Delaperche à Orléans: « Un artiste face aux tourments de l’Histoire »…

Jean-Marie DELAPERCHE, « Tous les âges passent sur l’aile du temps, vers 1817 »

… ou « un génie révélé ». C’est en ces termes que l’exposition au musée des Beaux-arts d’Orléans, consacrée à Jean-Marie Delaperche (1771-1843) a été annoncée et est présentée. Il s’agit bien en effet de révélation, puisque l’artiste était resté dans l’ombre jusqu’à aujourd’hui. C’est à dire jusqu’à la découverte et l’identification en 2017 d’un ensemble de 91 dessins, jugés dignes des plus grands artistes de son temps. Une découverte qui a été suivie d’une longue enquête pour retracer la biographie et la carrière du dessinateur et peintre, d’Orléans où il est né à Paris où il meurt, en passant par Moscou où il a vécu une vingtaine d’années. Sans que soient pour autant levées toutes les zones d’ombre sur l’oeuvre  et la personnalité complexe de Jean-Marie Delaperche.
À voir jusqu’au 14 juin 2020.

Jean-Marie DELAPERCHE, « Les adieux de Louis XVI »

« Véritable enquête… jeu de piste… grand travail de recherche dans les archives … », Olivia Voisin parle en connaissance de cause. Directrice des musées d’Orléans, et conservatrice des collections de 1750 à nos jours, depuis l’apparition des dessins sur le marché de l’art  en avril 2017, elle a préparé cette exposition dont elle a assuré le commissariat, entourée d’un comité scientifique de six personnes, dont une archiviste-paléographe. Car en l’absence de sources il a fallu effectuer d’importantes recherches pour reconstituer au gré des archives, la vie « tumultueuse »  non seulement de Jean-Marie Delaperche, mais aussi de son frère Constant et de leur mère Thérèse, tout une famille d’artistes originaires d’Orléans et qui ont poursuivi leur carrière à Paris, Moscou, chez les Ruinart à Reims ou les Rohan-Chabot à La Roche-Guyon.

Constant Delaperche, Scène de la vie de la Vierge (décor de la chapelle du château de La Roche-Guyon), vers 1815-1817.

Cette quête aura jusqu’au bout réservé des surprises, puisque l’exposition aura été retardée après la découverte de nouveaux documents auprès de la veuve d’un des descendants. Des documents qui ont conduit à ajouter quelque 120 pages au catalogue… (1) D’où il faut sans doute conclure, avec Olivia Voisin, que « l’oeuvre de Jean-Marie Delaperche reste encore à découvrir », d’autant que l’artiste a vécu loin des sphères officielles, refusant de signer ses oeuvres – seuls quatre dessins des 91dessins réapparus en 2017 portaient sa signature – et préférant sa liberté « au diktat de la critique ».

JEAN-Marie DELAPERCHE, « Hussard surgissant lors d’une veillée funèbre », 1817:18

L’exposition à Orléans constitue  une première et substantielle approche de son oeuvre. Outre les 91 dessins en question – acquis par le musée -, elle présente en effet une soixantaine de peintures, sculptures, dessins, gravures et archives provenant de diverses institutions et de collections privées (Château de Versailles,  musée de l’Armée, musées des Beaux-Arts de Reims et de Tours, archives Ruinart) qui permettent de replacer Jean-Marie Delaperche dans les contextes familial et historique, tous deux inséparables.

L’artiste et sa famille ont en effet connu une période historique plus que mouvementée, traversant l’Ancien Régime, les années de la Révolution, l’Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet. Des événements dont Jean-Marie Delaperche, « témoin silencieux », se fait l’écho dans ses dessins, de manière explicite ou allégorique. Ce sont les adieux de Louis XVI à sa famille, un hussard surgissant au milieu d’une scène tragique ou encore des scènes épiques empruntées à la mythologie grecque qui évoquent le contexte politique auquel est confronté l’artiste.

