De belles choses : sélection d’automne

Dans le foisonnement d’événements de cette nouvelle saison artistique et culturelle, voici quelques pistes. Avec une préférence pour des manifestations moins courues, plus confidentielles. Voire secrètes…

Martin Guillaume Biennais, Secrétaire à abattant, vers 1804-1814

Comme l’exposition Meubles à secrets, secrets de meubles, présentée au château de Malmaison, du 17 novembre 2018 au 18 février 2019. C’est l’achèvement de la restauration par l’Ecole Boulle d’un meuble à secrets de Martin Guillaume Biennais (1764-1843), secrétaire exceptionnel tant par son esthétisme que par l’ingéniosité de son fonctionnement, qui a suscité l’idée de cette exposition rassemblant une quarantaine de ces meubles et objets précieux dans les appartements de Joséphine et de Napoléon.

Plusieurs films réalisés pour l’occasion permettront de voir en mouvement les différentes parties mobiles et cachées des secrétaires, commode, bureaux, tables, coffre à bijoux, coffrets de voyage ou de toilette, malles. Et d’entendre la petite musique rare des mécanismes…

Acteur déclamant, France vers 1600 / Écouen, musee national de la Renaissance/ RMN-Grand Palais/ Photo Mathieu Rabeau

On reste en Île-de-France, dans le Val d’Oise où le musée national de la Renaissance à Écouen accueille du 17 octobre 2018 au 28 janvier 2O19 l’exposition « Pathelin, Cléopâtre, Arlequin » consacrée au théâtre dans la France de la Renaissance. Les personnages de la farce, de la tragédie et de la comédie italienne s’installent au premier étage de l’aile sud du château d’Écouen, pour cette manifestation inédite réalisée avec le concours de la Bibliothèque nationale de France.

Le Japon est toujours très présent en cet automne, dans le cadre de la saison Japonismes 2018, mise en place à l’occasion du 160ème anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France et de l’opération Tokyo-Paris.

Le musée Cernuschi présente du 26 octobre au 27 janvier 2019, l’exposition Trésors de Kyoto, trois siècles de création RinpaLe courant décoratif Rinpa, apparu au début du XVIIe siècle et dont la production perdure jusqu’à aujourd’hui, est l’une des écoles majeures de la peinture japonaise. Des chefs-d’oeuvre seront dévoilés pour la première fois hors du Japon avec notamment, durant les quatre premières semaines de l’exposition, le Trésor National Dieux du vent et du tonnerre de So-tatsu conservé dans le temple Kennin-ji à Kyoto et seulement visible en de très rares occasions.

Au Petit Palais, Jakuchu, le Royaume coloré des êtres vivants, invite à découvrir, du 15 septembre au 14 octobre 2018, Ito Jakuchu (1716-1800), un artiste excentrique et indépendant, lié à aucun mouvement artistique en particulier et qui a créé un style tout à fait personnel.

De haut en bas, de gauche à droite : Affiche « Art brut japonais II » / Watanabe Shiko, Cerisiers en fleurs à Yoshino / Ito Jakuchu, Coqs, vers 1761-1765 / « Hibakusha », un des dessins présentés à Grenoble.

La Halle Saint Pierre présente, du 8 septembre 2018 au 10 mars  2019, Art brut japonais II. Cette seconde édition, huit ans après la première, réunit une cinquantaine de créateurs qui « témoignent qu’au sein de toutes les cultures, des personnalités singulières inventent leur propre mythologie et leur propre langage figuratif. »

Quant au musée de la Résistance et de la déportation de Grenoble, il propose jusqu’au 1er octobre 2018 une exposition intitulée Hibakusha. Un terme qui désigne « les survivants de la bombe atomique ». L’exposition  présente une soixantaine de dessins réalisés au fil des années par les rescapés des bombardements nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945, qui ont  en moyenne aujourd’hui 80 ans.

Rudolf Koivu, Histoire de l_étoile de Noël, v. 1934, Fondation Amer : Musée des beaux-arts deTuusula

Changement de décor et de latitude, avec Légendes des pays du Nord, au Palais Lumière à Évian, du 24 novembre 2018 au 17 février 2019.  L’exposition est consacrée à l’illustration finlandaise avec un ensemble d’aquarelles et de peintures a tempera.  L’univers de la forêt, des animaux et des lutins qui la peuplent propose une immersion dans un imaginaire nordique teinté de Symbolisme. Au côté des célèbres illustrations de l’épopée du Kalevala (« La terre nourricière des héros ») par Akseli Gallen-Kallela (1865-1931), un ensemble inédit du peintre Joseph Alanen (1885-1920) propose une version moderniste du mythe.(1) Enfin, une présentation du manoir de Suur-Merijoki évoquera la plus belle réalisation Art Nouveau en Finlande qui, en raison de sa disparition, prit une dimension légendaire.

