« Le ruban c’est la mode » à Saint-Étienne …

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Cette nouvelle exposition est l’occasion de découvrir l’impressionnante collection de rubans du musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne, avec ses quelque deux millions d’échantillons indexés. Car la ville, longtemps connue pour sa manufacture d’armes et de cycles -« Manufrance »- fut aussi dès la fin du XVIIIe siècle la capitale mondiale du ruban. Le Ruban c’est la mode parcourt cette histoire, mettant en évidence la place qu’occupe encore aujourd’hui la production rubanière de la région stéphanoise, dans la mode et dans l’industrie. À voir jusqu’au 2 janvier 2017.

« Rendre visible le ruban et le savoir faire de cette « industrie d’art » encore présente dans notre région » : c’est en ces termes que Nadine Besse, conservatrice du musée, résume le propos de l’exposition. C’est aussi celui du Musée d’Art et d’Industrie, engagé depuis les années 1980 dans une démarche ethnographique qui a  permis d’aboutir à l’exhaustivité actuelle, tant dans le domaine des métiers à tisser et des rubans – les collections ont été multipliées par vingt – que dans la mise en évidence  des caractéristiques de la production rubanière, son histoire et son évolution, d’hier à aujourd’hui.

SAINT ÉTIENNE

En ce qui concerne la production, à l’instar de la soierie lyonnaise, la rubanerie stéphanoise est organisée en « fabriques » dispersées. Un patrimoine bâti de quelque 2000 « maisons-ateliers »  témoigne encore de ces lieux où les familles ouvrières travaillaient à façon pour les patrons rubaniers de Saint-Étienne. Les photographies de Jean-Claude Martinez, réunies dans l’exposition  La nouvelle vie des ateliers passementiers (1) donnent à voir ces bâtiments dont l’élément marquant à l’extérieur est la présence de hautes fenêtres, dispensant la lumière sur les imposants métiers à tisser. Un volume et une luminosité dont profitent aujourd’hui de nouveaux habitants qui investissent pour de nouveaux usages ces lieux délaissés par l’industrie.

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Métier à tisser les rubans avec mécanique Jacquard, Seconde moitié XIXe/début XXe siècle/ photo db

Une industrie qui emploie jusqu’à 30 000 personnes au milieu du XIXe siècle et dont on peut suivre l’évolution en visitant la « Salle des métiers » du musée où est présenté un échantillon des diverses sortes de machines à tisser les rubans, des métiers à tambour aux métiers « modernes » sans navette, en passant par l’adaptation  de la fameuse mécanique Jacquard sur les métiers à navettes dès 1830. 

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Mécanique Jacquard, détail/photo db

Si la rubanerie stéphanoise se place alors au premier rang mondial, c’est grâce à ces innovations techniques et au savoir-faire et à l’ingéniosité des ouvriers textiles qui « connaissent tous les éléments de la chaîne de création du ruban qu’ils peuvent même modifier », souligne Nadine Besse.  Et pour que cette mémoire reste vivante, « depuis trente ans des ouvriers viennent bénévolement faire marcher les métiers« . Un succès qui doit beaucoup aussi « aux savoir-faire commerciaux des industriels » grâce à quoi la vente des rubans s’est avérée très rentable.

Avec l’entrée dans la « chambre des rubans », c’est toute la collection de rubans du musée qui se dévoile, présentée dans une succession de vitrines coulissantes horizontales. (2) Tandis que des cloisons verticales évoquent celles qui isolaient les rubaniers pour préserver le secret de fabrication de cette précieuse bande de tissu de deux millimètres à trente centimètres de largeur, avec une lisière qui en assure la solidité, mais peut aussi constituer un élément ornemental.

"Les Précieuses ridicules", Comédie-Française 1993, Costume de Mascarille / Photo DB

« Les Précieuses ridicules », Comédie-Française 1993, Costume de Mascarille / Photo db

Un petit textile qui est omniprésent dans les modes au fil du temps,  des costumes raillés par Molière – citons les reproches d’Harpagon à son fils Cléante : « Je voudrais bien savoir (…) à quoi servent tous ces rubans dont vous voila lardé depuis les pieds jusqu’à la tête » (3) – à aujourd’hui. Ce que nous rappellent les deux premières salles de l’exposition consacrées à l’utilisation du ruban dans la mode du XVIIe siècle aux années 1990 : vêtements, mais aussi chapeaux et chaussures, sans oublier  le costume folklorique. À ce sujet, on apprend au passage que le grand noeud noir devenu représentatif de « la » coiffe alsacienne, ne l’était en fait que d’un petit village… 

rubans de marques /photo db

rubans de marques /photo db

Des grands rubans noués qui ornent les robes d’Yves Saint Laurent, aux petits qui donnent du cachet aux flacons de parfums ou d’alcool, tandis que le bolduc ou la marque tissée « signent les créations des plus grands ou de ceux qui veulent le devenir« .

