
M.Abakanowocz, Musée Bourdelle, deux Abakans / Photo db
Le musée Bourdelle présente la première grande exposition dédiée à Magdalena Abakanowicz (1930-2017) en France. Artiste majeure de la scène polonaise du 20e siècle, Abakanowicz a notamment réalisé des sculptures et des œuvres textiles monumentales – les « abakans » , à la fois puissantes et poétiques et parfois inquiétantes, souvent politiques.
Une création qui entre en résonance avec les problématiques contemporaines – environnementales, humanistes, féministe et que l’exposition La trame de l’existence permet de découvrir à travers un ensemble de 70 oeuvres mêlant pièces textiles, ensembles sculptés, dessins et photographies, au fil d’un parcours à la fois chronologique et thématique.
À voir jusqu’au 12 avril 2026

© Fondation Marta Magdalena Abakanowicz-Kosmowska et Jan Kosmowski © Marek Holzman
« Je considère la fibre comme […] le plus grand mystère de notre environnement. C’est à partir de la fibre que sont construits tous les organismes vivants, les tissus des plantes, des feuilles et de nous-mêmes. » Cette déclaration de Magdalena Abakanowicz donne tout son sens au titre choisi pour cette première exposition de l’artiste polonaise en France.
Le parcours commence dans le couloir qui mène aux les 600m² de l’aile Portzamparc du musée Bourdelle, dont les murs de béton ont été rénovés pour l’occasion. Et pour accueillir notamment les « tapisseries-reliefs » que l’artiste réalise à partir de la fin des années 1960, délaissant la « planéité » pour explorer le volume, qui la mènera aux sculptures monumentales auxquelles l’exposition a accordé une large place. En attendant, le visiteur découvre ce travail mettant en valeur la matérialité des fibres avec La Troisième Sœur, une œuvre textile reliefée mêlant chanvre, sisal, lin ou crin de cheval.

M.Abakanovic, Musée Bourdelle/Photo db
De l’autre côté du couloir, des têtes, réalisées en toile de coton imbibée de résine et fichées sur des tiges de bois (1989/90), alignent leurs faces couturées aux yeux clos, comme des masques mortuaires. Sans doute inspirées par un voyage de l’artiste en Papouasie-Nouvelle-Guinée dans les années 1970, ces sculptures dégagent une impression d’étrangeté et d’interrogation sans fin sur la condition humaine…

M.Abakanowicz, Musée Bourdelle, Dos et Figures dansantes /Photo db
Cette condition humaine que l’on va retrouver un plus loin avec deux autres séries, Dos et Figures dansantes. Dans la première, à partir du moulage sur nature d’un corps, elle appose à l’intérieur du moule des bandes de toile de jute, solidifiées avec de la résine et de la colle. Elle obtient une coque dont la texture rappelle la peau ou l’écorce. À ces alignements de dos courbés la scénographie oppose la ronde des Figures dansantes, de même texture creuse, des silhouettes en mouvement, en fuite ? À l’opposé du groupe figé d’êtres sans tête de La Foule V, matérialisant la réflexion d’Abakanowicz sur « la foule agissant comme un organisme décervelé »… « J’ai vu, enfant,
la façon dont les foules vénèrent sur commande et haïssent sur commande. Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, Hérodote observait déjà qu’il est bien plus facile pour un dirigeant de convaincre une foule qu’un individu ». (1)

M.Abakanowicz, Musée Bourdelle, « La Foule » / Photo db
Entretemps, une fois descendu l’escalier qui conduit au vaste espace de l’aile Porzamparc, on aura découvert les sculptures textiles monumentales de Magdalena Abakanowicz, ses « Abakans » qu’elle commence à réaliser au milieu des années 1960 : « Il devenait clair pour moi que je pouvais construire une réalité tridimentionelle : douce, pleine de secrets, me protégeant, étant un bouclier et en même temps (…) partie intégrante de moi-même », écrit-elle.

M.Abakanowicz, Musée Bourdelle, Abakan rouge (détail) / Photo db
Deux imposants abakans rouges occupent l’espace, l’un au sol, l’autre suspendu. « Pleines de secrets », en effet, ces sculptures riches de fentes et de replis se prêtent à de multiples interprétations, « suscitent toutes sortes d’analogies organiques : la chair écorcée du bois, la fourrure d’un animal, les lèvres ourlées d’un sexe féminin ». Pour les commissaires de l’exposition (2), il faut voir dans les abakans l’expression de la résistance de l’artiste : « sa manière singulière de renouer les fils tend à réparer le traumatisme de la guerre dans le contexte totalitaire d’un régime qui soumet l’espace physique et mental à la loi du collectif. (…) Toutes ses créations procèdent du même questionnement : quelle est la place occupée par l’homme dans son environnement ? ».

M.Abakanowicz, Musée Bourdelle, abakan noir / Photo db
Un grand abakan noir se déploie au centre d’une autre salle où sont exposées d’autres oeuvres de Magdalena Abakanowicz, qui dix ans après les abakans s’affranchit progressivement du tissage pour revenir à une expression graphique. À la série Embriologie, installation d’ « embryons » de chanvre et de lin, présentée en 1980 au pavillon polonais de la 39e Biennale de Venise, succède l’ensemble des Compositions, encre et lavis sur papier qui renvoient à l’unité fondamentale du vivant qu’est la cellule. Avec la série au fusain des Mouches (1993-1994) l’artiste transpose dans un format monumental l’observation de mouches mortes ou à l’état de pupe, stade qui succède à celui de larve. Des représentations à la fois belles et dérangeantes.
Le parcours de l’exposition se termine avec deux oeuvres de la série « Jeux de guerre », réalisée entre 1987 et 1995, période de transition politique et sociale en Pologne. « Je me sens extrêmement à l’aise dans un inconfort total en Pologne et très mal à l’aise dans un grand confort dans d’autres endroits. », déclare Magdalena Abakanowicz.

