Expositions à l’Abbaye Royale de l’Épau : Itinérance photographique et Art sacré sarthois

Aux portes de la ville du Mans – et à une heure de Paris en TGV – l’Abbaye Royale de l’Épau constitue l’un des plus beaux exemples d’architecture cistercienne en France. Classé monument historique en 1973, le site a retrouvé son aspect originel du XIIIe siècle à l’issue d’un vaste et long chantier de restauration.

Depuis 2013, le parc et les salles de l’abbaye accueillent des expositions photographiques autour d’un thème. Celui de « l’itinérance », retenu cette année, réunit, jusqu’au 31 octobre 2021, sept artistes aux esthétiques et approches très diversifiées.  

Cette saison 2021 est aussi marquée par l’exposition « Trésors d’Art Sacré » qui rassemble sous les voûtes majestueuses de l’abbatiale une soixantaine de tableaux témoignant de la richesse de l’art sacré sarthois au XVIIe siècle. Et aussi de l’importance du travail de restauration mené au cours des trente dernières années par le département. Un travail qui fait l’objet d’une présentation didactique dans des salles à l’étage de l’abbatiale. 

À voir jusqu’au 19 septembre 2021

« Est itinérant celui qui va d’un lieu à un autre, qu’il se mette en chemin pour le bout du monde, en bas de chez lui, ou nous invite à un voyage immobile. »

En l’occurrence, ce n’est pas à un voyage immobile qu’est convié le visiteur de cette nouvelle saison photographique à l’Abbaye royale de l’Épau, mais à un long parcours dans le vaste parc autour de l’abbaye, qui va l’amener à découvrir celle-ci sous tous ses angles, en même temps que les oeuvres des sept photographes de « l’Itinérance » (1). En commençant par l’allée des platanes, auxquels sont accrochées les « Mamas Benz » de Floriane de Sassée, en hommage à ces femmes du Ghana, du Bénin et du Togo que le commerce du wax a enrichies au point d’importer massivement des Mercedes Benz en Afrique dans les années 1980… Des trames et motifs de tissus wax superposés à des visages de femmes, le tout imprimé sur du bois, caractérisent ce travail photographique.

Floriane de Sassée, série Mamas Benz, Abbaye de l’Épau 2021 © db

Un peu plus loin, avec « Écouter la rue », les clichés urbains en noir et blanc de Robert Doisneau, alignés le long d’un chemin, offrent un parcours musical décalé en pleine verdure, des musiciens de rue des années 30 aux jazzmen des caves de Saint-Germain-des-Prés dans les années 50.

Accrochées aux parois de cabanes en bois plantées dans l’herbe, les photos de Sandra Mehl nous font partager l’itinérance ensoleillée et programmée de vacanciers sur la plage des Mouettes, en bordure de l’étang de Thau, à Sète. Un lieu paisible qu’elle fréquente et photographie depuis 2012, avec ses habitués …

Tomás Munita, Bagualeros de Patagonia, Abbaye de l’Épau 2021 © db

Changement de décor – et coup de coeur – avec Tomás Munita qui a suivi les « Bagualeros de Patagonia », ces gauchos qui partent aux confins de la Patagonie pour traquer du bétail retourné à l’état sauvage. Itinérance des hommes et des bêtes, travail difficile et risqué dans les paysages magnifiques et ingrats de l’extrême sud du Chili que le photographe a fixés dans des images grandioses (voir affiche, plus haut) ou intimes. 

Michel Beucher, Le Totem de la Grenouille, Abbaye de l’Épau 2021

Quant aux frères Beuchet, Michel et Dominique, c’est sur de « minuscules pépites de la biodiversité », animales ou végétales, qu’ils portent leurs regards et leurs appareils photos, équipés l’un d’un boîtier argentique, l’autre d’un réflexe numérique. il se dégage de leurs macrophotographies réalisées exclusivement en lumière naturelle, une saisissante étrangeté et une poésie intense. Comme ce cocon d’araignée fabriqué à partir de feuilles d’un jonc et dont la forme évoque celle d’une grenouille…

Après avoir contourné le jardin permacole de l’abbaye – organisé en forme de rosace (2)- on s’arrête devant le mur du cloître où sont accrochées les images de la série « Voyeurisme au 1/10ᵉ » de Nicolas Boutruche. Sous ce titre l’artiste nous invite à observer ce qui se déroule dans l’intimité,  par exemple d’une caravane… coupée en deux. Celui qui avoue picorer « à droite à gauche, sans savoir à quoi ça va servir »,  s’est livré à un patient travail de composition des éléments et de prises de vue des personnages qui aura demandé huit mois et dont il résulte une image au réalisme fantastique. 