Signe de distinction, le ruban – la « faveur » qu’on noue et dénoue – est aussi  expression du sentiment amoureux ou support du fétichisme. On pense à Jean-Jacques Rousseau, au ruban volé des Confessions : « Beaucoup d’autres meilleures choses, étaient à ma portée ; ce ruban seul me tenta, je le volai »…

Le ruban, versus santé /photo db

Le ruban, versus santé /photo db

Si l’exposition Le Ruban c’est la mode explore la permanence de cet accessoire dans les modes vestimentaires, et la part qu’y prend la production stéphanoise avec un parcours documenté des principales figures de cette production,   le propos est aussi de montrer que la créativité des fabricants ne s’est pas cantonnée « aux visages changeants de la mode », mais s’est appliquée « à de nouveaux usages techniques et industriels« . Parmi ces usages, il y a notamment  les textiles de santé. C’est nettement moins glamour,  mais des entreprises de la région sont devenues une référence dans ce domaine, comme Thuasne, Gibaud, Sigvaris… car ceintures lombaires, genouillères, chevillères, bandes médicales, etc., sans oublier les sangles de voiture … c’est encore et toujours du ruban!!

Pour le plaisir de l’oeil, l’exposition se referme sur « la » mode avec une dizaine de créations contemporaines en rubans, signées des couturiers Eymeric François, Martin Margiella, Maurizio Galante, Franck Sorbier… Ces oeuvres avaient été réalisées spécialement pour l’exposition Les Enrubannées, présentée en 2007 dans ce même musée d’Art et d’Industrie de Saint-Etienne.

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(1) Une exposition itinérante qui après avoir été présentée jusqu’au 28 juillet au musée d’Art et d’Industrie, est proposée dans plusieurs hauts lieux du territoire rubanier, dont Sainte-Sigolène où,du 1er au 31 août 2016, les photographies de Jean-Claude Martinez seront réparties entre le Musée la Fabrique et la Médiathèque.
Un catalogue « La nouvelle vie des ateliers passementiers » a été publié.
(2) « La collection des  Prudhommes rassemble les dépôts de modèles de tous les fabricants de la région (ils étaient deux cents au XIXe siècle afin de les protéger de la contrefaçon. ces modèles datés et attribués ont été reversés au musée après le délai de protection afin de servir de références de dessin technique pour pour les dessinateurs de rubans et les apprentis. Ils couvrent la durée de l’inventaire des Prudhommes de 1808 à 1980 » (Nadine Besse, in Les Enrubannées, éd. Ville de Saint-Étienne). Le musée a ensuite poursuivi la collecte.
(3) L’Avare, acte 1, scène IVRUBAN


Musée d’Art et d’Industrie
Place Louis Comte
42000 Saint-Étienne
04 77 48 77 48

Des visites guidées de l’exposition Le Ruban c’est la mode sont organisées jusqu’au 29 septembre 2016. Pour voir les dates et les modalités pratiques, cliquer ici  

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Le « Dictionnaire des mots manquants »…

MOTS MANQUANTS…  est un ouvrage singulier publié par les Éditions Thierry Marchaisse. Invoquant Magritte on dira que « ceci n’est pas un dictionnaire ». En effet, il ne s’agit pas d’y trouver des mots, puisque ses organisateurs, Belinda Cannone & Christian Doumet, ont demandé aux écrivains contributeurs de partir en quête de mots qui … n’existent pas. Des mots qui font défaut pour exprimer une situation, un sentiment, une relation, le but n’étant pas de créer des néologismes mais de mettre en évidence le manque, le raconter.  Chacun des 44 auteurs sollicités a répondu à sa façon, avec ses mots à lui pour cerner l’absent. Il en résulte une soixantaine de textes qui sont autant d’analyses intéressantes, d’écrits littéraires et poétiques… Lire la suite

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Au théâtre Les Déchargeurs « Augustin passe aux aveux »…

