Les meubles dévoilent leurs secrets au château de Malmaison

Si l’on avait oublié le sens premier du nom « secrétaire », ce meuble à la mode dans les demeures des XVIIIe et XIXe siècles, l’exposition « Meubles à secrets, Secrets de meubles » présentée au château de Malmaison jusqu’au 18 février 2019 nous le rappelle de bien belle manière. Au fil d’un parcours dans les appartements de Joséphine et Napoléon, le visiteur découvre les agencements secrets d’une quarantaine de meubles et objets précieux, fruits de l’art et de l’ingéniosité des orfèvres et ébénistes, au premier rang desquels figure Martin Guillaume Biennais (1764-1843), dont une vingtaine de pièces sont exposées. Deux créations contemporaines sont également présentées dans l’exposition, montrant que ces meubles à secrets restent une source d’inspiration pour les talents d’aujourd’hui… 

Cette exposition a son « héros », pour reprendre le mot de Isabelle Tamier-Vétois, conservatrice en chef du patrimoine et commissaire de l’exposition. Il s’agit d’un secrétaire à abattant, fabriqué vers 1804-1814 par Martin Guillaume Biennais pour son usage personnel. (1) « Cet artisan, fils d’un laboureur normand, n’était  pas seulement l’orfèvre de l’Empereur, indique Isabelle Tamisier-Vétois. Il était aussi un ébéniste et un maître tabletier qui avait su développer un incroyable sens du négoce. » D’où, sans doute, la nécessité de dissimuler aux regards les fruits de ce négoce…  Ce meuble d’apparence plutôt sobre recèle en fait treize secrets, mis au jour lors d’un long et complexe travail de restauration mené dans le cadre du partenariat entre le Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau et l’École Boulle. La fabrication de ce secrétaire a requis une main d’oeuvre hautement qualifiée dans plusieurs métiers d’art : menuisiers, ébénistes, marqueteurs, sculpteurs, ciseleurs, fondeurs monteurs en bronze, doreurs sur métaux et bois, serruriers mécaniciens, vernisseurs…

Le secrétaire à abattant de Martin Guillaume Biennais dévoile ses secrets…

Une fois dévoilés les secrets de ce secrétaire emblématique, l’idée a germé de faire de même avec d’autres pièces de mobilier pour mettre en évidence leur diversité, le raffinement de leur fabrication ainsi que l’ingéniosité et la complexité  de leurs mécanismes. D’où l’organisation de cette exposition afin de « rentrer au coeur des meubles pour en comprendre le secret », résume Isabelle Tamier-Vétois.

Le secrétaire de Biennais ne détient d’ailleurs pas le record des secrets, les meubles impériaux en possèdent généralement plus d’une vingtaine, comme la commode et le secrétaire à abattant qui lui fait pendant, signés de Simon Nicolas Mansion (1773-1854) et qui comportent respectivement vingt-quatre et vingt-deux cachettes secrètes. Les deux meubles (1806) ont orné successivement les appartements de Joséphine et Napoléon aux Tuileries, puis celui de Marie-Louise au Grand Trianon. On note au passage la diversité et préciosité des bois utilisés pour leur fabrication : Loupe d’if, ronce d’acajou, citronnier, ébène, loupe de Thuya…

Nécessaire de l’impératrice Joséphine © Musée des châteaux de Malmaison & Bois-Préau.

L’art et l’ingéniosité des orfèvres et ébénistes s’expriment également dans les mobiliers et nécessaires de voyage. Biennais devrait d’ailleurs sa réussite « à la vente à crédit d’un nécessaire au général Bonaparte avant son départ pour la campagne d’Italie ». Et parmi les meubles de sa fabrication, nombreux sont en effet les objets liés au voyage – malles, nécessaires, secrétaire de voyage – qu’on peut voir dans l’exposition.

Barbière au chiffre du Prince Eugène

De secret, ce mobilier peut aussi passer pour « discret », la fonction n’est pas tant de cacher des choses que « d’éviter de montrer la fonction d’un objet », explique Isabelle Tamier-Vétois. Il s’agit le plus souvent d’objet liés à la toilette, comme la « barbière au chiffre du Prince Eugène », un meuble vertical à plusieurs plateaux dont le déploiement révèle en fait  39 accessoires de toilette…

Arthur Catelain, « Insidias » / Photo db

Il y a là « un esprit ludique qui perdure jusqu’à aujourd’hui ». Le meuble Insidias (ou chausse-trappe) qui dissimule un bar en fournit un exemple. Créé en 2018 à l’école d’ébénisterie de Bains, en Haute-Loire, il est l’oeuvre diplomante d’Arthur Catelain (né en 1996).  Le Bureau Inap 01 en bois brûlé et palissandre de Lorcan Ménard, diplômé de l’école Boulle en est une autre illustration.

Des oeuvres bien légendées, des vidéos permettant de s’approcher au plus près du fonctionnement de ces meubles à secrets, un parcours judicieusement scénographié dans les différentes salles du château de Malmaison, font de cette exposition un moment privilégié. Et pour ceux et celles qui ne le connaissaient pas encore, une occasion de découvrir ce lieu à la fois d’intimité et de pouvoir du couple impérial qu’est la Malmaison (2).

Château de Malmaison, le salon de musique / Photo db

 

(1) Entré par dation dans le patrimoine de l’État, ce secrétaire est dans les collections du  Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau depuis 2013.
(2) À ce sujet voir le livre Malmaison, le palais d’une impératrice, de Christophe Pincemaille et Isabelle Tamisier-Vétois (Éditions des Falaises) dont nous avons rendu compte ici-même.