M.Abakanowicz, Musée Bourdelle, « La Pie » / Photo db
L’assemblage de bois, issu d’arbres abattus dans la région de Mazurie, en Pologne, et d’acier caractérise cette série. Dans La Pie (1992), le tranchant des armes est évoqué par un manchon pointu d’acier duquel jaillit un monumental tronçon d’arbre. Quant au Laboureur (1996-1997), homme sans tête juché sur un assemblage de bois et de fer, « rien n’interdit d’y voir la transposition de la figure de l’artiste, aux prises avec la matière. Le Laboureur est aussi une allégorie universelle de la condition humaine, confrontée à la résistance du monde, irréductible ». La trame de l’existence, en quelque sorte…
Pendant qu’on visitait l’exposition, la nuit a commencé à tomber sur les jardins du musée Bourdelle, sur la pierre des sculptures. Un autre univers… Oserait-on dire masculin?

M.Abakanowicz, Musée Bourdelle, Laboureur / Photo db
(1) Magdalena Abakanowicz, Fate and Art. Monologue, Milan, Skira, 2008, p.71
(2) Commissariat général assuré par Ophélie Ferlier Bouat Directrice du musée Bourdelle, commissariat scientifique : Jérôme Godeau Historien de l’art.
Musée Bourdelle
18, rue Antoine-Bourdelle
75015 Paris
Téléphone : 01 49 54 73 73
Ouvert du mardi au dimanche
de 10h à 18h.



Le Musée d’Art et d’Histoire de l’hopital Sainte-Anne, après avoir exploré sous l’angle historique et archéologique le Plancher de Jeannot lors d’une précédente exposition (1), en propose une nouvelle lecture, cette fois comme une œuvre à part entière. Laquelle, dans l’exposition L’invention d’une écriture, Le Plancher de Jeannot et les œuvres de ( ..), est amenée à dialoguer avec une quarantaine d’écrivains et artistes des années 1950 à 2000 au fil d’un parcours thématique où l’on retrouve, entre autres, les noms de Roland Barthes, Pablo Picasso, Henri Michaux, Niki de Saint-Phalle …



















Avec cette nouvelle exposition, l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire culturel du CNES (Centre national d’Études spatiales) inaugure sa programmation hors les murs consacrée à l’art contemporain. L’Institut national d’Histoire de l’Art (INHA) accueille les oeuvres de quatre artistes – Clément Fourment, Juliette Green, Hippolyte Hentgen et Aurélie Pagès – réalisées à partir de documents sur l’histoire spatiale. Une exposition qui s’inscrit dans le cadre des actions entreprises depuis plus de vingt ans par l’astrophysicien Gérard Azoulay, fondateur et animateur de l’Observatoire de l’Espace, dans le but de susciter des rapports nouveaux entre la culture, l’art et l’Espace

C’est dans le bel espace du nouveau et très riche musée du verre François Décorchemont, à Conches-en-Ouche dans le département de l’Eure, que les visiteurs peuvent découvrir jusqu’au 26 novembre 2023 les 150 pièces provenant de la donation effectuée en février 2023 par le couple Vitrat. Elles ont toutes été réalisées dans les verreries Legras, dans la Plaine Saint-Denis et à Pantin, qui doivent leur nom au maître verrier



La galerie Signatures à Paris présente jusqu’au 7 décembre 2022 « Echappées », une exposition de Florence Levillain qui réunit deux séries oniriques : « Nébuleuse » et « Au pied de la lettre ». La première s’attache aux aspirations, interrogations et réflexions d’une jeunesse post-covid dont la vie a été bouleversée et les espoirs contrariés par le confinement. Dans la seconde, la photographe s’est emparée d’expressions idiomatiques – lever l’ancre, enfoncer des portes ouvertes, etc – pour les représenter dans leur sens littéral. La série « Au pied de la lettre » fait l’objet d’un livre publié sous le même titre aux éditions Actes Sud junior.
Dernier Fonds régional d’art contemporain à ne pas disposer d’un espace de réserve propre, le Frac Île-de-France vient de combler cette lacune, avec un nouveau site à Romainville, Les Réserves, implanté au cœur du nouveau pôle d’art contemporain de l’Est parisien et inauguré officiellement en mai 2021. Après le transfert des 2078 œuvres de la collection, une nouvelle étape a été franchie le 22 juin dernier, avec l’ouverture d’espaces dédiés à la présentation d’oeuvres choisies par le public via l’application Sors de ta réserve.com . Pour ce premier accrochage, 33 oeuvres d’autant d’artistes ont été sélectionnées, tous médiums confondus. 














Voilà une bonne question sur laquelle se sont penchés Patrice de Moncan et Debra Finerman dans ce nouvel ouvrage « Leurs vins préférés, Légendes historiques & Stars actuelles ». 
