« Hubert Robert et la fabrique des jardins » au château de La Roche-Guyon

Le donjon du château de La Roche-Guyon/ à droite photo de Catherine Pachowski.

S’il y a un lieu idéal pour accueillir une exposition du peintre Hubert Robert (1733-1808) dédiée aux jardins, c’est bien le château de La Roche-Guyon, propriété des principaux mécènes de l’artiste, les La Rochefoucauld et Rohan-Chabot auxquels l’artiste a prodigué ses conseils pour embellir les alentours du château, avec notamment l’aménagement du donjon et du jardin anglaisOutre La Roche-Guyon, d’autres créations paysagères de Hubert Robert, – à Versailles, Rambouillet et Mereville, entre autres – sont évoquées dans l’exposition grâce à la réunion exceptionnelle – certaines oeuvres étant présentées pour la première fois –  de quelque 80 peintures, dessins, gravures, maquettes et documents d’archives. Tandis que des photographies de Catherine Pachowski apportent un regard contemporain sur des sites conçus par l’artiste et parvenus jusqu’à nous. Hubert Robert et la fabrique des jardins est à voir, et à arpenter, jusqu’au 26 novembre 2017.

Vues du jardin anglais/ Photos db

À arpenter… Car à l’occasion de cette exposition, les visiteurs peuvent chaque dimanche mettre leurs pas dans ceux de la duchesse d’Enville et de sa fille la duchesse de Chabot, et s’aventurer avec un guide dans le jardin anglais sur le tracé de ces « promenades sublimes », dont l’aménagement de 1776 à 1781 a bénéficié des conseils de Hubert Robert. Le parcours en lacets, les allées de buis mènent au donjon médiéval, dit la tour de Guy, que « le vrai-faux portail néogrec » conçu par l’artiste et inspiré des temples de Paestum qu’il a visités près de Naples, a transformé en « fabrique » pour l’ornementation de la promenade. Avant d’y parvenir il y aura eu quelques haltes devant les grottes et la fameuse cascade « pittoresque » de 25 mètres, censée être « l’élément phare du jardin, mais si l’on sait qu’elle a été achevée en 1788, on ignore si elle a jamais été mise en marche », indique  Gabriel Wick, commissaire de l’exposition.  et auteur de l’ouvrage Un paysage des Lumières. Le jardin anglais du château de La Roche-Guyon, publié en 2014.

Hubert Robert, Vue de la tour de Guy , vers 1776 / Coll. du Vicomte de Rohan

Cette exposition qui présente l’oeuvre d’Hubert Robert sous cet angle particulier et inédit des jardins, à partir de celui du château de La Roche-Guyon, s’inscrit en effet dans la continuité et l’approfondissement des recherches sur le sujet. (1) Si, comme le souligne Marie-Laure Atger, Directrice de l’Établissement Public de Coopération Culturelle du Château de La Roche-Guyon, on savait que « le peintre était très lié à la famille La Rochefoucauld et qu’il animait une académie de peinture dans leur hôtel parisien (….) cela ne suffisait pas à en déduire assurément qu’il avait participé à la conception du Jardin anglais du château ». C’est chose faite, avec notamment un ensemble de dessins inédits mettant en évidence l’implication de Hubert Robert  dans la rénovation de la tour de Guy.(1)

Les liens avec la famille de La Rochefoucauld lui avaient permis de se voir confier en 1773 la commande d’un ensemble de grands tableaux destiné au palais épiscopal de Rouen par le primat de Normandie, Mgr Dominique de La Rochefoucauld. L’exposition s’ouvre dans la grande galerie par les reproductions de ces quatre toiles représentant des vues d’importants sites et villes de Normandie : Le château de Gaillon, Rouen, Dieppe et Le Havre. Le tableau, Vue du Château de Mme d’Enville, peint en 1773/75 par Hubert Robert et représentant le château de La Roche-Guyon et son donjon, vus de l’autre rive de la Seine, était probablement accroché lui aussi dans le palais épiscopal.

Hubert Robert, Vue du château de Mme d’Enville. © C. Lancien, C. Loisel Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Hubert Robert a passé au total onze années en Italie, de 1754 à 1765). « Les années à Rome ont nourri sa conception des jardins », souligne Gabriel Wick. En témoignent les nombreuses oeuvres présentées dans la Salle du billard. On y découvre aussi un exemplaire de ces fameuses maquettes de monuments antiques fabriquées en liège, soit dans leur état ruiné, soit tel qu’on imaginait qu’ils devaient être à l’origine.

On s’attarde dans le petit salon gris où la présentation  des nombreux dessins réalisés par Hubert Robert lors de ses nombreuses visites au château de La Roche-Guyon dans les lieux mêmes où ont eu lieu les conversations et échanges entre les commanditaires et leur conseiller prend un relief particulier… Les dessins de l’artiste sont mis en regard avec ceux de ses « étudiants », des amateurs qui lui demandaient souvent de l’aide pour la conception de leurs jardins.

