Agathe May, lauréate du Prix de Gravure Mario Avati, à l’Académie des beaux-arts.

Agathe May, « Haute et basse cour », 2013-2014, xylographie en noir et blanc sur papier Japon © Galerie Catherine Putman

Pour sa quatrième édition, le Prix Mario Avati, créé en 2013 en hommage au graveur (décédé en 2009) sous l’égide de l’Académie des beaux-arts, a été décerné à Agathe May, née en 1956 à Neuilly-sur-Seine. L’exposition qui lui est consacrée à cette occasion quai de Conti rassemble une quarantaine d’oeuvres des vingt dernières années. Cette rétrospective permet de découvrir le travail singulier d’Agathe May, tant sur le plan de la technique, avec une utilisation très libre de la xylographie, de la couleur et des supports d’impression, que sur celui des thèmes abordés : ses proches, la nature et la société sur lesquels elle porte un regard à la fois poétique et décalé. À voir jusqu’au 11 juin 2017.

Le Prix Mario Avati est « destiné à récompenser les artistes qui, par la qualité de leur œuvre contribuent à faire progresser l’art de l’estampe, à laquelle Mario Avati a consacré sa vie. Il récompense un artiste confirmé, de toute nationalité, pour son œuvre gravé, quelle que soit la technique d’impression utilisée ». Artiste confirmée, Agathe May l’est, à l’instar des précédents lauréats (1), en témoignent les prix et distinctions qui ont déjà jalonné son parcours artistique : Prix de l’Académie de France en 1983, suivi d’un séjour de deux ans  à la Villa Médicis;  Prix Lacourière en 1986;  résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto en 2005 et, en 2012,  Prix de gravure Nahed Ojjeh de l’Académie des beaux-arts. L’artiste est représentée par la Galerie Catherine Putman.

Agathe May La Famille V, xylographie en couleur collage, détail. © Agathe May, Galerie Catherine Putman

La gravure comme moyen d’expression, Agathe May en a fait le choix délibéré dès son entrée à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris à la fin des années 1970, en suivant une spécialisation dans ce domaine. « Dans ce monde aussi lumineux que sombre, aussi contrasté, la gravure a toute sa place. Elle ne ment pas, ne triche pas mais affirme clairement, frontalement les choses », explique-t-elle, évoquant Rembrandt, Goya, Daumier…  (2)

Agathe May, « Maternité » (1994, linogravure en couleur à encrage mono typique sur papier japon) et « Tirages sur mouchoir » (2000), 11 eaux-fortes imprimées sur tissus / Photo db

Pourtant, c’est l’utilisation de la couleur et des sujets plutôt de l’ordre de l’intimité familiale, qui dominent dans les oeuvres qui s’offrent au visiteur dans la première salle de l’exposition. Avec notamment La douche (2002, impression sur tissu), Maternité (1994, linogravure en couleur à encrage mono typique sur papier japon) et Tirages sur mouchoir (2000), cette étonnante série de de portraits de bébés et d’enfants, 11 eaux-fortes imprimées sur tissus…

Mais c’est en noir et blanc que se détachent les deux imposantes pièces que sont Haute et Basse cour (2013-2014) et La Forêt (2016). « J’avais envie de revenir au noir et blanc, à l’évidence du noir et du blanc, de l’ombre et de la lumière, aux fondements de la gravure. C’est finalement ce que j’ai le moins exploré. Jusqu’à présent, j’ai toujours privilégié la couleur, même dans ma façon de graver. Et, de fait, Haute et Basse-cour et La Forêt ont été gravées avec la pensée de la couleur, et j’ai imprimé des variantes en couleurs de détails de ces planches. Pour le noir et blanc, il faut que je me mette à graver différemment, que j’apprenne à me limiter… », explique Agathe May.

Agathe May, « La forêt » 2016, xylographie © Agathe May, Galerie Catherine Putman

Depuis plusieurs années, « plus que la couleur, c’est le collage » qui l’intéresse. Comme on peut le constater avec  La  famille V (2015), où la xylographie en couleur s’enrichit effectivement de collages.