"Augustin passe aux aveux", Les Déchargeurs © Pascal Gély

« Augustin passe aux aveux », Les Déchargeurs © Pascal Gély

… et passe la rampe. Pendant un peu plus d’une heure, le comédien Dominique Touzé fait siens les mots des Confessions de Saint Augustin (354-430). À ses côtés le violoncelle de Guillaume Bongiraud accompagne ce fameux récit d’une conversion qui a fait du jeune Berbère, intellectuel brillant et libertin, un des Pères de l’Eglise chrétienne. À l’origine de ce spectacle,  création du Wakan Théâtre, il y a la nouvelle traduction des Confessions par Frédéric Boyer, publiée en 2008 aux éditions P.O.L. sous le titre Aveux.  (1)
« Augustin passe aux aveux » est sur la scène parisienne 
pour quelques jours encore, avant de partir en tournée en province. Lire la suite

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La Cité de la Tapisserie ouvre ses portes à Aubusson

Verdure fine aux armes du comte de Bruhl,

Verdure fine aux armes du comte de Brühl, (recadrée) XVIIIe siècle, Aubusson

 

La Cité internationale de la Tapisserie ouvre ses portes au public le 10 juillet 2016 au sein du bâtiment de l’ancienne École nationale d’Art décoratif (ENAD) d’Aubusson, entièrement réhabilité pour l’occasion. Edifiée en réponse à l’inscription en 2009 de la tapisserie d’Aubusson au patrimoine immatériel de l’humanité par L’UNESCO, elle a  pour mission de conserver, enrichir et mettre en valeur ce savoir-faire précieux. Sur la base d’un projet à la fois culturel et scientifique, elle constitue une collection de référence qui reprend cinq siècles et demi de production en Aubusson.

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À VITRY, l’art contemporain s’expose à ciel ouvert…

Jaume Plensa, "Désir-Rêve", 2011© ville de Vitry-sur-Seine

Jaume Plensa, « Désir-Rêve », 2011© ville de Vitry-sur-Seine

« L’art doit surgir là où on ne l’attend pas, par surprise » : faisant sienne cette affirmation de Jean Dubuffet, il y a maintenant plus de 50 ans que la politique culturelle de Vitry-sur-Seine fait la part belle à l’art contemporain.  Grâce à la mise en oeuvre systématique depuis 1962 du 1% architectural, ce sont aujourd’hui quelque 140 oeuvres qui habitent de façon pérenne l’espace public de la ville. Des parcours sont organisés régulièrement pour aller à la rencontre de ces oeuvres.  C’est à la faveur de l’un d’eux qu’on a pu en découvrir quelques-unes, parmi les acquisitions les plus récentes. Lire la suite

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« MICROSCOPIE DU BANC »: le banc dans tous ses états au centre d’art de l’Onde

Alexandra Sá, "Baaaannnncccc", 2013 © db

Alexandra Sá, « Baaaannnncccc », 2013 © db


Quoi de plus banal qu’un banc public ? Et pourtant cette invitation  à interrompre sa marche et s’asseoir revêt une grande diversité de formes et d’usages. Objet social offert à tous, le banc peut être  instant de partage ou de solitude, d’échange ou d’introspection. Proposition faite au corps et à l’esprit, il modifie à la fois la posture et le point de vue. C’est la multiplicité de ses  représentations et fonctions qu’explore l’exposition Microscopie du banc, avec les oeuvres d’une douzaine d’artistes, en partie produites pour l’occasion et présentées dans le centre d’art L’Onde de Vélizy-Villacoublay et dans les rues avoisinantes. À voir jusqu’au 25 juin.
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Lab’Bel : « La Collection mise à nu par ses artistes, même »

"David", Hans Peter Feldman, Maison de la Vache qui rit 2016 /Photo db

« David », Hans Peter Feldman, Maison de la Vache qui rit 2016 /Photo db

Depuis sa création en 2010, Lab’Bel, le laboratoire artistique du Groupe BEL, a entrepris de constituer une collection d’art contemporain. Avec cette nouvelle exposition au titre emprunté à Marcel Duchamp – « La mariée mise à nu par ses célibataires, même » -, Lab’Bel dévoile ses acquisitions les plus récentes en les présentant dans trois lieux différents : à la Maison de la Vache Qui Rit à Lons le Saunier, au musée des Beaux-Arts de Dole et à Baumes-les-Messieurs, dans le site exceptionnel du Bélvédère Calonne de Sappel. A voir jusqu’au 22 mai 2016. Lire la suite

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