Château de Malmaison
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+33 (0)1 41 29 05 55

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« Les Contes cruels de Paula Rego » au musée de l’Orangerie

Paula Rego, « la fille du policier »  1987 © Paula Rego. Courtesy Marlborough Fine Art

À 80 ans passés, l’artiste portugaise Paula Rego fait enfin l’objet d’une exposition conséquente dans un musée parisien.(1) Rassemblant quelque soixante oeuvres –  peintures et gravures des années 1980 à 2000 – ces « Contes cruels », s’ils constituent davantage une anthologie qu’une rétrospective, permettent néanmoins une approche cohérente de l’art singulier, puissant et dérangeant de Paula Rego. Un art figuratif et narratif qui puise son intensité et souvent sa violence dans la propre vie de l’artiste, la complexité des rapports humains, la condition des femmes, la cruauté des contes, l’incohérence des rêves, le brouillage des frontières entre l’humain et l’animal. L’intérêt de cette exposition du musée de l’Orangerie réside aussi dans le fait de présenter des oeuvres de Goya, Redon, Daumier ou Louise Bourgeois, en contrepoint de celles de Paula Rego. À voir jusqu’au 14 janvier 2019. Lire la suite

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« Pathelin, Cléopâtre, Arlequin » : Le théâtre de la Renaissance s’expose à Écouen

Château d’Écouen, vue aérienne, © musée national de la Renaissance

Le château d’Écouen, musée national de la Renaissance, accueille  une exposition consacrée au théâtre français de la fin du XVe siècle aux années 1610. De la farce à la comédie italienne en passant par la tragédie, Pathelin, Cléopâtre, Arlequin explore les différentes formes théâtrales de cette époque où, héritier des traditions du Moyen Âge, le théâtre s’enrichit des idées, arts, échanges et inventions de la Renaissance. Ouverte sur l’Histoire et les Beaux-Arts, l’exposition rassemble 137 pièces – manuscrits, dessins, maquettes, tableaux, objets, etc. – présentées de façon très accessible et qui dialoguent avec les oeuvres permanentes du musée.
À voir jusqu’au 28 janvier 2019. Lire la suite

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« Ossip Zadkine, L’instinct de la matière »

Osssip Zadkine, « Jeune fille à l’oiseau » / Photos db


Organisée à l’occasion du 130ème anniversaire du sculpteur Ossip Zadkine né en1888 en Russie et mort à Paris en 1967, cette nouvelle exposition du musée Zadkine à Paris met en lumière la manière dont l’artiste dialogue avec les  matériaux et médiums qu’il utilise : la pierre, les différentes essences de bois, mais aussi l’encre, l’aquarelle et la gouache. Ossip Zadkine, L’instinct de la matière permet en effet de découvrir cette partie moins connue de la création de l’artiste que sont ses oeuvres sur papier. C’est aussi l’occasion d’apprécier ce lieu intime et paisible qu’est le musée Zadkine avec son jardin, à deux pas du Luxembourg…
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Rui Chafes et Alberto Giacometti : rencontre à la Fondation Gulbenkian à Paris

Rui Chafes et Alberto Giacometti, « Gris, vide, cris », 2018, Fondation Gulbenkian Paris/ Photo db

L’exposition « Gris, vide, cris », présentée à la délégation en France de la Fondation Calouste Gulbenkian jusqu’au 16 décembre 2018, réunit des oeuvres du sculpteur portugais Rui Chafes et d’Alberto Giacometti. Le premier est né en 1966, l’année où meurt le second. Il ne s’agit ni de confrontation, ni de filiation entre deux artistes que rien a priori ne rassemble, mais plutôt  d’une rencontre. Par le biais de ses propres sculptures, réalisées à cette occasion, Chafes propose une approche inédite d’une sélection d’oeuvres de Giacometti que le visiteur est invité à découvrir dans une proximité singulière et troublante… Lire la suite

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De belles choses : sélection d’automne

Dans le foisonnement d’événements de cette nouvelle saison artistique et culturelle, voici quelques pistes. Avec une préférence pour des manifestations moins courues, plus confidentielles. Voire secrètes…

Martin Guillaume Biennais, Secrétaire à abattant, vers 1804-1814

 

… Comme l’exposition Meubles à secrets, secrets de meubles, présentée au château de Malmaison, du 17 novembre 2018 au 18 février 2019. C’est l’achèvement de la restauration par l’Ecole Boulle d’un meuble à secrets de Martin Guillaume Biennais (1764-1843), secrétaire exceptionnel tant par son esthétisme que par l’ingéniosité de son fonctionnement, qui a suscité l’idée de cette exposition rassemblant une quarantaine de ces meubles et objets précieux dans les appartements de Joséphine et de Napoléon. Lire la suite

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« Devenir traces » : Chambord accueille les dessins de Jérôme Zonder

Vue de l’exposition « Devenir traces » au château de Chambord © Marc Domage

Depuis 2010 le château de Chambord s’est ouvert à l’art contemporain avec des expositions monographiques. C’est au tour du dessinateur Jérôme Zonder d’investir les lieux jusqu’au 30 septembre 2018, avec l’exposition Devenir traces qui réunit plus de 130 oeuvres dont près de la moitié réalisées pour l’occasion. Essentiellement fondé sur notre rapport à l’Histoire, sa violence et sa mémoire, le travail de Jérôme Zonder – au fusain, à la mine de plomb ou à l’empreinte – résonne avec les vicissitudes de cette Histoire dont ont été témoins les murs du château qui s’apprête à célébrer son 500ème anniversaire. Lire la suite

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