’absence d’espaces dédiés aux expositions temporaires, celles-ci sont présentées dans les appartements.

Après  une exposition très intéressante et inédite consacrée au théâtre de la Renaissance,  « Pathelin, Cléopâtre, Arlequin » , les appartements du connétable Anne de Montmorency et de son épouse Madeleine de Savoie au premier étage du château accueillent « Graver la Renaissance, Étienne Delaune et les arts décoratifs ». Si pour beaucoup cet Étienne Delaune  est un « illustre inconnu  », il est « connu des spécialistes et doit sa réputation flatteuse pas tant à son travail d’orfèvre qu’à celui de graveur », explique Julie Rohou, conservateur du patrimoine au Musée national de la Renaissance et commissaire scientifique de l’exposition.

Ce qui contribue à en faire une figure d’exception, c’est tout autant la perfection technique de son style que son choix de graver en miniature. Ce format est en effet très adapté aux besoins des artisans, maîtres-orfèvres, émailleurs ou peintres verriers, qui sont toujours à la recherche de modèles simples à copier pour décorer leur propre production. La première miniature qu’on peut admirer dans l’exposition représente un atelier d’orfèvre (voir plus haut). Une loupe mise à la disposition du visiteur permet d’en apprécier la précision et la finesse.

Reproduite à grande échelle, cette même gravure sert de décor à la présentation d’une coupe-reliquaire somptueuse, prêt du musée du Vatican et « rare objet parisien qu’on peut attribuer à Delaune, puisque issu de l’atelier de son maître ». Rare parce que, dépit de son talent, « pour avoir été formé en province, Delaune ne sera jamais maître et restera compagnon », précise Julie Rohou, et  que ce statut « d’ouvrier qualifié » ne lui donne pas le droit de posséder un poinçon qui permettrait d’identifier les oeuvres sur lesquelles il a travaillé.

Delaune, Portrait Ambroise Pare / Bnf

Étienne Delaune, protestant, devra fuir Paris après la Saint Barthélémy, à laquelle nombre de ses proches n’ont pas survécu. Après dix ans d’exil à Strasbourg et en Allemagne, il revient en 1582 dans la capitale où il meurt l’année suivante. Un très beau portrait d’Ambroise Paré, lui aussi de confession protestante,  est la dernière oeuvre datée (1582) de l’artiste.

Comme la grande majorité des graveurs, Delaune n’invente pas ses propres compositions mais copie des dessins qui lui sont fournis, mettant sa virtuosité au service de la fidélité au modèle d’origine. Lesquels émanent pour beaucoup d’artistes italiens, notamment ceux convoqués par François Ier pour décorer à partir de 1530 sa résidence de Fontainebleau.

Il travaille aussi en étroite collaboration avec des peintres parisiens, comme Baptiste Pellerin, « inventeur » des dessins de la majorité des suites gravées par Delaune, qui signe seul les estampes, ce qui s’explique par le fait que « à la Renaissance,  l’exécution était privilégiée par rapport à l’invention et le graveur souvent plus valorisé que celui qui lui fournissait ses modèles ».

La création de la femme, 1ère moitié XVIIe/ Musée national de la
Renaissance / Photo db

La dernière section de l’exposition est consacré, précisément, au rôle que joue l’estampe dans la diffusion à l’échelon européen de ces « modèles » auprès des ateliers de la Renaissance. Leur reproduction sur tous types de supports et de matériaux contribuent  à « une harmonisation des arts décoratifs ».

Coupe en or à décor de saisons, Augsbourg, vers 1580 / Photo db

Et la petite taille des séries thématiques gravées par Delaune  – chasse, saisons, sujets bibliques, mythologiques et allégoriques, ou encore grotesques – leur permet de s’adapter à différents types d’objets – assiettes, vases, gobelets, horloges, camées, pendentifs … – dont on peut voir de très beaux exemples dans l’exposition.

Reinhold Vaster, Pendentif « Le meurtre d’Abel », XIXe siècle / Musée national de la Renaissance / Photo db

Mais l’influence de Delaune sur les arts décoratifs va bien au-delà de la Renaissance. Il a aussi nourri l’imagination du XIXe siècle. Les mêmes caractéristiques techniques qui rendaient ses estampes si aisément exploitables pour des artisans de la Renaissance ont été mises à profit pour créer nombre de faux! Notamment en orfèvrerie…

Après cette exposition réalisée grâce aux prêts de pièces rares consentis par de nombreux musées et institutions en France et en Europe, vingt-sept au total, le visiteur est invité à se rendre au deuxième étage du château, pour y poursuivre sa découverte des  oeuvres inspirées par Étienne Delaune, cette fois laissées dans leur contexte, au sein des collections permanentes du musée national de la Renaissance.

Le château d’ÉCOUEN / photo db


(1)
Une décision prise suite à la fermeture en 1962 de la première maison d’éducation des jeunes  filles de la Légion d’Honneur qui l’occupait depuis sa création en 1807 par Napoléon. Elle répondait aussi au souhait de mettre à disposition du public les œuvres Renaissance du musée de Cluny au moment où ce dernier se consacrait à la période médiévale.

 

Musée national de la Renaissance
Rue Jean Bullant
95440 Ecouen
Tel. 01 34 38 38 52

Accès par le train
Gare du Nord banlieue : ligne H (voie 30 ou 31) 25 minutes
direction Persan-Beaumont / Luzarches par Monsoult
Arrêt gare d’Écouen-Ézanville
Puis autobus 269, direction Garges-Sarcelles (5 min) Arrêt Mairie/Château
On peut aussi rejoindre le château à pied depuis la gare  par la forêt (20 min), le chemin est balisé.

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