« Être libre » : BEN investit le château de Chamarande … (derniers jours)

MONTAGE
À gauche, magasin de Ben, Nice 1959-1973 / À droite, maison de Ben et Annie Vautier , Nice 2015

C’est une véritable rétrospective de l’oeuvre de Ben que propose la nouvelle exposition organisée au Domaine départemental de Chamarande. Les quelque 400 oeuvres et documents présentés dans le château et l’orangerie retracent le parcours de l’artiste niçois, des années 1950 à aujourd’hui. Connu du grand public surtout pour ses « écritures » – ces aphorismes déclinés a satiété sur des produits dérivés –  Ben l’est moins en tant que performeur et plasticien lié au mouvement Fluxus de désacralisation de l’art et à l’École de Nice aux côtés notamment d’Arman et d’Yves Klein. Des  aspects que l’exposition « Être libre » permet de découvrir.  À voir jusqu’au 11 octobre 2020.

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Au visiteur qui, justement, souhaite aller à la découverte de l’oeuvre de Ben dans sa chronologie, on conseillera de commencer le parcours, non par le château, comme l’indique le circuit officiel, mais  par l’Orangerie où est présentée la partie historique de l’exposition avec une sélection d’œuvres significatives des années 1958 à 1978. Pour illustrer ces années, des documents de l’époque sont présentés : affiches, archives photographiques et vidéos, ainsi qu’une sélection des performances de Ben intitulées « Gestes ».


Avec ses « Gestes » et « Actions » dans sa ville de Nice de 1959 à 1972, Ben amène l’art dans la rue, partant du postulat que « Tout est art » : Regarder le ciel (1963), Couper la moitié de ma barbe (1966), Cirer les chaussures des autres (1971), Dormir (1966, 1969, 1972), Marcher (1969) ou Faire des grimaces (1962)… Autant d’ actes et gestes simples de la vie quotidienne, qu’il accomplit en public, à une ou plusieurs reprises, tout en proclamant qu’il s’agit d’œuvres d’art à part entière. Le sens des Gestes peut se résumer en un seul : « Regardez-moi cela suffit » (1963-1965), comme on peut lire sur la pancarte avec laquelle Ben s’est exposé sur la Promenade des Anglais à Nice.

ligne d'horizon

Dans les années 1960, il joue au « jeu des appropriations », dont la règle a été établie par Yves Klein : « Il fallait s’approprier et signer en tant qu’œuvre d’art le monde, c’est-à-dire la réalité physique autour de nous. Le seul interdit : ne pas copier, être le premier », explique Ben. Les « joueurs » s’appellent Arman, Christo, Duchamp… Ben s’approprie pêle-mêle les Trous, Dieu, les Vitrines, la vie, etc. Sans oublier la ligne d’horizon…  Ce qui fait de lui une  figure emblématique du mouvement Fluxus en Europe.

Dès le départ toutes ses interventions – Gestes, Actions, Appropriations –  s’accompagnent d’écritures.  À partir de 1970, on le reconnait, comme il le dit lui-même, « en tant qu’artiste qui fait des écritures ». Celui qui déclare avoir « deux tiroirs pleins à craquer de slogans, d’aphorismes, de confessions » redoute que « cela cela ne devienne un style, une forme de goût, donc détestable », ajoutant «  Je m’en veux beaucoup lorsque mes textes contiennent des aphorismes et des banalités pontifiantes. » Dont acte.

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La peur de se répéter figure parmi la série intitulée Introspections(1977-1987) qui illustre de façon la plus manifeste sa démarche artistique. Sur dix-sept grands panneaux carrés noirs, on peut lire en caractères d’imprimerie rouge des formules comme : Ma volonté d’être différent, Ma jalousie des autres, Ma lâcheté de vouloir plaire, Ma peur de me répéter, Mon impuissance à m’arrêter… Ce qui résume bien Ben : à la fois pourfendeur affiché de l’ego et exhibitionniste du même.

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Mais avec cette Salle de l’Ego, nous voilà déjà dans la seconde partie de l’exposition, où l’univers de Ben a investi les différentes salles du château avec des installations plus actuelles et de nouvelles œuvres, au travers d’une succession de thématiques : les petites idées, les portraits (on apprend qu’il en a toujours fait), les miroirs, la photographie, l’ego (donc) et le jeu. Ce qui permet quelques découvertes comme la pratique de la céramique, initiée par Ben en 2006.

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Sans oublier l’érotisme auquel une dernière salle est dédiée et dont l’entrée est « déconseillée aux mineurs ». On se demande si c’ est au premier ou au second degré… On opte pour le second, après avoir déambulé dans un espace rouge et noir à la lumière tamisée, où objets, néons, miroirs et écritures sont censé refléter les fantasmes de Ben. Finalement, c’est l’humour d’une valise posée à terre et portant l’inscription « elle va revenir », qui nous aura le plus séduit…

Pour ceux qui ne connaissent pas le domaine de Chamarande, son château et son magnifique parc, cette exposition sera aussi l’occasion de le découvrir, même s’il faut braver la pluie de ces jours d’octobre…

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Domaine départemental de Chamarande
38 rue du Commandant Arnoux

91730 Chamarande

Contact : 01 60 82 52 01 – 01 60 82 26 57

chamarande@essonne.fr

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