Comment et d’où regarder le monde? Peut-être allongé… Comme le suggère la belle série Les Allongés… Oui, mais que faire quand dans la nature, la forêt en l’occurrence, viennent se « coller » des déchets en tous genres… Le titre de l’oeuvre y répond, avec un humour désabusé : Mourir, oui, mais en technicolor…

Avant de quitter l’exposition, on s’arrête à nouveau dans la première salle où en hommage à Mario Avati, est présentée une sélection de ses -oeuvres. La résonance subtile de cette sélection avec le travail de la lauréate Agathe May est maintenant davantage perceptible. Et l’on apprécie tout particulièrement cet Hommage à Monsieur Ingres, rendu par le graveur au peintre, il y a tout juste un demi-siècle…

Mario Avati, « L’Hommage à Monsieur Ingres » 1967, manière noire © Bibliothèque de l’Institut de France/Don Avati/Photo db

  

(1) Il s’agit de Jean-Baptiste Sécheret (2013),  Christiane Baumgartner (2014) et Devorah Boxer (2016)
(2) Extrait d’un entretien publié dans les Nouvelles de l’estampe, n° 258 (printemps 2017). Propos recueillis par Cécile Pocheau-Lesteven.

Agathe May, « Mourir oui, mais en technicolor », 2016 © Agathe May, Galerie Catherine Putman

 

 

Exposition Agathe May
Palais de l’Institut de France
Salle Comtesse de Caen
27 quai de Conti 75006 Paris

Du 11 mai au 11 juin 2017
du mardi au dimanche de 11h à 18h
Entrée libre

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Henry Valensi et « La musique des couleurs » à Montbéliard

Le musée du château des ducs de Wurtemberg de Montbéliard propose jusqu’au 17 septembre 2017 une rétrospective dédiée au peintre Henry Valensi (1883-1960). Connu surtout comme le chef de file du mouvement Musicaliste créé en 1932, l’artiste n’a eu de cesse à partir des années 1920 de chercher à inscrire la temporalité et le mouvement dans l’espace de la toile. Une quête qui se nourrit à la fois de ses voyages et de son goût pour la science, notamment les mathématiques. Au travers d’une centaine d’oeuvres et documents, l’exposition « La musique des couleurs »  retrace l’évolution de sa peinture, de l’impressionnisme à l’abstraction, et apporte un nouveau regard sur un artiste méconnu du XXème siècle. C’est aussi l’occasion de découvrir le château des ducs de Wurtemberg et l’Hôtel Beurnier-Rossel où est installé  le musée d’Art et d’Histoire de la ville qui a vu naître Cuvier. Lire la suite

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« Bains publics », le regard sensible et respectueux de Florence Levillain sur la précarité.

« Bains publics », Pantin Avril 2017/photo db

Qui sont les usagers des bains-douches parisiens ? Grâce à la photographe Florence Levillain qui est allée à leur rencontre dans les dix-sept établissements de la capitale, on les découvre, dans leur diversité. Si la précarité les rassemble, les personnes  photographiées composent une mosaïque de situations et d’histoires singulières. Et si « les petites histoires racontent les grandes misères », rappelle Florence Levillain en citant Bourdieu, ses portraits, à l’opposé du misérabilisme, restituent à chacun sa dimension personnelle et sa dignité. En contrepoint, le travail de Laurent Kruszyk, photographe du service Patrimoines et Inventaire à la Région Ile-de-France, expose les traces architecturales de ces lieux qui tendent à disparaître.Il y a aussi une belle rencontre entre les clichés et le lieu d’exposition : l’espace en déshérence des Sheds de Pantin. À voir jusqu’au 30 avril 2017. Lire la suite

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Alain Fleischer et cinq artistes du Fresnoy dialoguent à Vitry

Alain Fleischer, De la série « La Nuit des visages », 1995 © Alain Fleischer, ADAGP