Hubert Robert, « Les Cascatelles de Tivoli » / MBA de la Ville de Paris, Petit Palais.

Des interventions où « il n’agit ni en topographe, ni en architecte, mais en peintre visionnaire des jardins de ses clients. Il passe naturellement du dessin, à la peinture, au jardin, enrichissant chaque fois son art et ses pensées sur la nature. Projets ou modèles, les œuvres du peintre mettent en exergue l’ambiguïté de son rôle, tour à tour professeur de dessin de paysage, conseiller, collaborateur ou superviseur. Quoiqu’il en soit, la sociabilité de l’artiste associée à la haute maîtrise du genre de la peinture de ruines et de paysages ont su séduire les propriétaires de jardins les plus prestigieux », explique Gabriel Wick.

Hubert Robert, Vue du parc de Méréville et de la grande cascade / collections départementales de l’Essonne

Effectivement Hubert Robert se voit sollicité pour des commandes de plus en plus importantes, dont la transformation en 1777 du Bosquet des Bains d’Apollon à Versailles. Nommé « dessinateur des jardins du roi » en 1784, il réalise plusieurs commandes royales dont la laiterie de Rambouillet. Il aménage aussi les jardins de riches particuliers avec notamment la création de plusieurs fabriques et mémoriaux pour le parc de Méréville du marquis Jean-Joseph de Laborde, ancien banquier à la cour et négociant.

L’exposition se referme dans l’ancienne bibliothèque avec les très belles photographies réalisées par Catherine Pachowski. Pourtant tous effectués à la lumière naturelle, ses clichés donnent aux fabriques et sites une dimension théâtrale assez étonnante. La photographe est une familière des promenades du château de La Roche-Guyon pour y avoir effectué une résidence en 2010 et participé en 2013 à l’exposition Ici sont passés, avec un inventaire décalé et étonnant sur le jardin.

Portrait de Hubert Robert par L.E. Vigée Le Brun, 1788 © Musée du Louvre

 

 

« Ceux qui m’ont connu de mon vivant disaient que j’avais le regard doux, des yeux grands et radieux, une posture calme et naturelle et que tout cela incitait à la sympathie »
(Yves Chevallier, Hubert Robert, prosopopée, catalogue de l’exposition, p.127)

 

 

 

Et comme il se passe toujours quelque chose à l’Établissement Public de Coopération Culturelle du Château de La Roche-Guyon, les visiteurs qui s’y rendront entre le 7 et le 15 octobre 2017 pourront aussi profiter de la 6ème édition de la Biennale OKSÉBO. Cette manifestation réunit une quarantaine d’artistes et artisans travaillant majoritairement dans le Parc naturel régional du Vexin français qui exposeront leurs oeuvres créées en duo et faisant appel à des pratiques et techniques extrêmement diverses…

Hubert Robert, Vue du château de Mme d’Enville (détail où le peintre, comme à son habitude, s’est représenté.ici derrière son « élève », peut-être la duchesse d’Enville)

 

(1) Depuis, notamment, l’ouvrage de Jean de Cayeux publié en 1987 sur Hubert Robert et les jardins. L’exposition Hubert Robert et la fabrique des jardins a bénéficié de l’expertise de nombreux historiens de l’art spécialisés dans l’étude d’Hubert Robert (Sarah Catala, conseillère scientifique et co-directrice du catalogue), de l’histoire des jardins ou de l’architecture (Diederik Bakhüys, Augustin  de Butler, Nicole Gouiric, Christophe Morin, Monique Mosser, Gabrielle Soullier-de-Roincé ), qui ont contribué à la rédaction d’essais publiés dans le catalogue qui accompagne l’exposition (éditions RMN-Grand Palais).

Le château de La Roche-Guyon © db

 

Château de La Roche-Guyon
1 rue de l’Audience
95780 La Roche-Guyon
01 34 79 74 42
information@chateaudelarocheguyon.fr

 

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« AVEC » Gérard Paris-Clavel à la Maison d’Art Bernard Anthonioz

« AVEC » à la MABA, Gérard Paris-Clavel le 6 sept.2017 / Photo db

Sous ce titre lapidaire la MABA – centre d’art de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques –  propose un parcours dans l’oeuvre du graphiste Gérard Paris-Clavel. « AVEC » donne à voir plus particulièrement le travail de l’artiste depuis le début des années 1990 et son engagement poétique et politique avec l’association Ne pas plier.  Car ce qui intéresse celui qui se définit comme « artiste, artisan et militant », c’est de conjuguer l’esthétique et le politique et cela ne se fait pas seul, mais « avec »… Cette exposition inaugure un nouveau rendez-vous annuel de la Maison d’Art Bernard Anthonioz (Nogent-sur-Marne) consacré à la création graphique.
À voir jusqu’au 12 novembre 2017. Lire la suite