Enfin, le théâtre de l’Athénée fait sa rentrée musicale avec un Festival Purcell, du 25 septembre au 13 octobre 2018. Au programme : Dido & AEneas (production Ensemble Diderot), King Artur et Queen Mary, un opéra imaginaire d’après Henry Purcell. Ces deux dernière oeuvres sont une production de Frédérique Chauvet avec l’Ensemble BarokOpera Amsterdam.

Léger au front

Par ailleurs, la scène de l’Athénée accueille le 21 octobre 2018, pour une seule représentation, Léger au front, d’après la correspondance de guerre (1914-1917) de Fernand Léger. L’adaptation des lettres est signée Jacques Gamblin. « Dans une performance polymorphe, le sculpteur Patrice Alexandre, le compositeur David Chaillou et Jacques Gamblin metteur en scène font entendre les lettres, désespérées et combatives tout ensemble, écrites par Fernand Léger du fond des tranchées de l’Argonne ».

On aura aussi le plaisir de retrouver Jacques Gamblin sur la scène du théâtre du Rond-Point, du 16 octobre au 18 novembre 2018, pour Je parle à un homme qui ne tient pas en place. Cet homme, c’est le navigateur Thomas Coville, qui en 2014, seul sur son trimaran de plus de 30 mètres, a tenté une nouvelle fois le record du tour du monde à la voile en solitaire. Pendant trente jours, Jacques Gamblin communique quotidiennement avec son ami qui se bat contre les dépressions, les anticyclones et les secondes… « C’est un dialogue d’homme à homme, j’ai presque envie de dire les yeux dans les yeux. Sauf que nous nous disons probablement plus de choses avec la distance comme paravent. C’est cette parole proche à distance que j’ai eu envie de partager avec le public. Une belle histoire avec ses rebonds et ses imprévus. », dit Jacques Gamblin.

À suivre….

Jacques Gamblin, « Je parle à un homme qui ne tient pas en place » © Yannick Perrin

(1) le peintre et graveur Akseli Gallen-Kallela a fait l’objet d’une exposition monographique au Musée d’Orsay en 2012

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« Devenir traces » : Chambord accueille les dessins de Jérôme Zonder

Vue de l’exposition « Devenir traces » au château de Chambord © Marc Domage

Depuis 2010 le château de Chambord s’est ouvert à l’art contemporain avec des expositions monographiques. C’est au tour du dessinateur Jérôme Zonder d’investir les lieux jusqu’au 30 septembre 2018, avec l’exposition Devenir traces qui réunit plus de 130 oeuvres dont près de la moitié réalisées pour l’occasion. Essentiellement fondé sur notre rapport à l’Histoire, sa violence et sa mémoire, le travail de Jérôme Zonder – au fusain, à la mine de plomb ou à l’empreinte – résonne avec les vicissitudes de cette Histoire dont ont été témoins les murs du château qui s’apprête à célébrer son 500ème anniversaire. Lire la suite

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La Malmaison coté Jardin avec les aquarelles d’Auguste Garnerey

Auguste Garnerey, Malmaison, intérieur de la serre chaude /Photo Rmn


Après Malmaison, le palais d’une impératrice (1), les Éditions des Falaises publient Auguste Garnerey, vues du jardin de Joséphine. En aménageant le jardin de la Malmaison, acquise en 1799, l’impératrice a souhaité en faire un lieu extraordinaire où aux essences déjà présentes dans le jardin à l’anglaise créé avant la Révolution, viendraient se mêler des plantes venues d’ailleurs, en un mot « exotiques ». C’est au peintre-jardinier Jean-Marie Morel, qu’elle en a confié la conception et la réalisation. Le jardin n’ayant pas survécu à celle qui l’avait rêvé, les  aquarelles d’Auguste Garnerey, un des maîtres de dessin de sa fille Hortense, constituent donc un témoignage précieux. Les voici rassemblées dans un bel ouvrage, avec l’éclairage de l’historien Christophe Pincemaille
.