Jean-Marie Delaperche, « Le Naufrage », 1815

Un contexte particulièrement douloureux, puisque l’artiste perdra ses biens en 1812 dans l’incendie de Moscou par Napoléon et ses deux fils dans la débâcle de l’armée napoléonienne. Cruel paradoxe de l’Histoire : ce royaliste profondément marqué par la Révolution – la plupart des amis de sa mère avaient été décapités et son père emprisonné – était parti en Russie pour y trouver du travail mais aussi pour fuir Napoléon…

Sur le plan artistique cette période de vingt ans hors de France, de 1804 à 1824, lui permettra aussi de s’ouvrir à de nouvelles influences, celles de peintres allemands, anglais et russes. Il développera par le biais du dessin une réflexion sur la tyrannie, les tourments de l’Histoire et une approche philosophique de la vie et du monde. Un dernier aspect auquel on avoue avoir été particulièrement sensible.

Constant DELAPERCHE, Portrait des enfants de l’artiste, vers 1822. © Collection particulière

De retour en France, il s’installe à Paris comme portraitiste avec son frère Constant. Leurs oeuvres ne franchissent pas la porte du Salon. Ils meurent tous deux en 1843.

Cette exposition aura aussi été l’occasion de découvrir le musée des Beaux-Arts d’Orléans, un des premiers à avoir été créé en France en 1799. Inauguré officiellement en 1825, il est installé depuis 1984 dans un nouveau bâtiment signé Christian Langlois, à côté de la cathédrale, avec 3000 m2 d’exposition permanente et 400 m2 d’exposition temporaire. Parmi son fonds de tableaux d’écoles étrangères, citons le Saint Thomas de Velazquez, récemment restauré.

Jean-Jacques SCHERRER, « Jeanne d’Arc victorieuse des Anglais entre à Orléans », 1887 / Photo db

 

Bien sûr, Jeanne d’Arc se devait d’être présente : elle l’est dans la vaste entrée du musée avec l’immense toile de Jean-Jacques Scherrer, Jeanne d’Arc victorieuse des Anglais entre à Orléans, présentée au Salon de 1887. À notre arrivée, un groupe de jeunes enfants étaient assis à ses pieds, écoutant sagement les explications de leur accompagnatrice …

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(1) Un imposant catalogue richement documenté, co-édité par Snoek et le MBA d’Orléans.

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Salon RÉTROMOBILE : Retour sur un parcours subjectif où il est aussi question de Licorne…

La voiture est une passion masculine. On a pu le vérifier lors de la 45ème édition de Rétromobile, Salon international de la voiture de collection, qui s’est tenue au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris du 5 au 9 février 2020 et qui a réuni plus d’un millier de véhicules de collection. Si les femmes n’y étaient pas totalement absentes, les hommes  constituaient l’écrasante majorité des visiteurs. Ce n’est pas un scoop. L’intérêt du constat réside davantage ici dans le regard porté  sur les voitures, du curieux au passionné, du simple amateur au collectionneur avéré. Un regard qui s’attache à l’objet, son histoire, ses caractéristiques techniques – la performance sur route mais aussi l’ingéniosité mécanique – , la beauté des formes, la prouesse des restaurations, l’évolution des marques et leur éclectisme, de la voiture de course au tracteur. Lire la suite

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Kiki Smith à la Monnaie de Paris : derniers jours…

« Toute l’histoire du monde réside dans votre corps », Kiki Smith / Photo db

… pour profiter de la première exposition personnelle de l’artiste américaine Kiki Smith (née en 1954, elle vit à New York) dans une institution française. La réunion de plus d’une centaine d’œuvres, des années 1980 à nos jours (certaines ayant été été créées spécialement pour l’exposition parisienne), permet d’apprécier la grande diversité des médium utilisés par l’artiste –  bronze,  plâtre, verre, porcelaine, tapisserie, papier… Une création multiforme avec pour thèmes majeurs le corps humain, les figures féminines et la symbiose avec la nature. Cette manifestation  marque aussi, hélas, la fin de la programmation d’art contemporain à laquelle nous avait habitués la Monnaie de Paris, depuis sa réouverture au public en 2014 après la rénovation de l’édifice du 11 quai de Conti. (1)
À voir jusqu’au 9 février 2020.
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Quand la Justice rencontre le Génie… La Beauté est dans la rue!