C’est à une double exposition passionnante que nous convie la Galerie municipale Jean-Collet, dédiée à l’art contemporain. Au rez-de-chaussée, « Mouvements secrets des images fixes » réunit trois oeuvres/installations de l’écrivain et artiste Alain Fleischer qui ont en commun le médium – la photo argentique – et le propos – l’apparition/disparition de l’image. À l’étage ,  « Incarnations »  présente le travail de cinq jeunes artistes, tous issus du Fresnoy, le Studio national des arts contemporains fondé par Alain Fleischer en 1997 à Tourcoing. Les oeuvres de Shirley Bruno, Junkai Chen, Noé Grenier, Mathilde Lavenne et Baptiste Rabichon mêlent les outils de la création numérique et du multimédia, la photographie et la performance. Des oeuvres très diverses que rassemble une certaine relation au corps et à l’incarnation, au sens littéral ou figuré. À voir jusqu’au 5 mai 2017. Lire la suite

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« Télescope intérieur » : mission accomplie pour le premier poème en apesanteur

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« Télescope Intérieur » dans l’ISS

Depuis l’arrivée de Thomas Pesquet à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS) en novembre 2016, on attendait cette concrétisation de la « poésie spatiale » élaborée par le plasticien et poète Eduardo Kac dans le cadre de sa résidence au sein de de l’Observatoire de l’Espace – le Laboratoire arts-sciences du CNES. C’est le 18 février 2017 que,  en suivant le protocole défini par l’artiste, le spationaute a réalisé ce Télescope Intérieur, performance artistique et poétique dans l’espace. Le film de la performance et un documentaire relatant la genèse de ce projet inédit de coopération seront présentés en avant-première lors de SIDÉRATION, le festival des imaginaires spatiaux organisé par l’Observatoire de l’Espace et qui se tiendra du 24 au 26 mars au siège parisien du CNES. Lire la suite

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La « Bibliothèque Fantôme » du Château de La Roche-Guyon : 30 titres déjà…

Château de la Roche-Guyon, l'ancienne bibliothèque et les livres fantômes d'Alain Fleischer /Photo Pauline Fouché

Château de la Roche-Guyon, l’ancienne bibliothèque et les livres fantômes d’Alain Fleischer /Photo Pauline Fouché

30 : un chiffre rond, parfait pour un anniversaire, lequel sera  fêté le 22 février prochain dans le cadre superbe du Musée de la Chasse et de la Nature à Paris. Trente ouvrages bien réels pour cette « Bibliothèque fantôme » ainsi nommée en écho à la dispersion des 12000 ouvrages de la bibliothèque du château vendus en 1987 par les propriétaires d’alors… Créée il y a une dizaine d’années, la collection accueille des textes d’écrivains, de chercheurs, d’artistes qui ont à voir, d’une manière ou d’une autre, avec ce lieu très particulier qu’est le château. Parmi les derniers titres publiés, on a retenu « La Roche-Guyon Le château invisible », de Christine Friedel et Pauline Fouché. Toutes deux ont eu le privilège d’accéder aux espaces du château habituellement fermés aux visiteurs. L’une a écrit, l’autre a photographié. Lire la suite

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« Émotions de croire » : Rei Naito à la Maison de la culture du Japon à Paris

Rei Naito,"Émotions de croire", 2017 MCJP © Grazielle Antonini

Rei Naito, »Émotions de croire », 2017 MCJP © Graziella Antonini

Née à Hiroshima en 1961, ce n’est que récemment, après la catastrophe de Fukushima en 2011, que Rei Nato s’est explicitement inspirée dans son oeuvre de la tragédie de sa ville natale. Épurée et minimaliste, l’installation Émotions de croire, présentée à la Maison de la Culture du Japon jusqu’au 18 mars 2017, suscite une intense émotion : de minuscules personnages sculptés dans le bois se tiennent debout à coté de flacons de verre irradiés issus de la collection du Hiroshima Peace Memorial Museum. Dans une salle séparée, une vidéo permet de découvrir une autre oeuvre de l’artiste japonaise, Matrix, installée sur l’île de Teshima.
L’exposition Émotions de croire s’inscrit dans le cycle « Transphère », initié en 2016 par la Maison de la culture du Japon et dédié à des artistes contemporains. Lire la suite

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