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Photographie : « Olivier Verley, Dans le sens du paysage » au musée de l’Isle-Adam

Si le thème du paysage est au coeur de son projet artistique et culturel, le musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de l’Isle-Adam l’a jusqu’ici traité surtout par le biais de la peinture et de la gravure (1).  Avec cette exposition d’Olivier Verley, le paysage se révèle par le regard du photographe. « Dans le sens du paysage » rassemble quelque 80 photographies réalisées pour la plus grande partie dans le Parc naturel régional du Vexin français – l’artiste réside à Auvers-sur-Oise – , dans le Gers, ainsi que dans le Parc naturel des Monts Sibyllins en Italie et dans la région de Castille en Espagne. Olivier Verley (né à Neuilly-sur-Seine en 1956) travaille en argentique et en noir et blanc et on ne peut qu’être sensible à sa perception des espaces, de la lumière et du temps qui passe ou qu’il fait.  À voir jusqu’au 17 septembre 2017. Lire la suite

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« Christian Dior et Granville,  Aux sources de la légende » 

Le musée Christian Dior à Granville / DR

Il y a soixante-dix ans, en 1947, Christian Dior présentait sa première collection et lançait le style New Look. Une véritable révolution dans la mode et le succès immédiat pour la maison Dior fondée l’année précédente. Si les créateurs qui se sont succédé  après la mort du couturier en 1957 ont continué à inscrire le « style » de la maison Dior dans l’histoire de la haute couture, l’inspiration première a été puisée dans la demeure granvillaise et son jardin perchés sur les falaises où le grand couturier, né en 1905, a passé son enfance. C’est donc un retour aux origines que propose l’exposition anniversaire Christian Dior et Granville, Aux sources de la légende, présentée jusqu’au 27 septembre 2017  dans la maison familiale devenue Musée Christian Dior. Lire la suite

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Biennale de Sologne : « Quand les Doutes deviennent Forme »…

Biennale de Sologne 2017/Jardin des sculptures, Nausicaa Favart-Amouroux, « Dans l »ombre de Cassandre »

Manifestation dédiée à la sculpture d’art contemporain en paysage, la Biennale de Sologne se déroule du 1er juillet au 17 septembre 2017 à Chaumont-sur-Tharonne et dans une quinzaine de communes et lieux de culture du pays Solognot.  Cette 5ème édition, placée sous la présidence d’honneur du mathématicien Cédric Villani, rassemble une cinquantaine d’artistes et plus d’une centaine d’oeuvres autour de la thématique « Quand les Doutes deviennent Forme ». Invité d’honneur, la galerie Capazza propose une rétrospective de l’oeuvre monumentale du sculpteur Jacky Coville. Lire la suite

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« La Politesse de Wassermann » : Laëtitia Badaut Haussmann à la maison Louis Carré

Laëtitia Badaut Haussmann, « La Politesse de Wassermann », Maison Louis Carré © Martin Argyroglo

Conçue par Alvar Aalto à la fin des années 1950 pour le collectionneur et galeriste Louis Carré (1897-1977) et sa femme Olga, cette maison de campagne, située à Bazoches-sur-Guyonne (Yvelines), est la seule construction de l’architecte finlandais en France. C’est dans cette demeure destinée à accueillir la collection ainsi que l’intense vie sociale, culturelle et artistique de son commanditaire, que Lab’Bel, le Laboratoire artistique du Groupe Bel, a invité Laëtitia Badaut Haussmann à intervenir. L’exposition que propose l’artiste se déploie dans tous les espaces de la maison, dans une déambulation inspirée par la mémoire des lieux et de ses habitants. « La Politesse de Wassermann », projet réalisé en collaboration avec l’équipe de la Maison Louis Carré et sa directrice Ásdís Ólafsdóttir, constitue le troisième volet d’un cycle d’expositions de Lab’Bel établissant un dialogue entre des bâtiments iconiques de l’architecture moderniste et l’art contemporain.  (1)
À voir jusqu’au 3 septembre  2017.
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Les vidéos d’ISMAÏL BAHRI au Jeu de Paume

ISMAÎL BAHRI, Ligne (2011), Jeu de Paume 2017 /Photo db


Le public parisien dispose de tout l’été pour découvrir ou mieux connaître le travail d’Ismaïl Bahri, né en 1978 à Tunis, grâce à l’exposition que lui consacre le Jeu de Paume jusqu’au 27 septembre 2017. Sous l’intitulé « Instruments »,  cette exposition rassemble des vidéos emblématiques de la démarche artistique d’Ismaïl Bahri, ainsi que deux oeuvres réalisées pour l’occasion. De l’ensemble, se dégage l’originalité et la cohérence d’un processus créatif  habité par la durée, la répétition, la disparition, la transformation, le visible et l’invisible…
(1) Lire la suite

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