                         … De Belles Choses vous souhaite de la croiser souvent
                                                 tout au long de cette Année 2020  !                                              

                                         En attendant : petite rétrospective 2019                                       

Autour de la Justice qui, portée par les comédiens du Théâtre du Soleil, rencontrait le Génie de la Bastille, lors de la manifestation du mardi 17 décembre 2019, de gauche à droite et de haut en bas :

 

 

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Grâce à la Compagnie Oghma, « Bérénice » de Racine renoue avec la tradition baroque.

« Bérénice » par la Compagnie Oghma, le trio © Crédit photo Jean-Luc Kokel

Drame de l’amour et du pouvoir, la pièce écrite par Racine en 1670 nous touche encore aujourd’hui. Sans doute parce qu’il n’y eut jamais si peu d’action – une décision à assumer – et autant d’intensité, portée une langue sublime, dans ce théâtre qu’on appelle classique, oubliant qu’il fut d’abord baroque. C’est ce que nous rappelle la Compagnie Oghma, en recréant la gestuelle, la langue, la diction, les costumes et l’éclairage caractéristiques de l’esthétisme pratiqué à l’époque de Racine. Une version intime et concentrée de la tragédie qui conjugue raffinement, sobriété et émotion. Jouée à Paris, au Studio Raspail en novembre dernier, Bérénice le sera à nouveau et pour une unique représentation, le 10 janvier 2020.  Lire la suite

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« La Magie lente » opère à nouveau au Théâtre Paris Villette

 » La Magie lente », Benoit Giros © DR

Cette « Magie lente », présentée cette fois sur la scène du Théâtre Paris-Villette , est celle de la psychanalyse. Si l’expression est empruntée à Freud, il ne s’agit pas ici de théorie, mais d’un récit fictif, la narration d’un cas, celui de M. Louvier. Ce dernier, diagnostiqué schizophrène pendant dix ans, a décidé de consulter un nouveau psychiatre. Lequel, persuadé d’emblée que ce diagnostic est erroné, va user de la magie lente du processus psychanalytique pour que son patient se réapproprie peu à peu avec ses propres mots son histoire familiale et son terrible secret. Grâce au texte sans concession et remarquablement construit de Denis Lachaud et l’interprétation à la fois sobre, intense et juste  de Benoit Giros, seul en scène, le spectateur est embarqué lui aussi progressivement dans ce difficile parcours à la découverte de soi.
À voir jusqu’au 7 décembre 2019 Lire la suite

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Au Studio Hébertot, belle performance de Sophie Paul Mortimer dans « Les règles du savoir-vivre dans la société moderne » de Jean-Luc Lagarce.

Sophie Paul Mortimer, Studio Hébertot / Photo Richard Balthauss

Après le théâtre de Vanves en 2017 et 2018, c’est sur la scène parisienne du Studio Hébertot que Sophie Paul Mortimer interprète, jusqu’au 13 janvier 2020,  Les règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce. À nouveau seule sur scène, la comédienne donne vie et corps à ce texte écrit et créé en 1994 à partir de l’ouvrage éponyme de la Baronne Staffe publié à la fin du XIXe siècle. L’ironie et l’humour savamment distillés par Lagarce font de ce manuel à destination de la bourgeoisie un texte à la fois drôle et corrosif, remarquablement servi par le jeu intense et subtil de Sophie Paul Mortimer et la mise en scène à la fois inventive et dépouillée qu’elle signe avec Roger-Daniel Bensky.  Lire la suite

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