Auguste Garnerey, Malmaison, vue de la bergerie dans le bois

« Mon jardin, qui est la plus belle chose possible, est plus fréquenté par les Parisiens que mon salon », écrit Joséphine à son fils Eugène, le 14 juin 1813. L’impératrice – elle a conservé son titre après son divorce, en 1809 –  n’a cessé de poursuivre l’aménagement du jardin de Malmaison entamé  en 1800, sitôt le domaine acquis. Cette « plus belle chose possible » ne nous est plus accessible, puisque des soixante-dix hectares du parc enclos n’en subsistent aujourd’hui que six entourant le château, lesquels « contentent mal l’imagination des âmes nostalgiques », écrit Christophe Pincemaille. Car « à Malmaison Joséphine s’est inventé un pays à l’échelle de ses rêves tandis que Napoléon, qui lui avait laissé carte blanche, s’inventait un empire à l’échelle de ses ambitions »…

Auguste Garnerey, Malmaison, Le temple de l’Amour

L’aménagement du jardin est donc confié en septembre 1803 à Jean-Marie Morel, après révocation de Percier et Fontaine qui, s’ils avaient réussi pour la décoration du château, n’avaient pas su, côté jardin, répondre au « lieu de délices » voulu par celle qui n’était encore que Madame Bonaparte. Il faut dire que le couple consulaire avait été séduit par le jardin paysager que le marquis de Girardin avait réalisé à Ermenonville, au prix de dix années de travaux sur ce qui était à l’origine un marécage insalubre. Ce que Christophe Pincemaille résume ainsi : « Napoléon et Joséphine découvrirent à Ermenonville combien la nature est jardin ».

Vue de la vacherie dans le bois de Saint-Cucufa (détail)

Et puis Jean-Marie Morel n’était-il pas l’auteur d’une Théorie des jardins publiée en 1776 et inspirée des réflexions de Girardin dont il avait été le chef de chantier… Si l’intervention officielle de Morel n’a duré qu’un peu moins de deux ans, elle a été décisive. Qu’on en juge : « Adepte de la simplicité (…) il réduisit considérablement le nombre de fabriques (ses prédécesseurs prévoyaient d’n ériger partout, des dessins préparatoires l’attestent), il joua sur les accidents du terrain et sur les eaux, il mobilisa les paysages environnants et les ressources pour faire de Malmaison un jardin d’illusion, dépouillé d’ornements inutiles et composant une riche pâture où paissent des vaches… » Auxquelles viendront s’ajouter un troupeau de Mérinos « exfiltré » d’Espagne par Bonaparte…

Et Joséphine de son côté « se livra à la botanique avec passion  pour recréer le jardin de son enfance. À cause de ses origines créoles, celui-ci fut exotique, ce qui convenait parfaitement à un jardin d’illusion ».  Elle mit en oeuvre des moyens considérables pour que l’Amérique (c’est à dire les Antilles) poussent sous le ciel d’Île de France : la communauté scientifique fut mise à contribution – notamment les professeurs du Muséum national d’histoire naturelle -, ainsi que les collections de l’État pour venir enrichir la ménagerie ou les serres. Notamment la grande serre chaude dont la construction avait été entamée par Morel et qui focalisera progressivement toutes les attentions de Joséphine qui aménagera dans cette partie du parc un nouveau jardin presque entièrement composé d’essences exotiques.

Auguste Garnerey, Promenade de l’impératrice et de sa suite sur le lac, près de la serre chaude

« Un jardin d’illusion n’est pas conçu pour durer »…  Lors du règlement de la succession de l’impératrice, le domaine sera évalué au prix des terres et des bois, sans que soient prises en compte les raretés botaniques qu’il renfermait; et bientôt les tulipiers céderont la place à un champ d’avoine…

Mais il reste les onze vues de Malmaison, peintes à l’aquarelle par Auguste Garnerey vers 1812 et qui restituent ce jardin voulu par Joséphine. Un témoignage précieux auquel l’ouvrage publié par les Éditions des Falaises nous permet d’accéder, avec pour guide l’historien Christophe Pincemaille, attaché à la conservation du musée national du château de Malmaison. (2) Tandis que les larges citations extraites de la Théorie des jardins, de Jean- Marie Morel qui ponctuent la reproduction des aquarelles de Garnerey sont elles aussi  de précieux documents. Le tout mis en valeur par la qualité de l’édition.

 

(1) On a rendu compte, ici même de cet ouvrage. Pour y accéder, cliquer ici
(2) Le musée national du Château de Malmaison  organise du 17 novembre 2018 au 18 février 2019, l’exposition MEUBLES À SECRETS, SECRETS DE MEUBLES.
C’est l’achèvement de la restauration par l’Ecole Boulle d’un meuble à secrets de Martin Guillaume Biennais (1764-1843),  exceptionnel tant par son esthétisme que par l’ingéniosité de son fonctionnement, qui a motivé l’organisation de cette exposition réunissant  une quarantaine de meubles et objets à secrets présentés dans  un parcours scénographié au fil des appartements de Joséphine et de Napoléon. Le mobilier et les objets mis en scène sont issus pour la plupart des collections du musée, ainsi que de collections publiques ou privées (Collections Hermès, Fondation Napoléon, musée national du château de Fontainebleau, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon)

Auguste Garnerey
Vues du Jardin de Joséphine
Christophe Pincemaille
Éditions des Falaises
Prix : 21 euros

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Exposition « Cités-Jardins/Cités de demain, une idée du bonheur » à Elbeuf : retour vers le futur

Musée d’Histoire Urbaine et Sociale de Suresnes, jardinier / DR

Cette exposition, présentée à La Fabrique des savoirs jusqu’au 21 octobre 2018, invite à redécouvrir l’histoire et le patrimoine régional des Cités-Jardins, ces ensembles d’habitat social construits en France à partir du début du XXe siècle. Cités-Jardins/Cités de demain propose aussi une interprétation contemporaine de ce modèle urbain, en écho aux problématiques actuelles de développement durable. C’est aussi l’occasion de découvrir le magnifique ensemble de bâtiments industriels, témoignage du passé textile d’Elbeuf, au sein duquel est installée depuis 2010 La Fabrique des savoirs. Lire la suite

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« Enchanté » et « Tubologie » : l’art contemporain à Dunkerque, nouvelle Saison.

DUNKERQUE, le FRAC et le LAAC/ arrière des bâtiments © db

Lancée fin avril 2018, cette nouvelle Saison est organisée conjointement par le LAAC (Lieu d’Art et d’Action contemporaine)  et le FRAC Grand Large (Fonds régional d’Art contemporain). Le premier accueille jusqu’au 26 août « Enchanté », une exposition qui renvoie à l’énigme que constitue le processus de création d’une oeuvre. Tandis qu’avec « Tubologie – Nos vies dans les tubes » le second  invite à explorer jusqu’au 30 décembre les liens entre la création contemporaine et l’écologie, par le biais particulier de la forme « tube ». Cette exposition est aussi l’occasion de découvrir le nouveau site du FRAC, sur le port de Dunkerque, dans un très beau bâtiment ouvert sur « le grand large » … Lire la suite

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Sophie Paul Mortimer interprète « Les règles du savoir-vivre dans la société moderne » de Lagarce

Sophie Paul-Mortimer, « Les règles du savoir vivre dans la société moderne », Salle Panopée, Juin 2017 / photo Richard Baltauss


Du 28 au 30 mai 2018, la comédienne Sophie Paul Mortimer revient sur la scène de la Salle Panopée à Vanves pour trois nouvelles représentations de la pièce de Jean-Luc Lagarce. En juin 2017 on avait apprécié l’interprétation ardente qu’elle avait donnée, seule en scène, de ce texte singulier, un des derniers de l’auteur, écrit et créé en 1994. « Les règles du savoir vivre dans la société moderne » est inspiré de l’ouvrage éponyme – et à succès – de la baronne Staffe publié en 1889. Ce manuel des convenances dans le monde de la haute bourgeoisie, Jean-Luc Lagarce en a dynamité le verbe et la syntaxe pour livrer un texte drôle et corrosif où il pointe avec une ironie mordante la famille, l’amour, la mort, la solitude et les faux-semblants de la société.

«Ainsi que cela n’en finit jamais de se passer »…. Lire la suite

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“Jolies Ornaises, Dentelles jumelles d’Alençon et d’Argentan”

Volant en point d’Argentan et point d’Alençon, réalisé par l’école dentellière d’Argentan d’après un modèle Lefébure, médaille d’or à l’exposition de 1900, prêt de l’abbaye Notre-Dame d’Argentan. © Abbaye Notre-Dame, Argentan. Cliché : David Commenchal.


Le musée des Beaux-arts et de la Dentelle à Alençon et la Maison des Dentelles à Argentan conjuguent leurs collections pour présenter une exposition consacrée aux dentelles jumelles de l’Orne, les points d’Alençon et d’Argentan. Le savoir faire de la dentelle à l’aiguille, inscrit dans le territoire ornais depuis quatre siècles, est mis en évidence au travers d’une centaine d’oeuvres.
L’exposition Jolies Ornaises, Dentelles jumelles d’Alençon et d’Argentan est présentée au musée des Beaux-arts et de la Dentelle d’Alençon jusqu’au 4 novembre 2018. Elle le sera ensuite à la Maison des Dentelles d’Argentan du 2 avril au 2 novembre 2019.

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