Nicolas Boutruche, Du voyeurisme au 1/10ᵉ © Nicolas Boutruche

Nous voilà revenus à l’entrée de cette abbaye royale, fondée en 1229 par Bérengère de Navarre, Reine consort d’Angleterre par son mariage avec Richard Coeur de Lion, installée au Mans en 1204 pour y exercer son douaire en tant que veuve. Brûlé pendant la guerre de Cent Ans, plusieurs fois endommagé et transformé durant la Révolution et la Seconde Guerre mondiale notamment, l’édifice a été acquis par le Conseil général de la Sarthe en 1958. Un grand chantier de restauration est alors entrepris qui va durer une cinquantaine d’années et au terme duquel le site a retrouvé son aspect originel du XIIIe siècle. 

Un autre projet, étalé sur trente ans, a concerné le patrimoine  mobilier en Sarthe, avec notamment la restauration de sculptures et tableaux. Sur les 61 oeuvres de l’exposition « Trésors d’Art Sacré », 48 tableaux ont fait l’objet d’une restauration. À l’issue de l’exposition ils seront restitués aux églises du département où ils étaient  habituellement exposés.

Exposition Trésors d’Art Sacré, Abbaye royale de l’Épau © Sarthe Culture
Abbaye royale de l’Épau, voûte de l’ancien dortoir des moines © db

En attendant, c’est dans l’espace majestueux de l’abbatiale  que le visiteur est invité à découvrir la peinture mancelle du XVIIe siècle, « la période la plus intéressante », précise Anetta Palonka, historienne de l’art et commissaire de l’exposition.  C’est qu’au cours du  XVIIe siècle, on assiste à un changement de technique et de style, « on passe du bois à la toile et du maniérisme au baroque ». Une évolution qui s’effectue progressivement à partir des années 1620, les guerres de religion ayant entraîné une forte stagnation au début du siècle. L’exposition est organisée en quatre pôles – trois chronologiques et un consacré aux tableaux de peintres français et étrangers – tandis qu’un espace didactique est consacré aux « secrets de création » des peintres manceaux, et notamment à la copie. 

Il faut y ajouter, à l’étage de l’abbatiale, une intéressante section  consacrée à la technique de restauration des oeuvres du patrimoine sarthois : sculptures, tableaux et mobilier. On y accède après avoir traversé l’ancien dortoir des moines et sa magnifique voûte en lambris de châtaignier. Ce vaste espace accueille désormais les réunions du Conseil général de la Sarthe et des concerts, notamment dans le cadre du Festival et de la Saison musicale de l’Épau. 

Avant de quitter l’abbatiale, on n’oubliera pas de se rendre dans une des deux chapelles baroques où se trouve le trésor de l’abbaye : le gisant de la reine Bérengère de Navarre, réinstallé depuis 2020 sur son socle d’origine, restauré après sa récente redécouverte. 

Abbaye royale de l’Épau, gisant de la reine Bérengère de Navarre © db

(1) Floriane de Lassée, Robert Doisneau, Sandra Mehl,Tomás Munita, Dominique et Michel Beucher, Nicolas Boutruche, Kim Boske.
(2) La production est destinée au Café des Moines, l’espace restauration réservé aux visiteurs. Par ailleurs, un verger conservatoire rassemble plus d’une centaine de pommiers et poiriers

Abbaye de l’Épau,
72530 Yvré-l’Évêque
Tél : 0243842229
epau.accueil@sarthe.fr


			
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« Le Paris de Dufy » s’expose à Montmartre

Dufy Raoul (1877-1953). L’atelier de l’impasse Guelma (1935-1952) Paris, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – CCI

Le musée de Montmartre se devait d’accueillir cette exposition des oeuvres de Raoul Dufy (1877-1953) ayant pour motif Paris. Arrivé du Havre, sa ville natale, en octobre 1899, le peintre ne tardera pas en effet à installer son atelier au premier étage du 12 rue Cortot, qu’il partage avec un autre Havrais, Othon Friesz. La Butte, alors un lieu privilégié pour rencontrer artistes et galeristes, offre aussi un point de vue unique pour découvrir la capitale, que Dufy n’aura de cesse d’arpenter et de peindre. Rassemblant près de deux-cents oeuvres et documents, l’exposition Le Paris de Dufy met en évidence  l’importance du motif parisien dans l’oeuvre de l’artiste et la diversité des domaines où il s’est exprimé : peinture, aquarelle, dessin, gravure sur bois, tapisserie, croquis destinés aux tissus imprimés, céramique.
À voir jusqu’au 2 janvier 2022 Lire la suite

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« Je suis encore en vie » de Jacques Allaire au Théâtre des quartiers d’Ivry

Un titre qui résonne comme un écho au chemin des salles de théâtre enfin retrouvé…
C’est surtout celui du spectacle de Jacques Allaire que le Théâtre des quartiers d’Ivry, installé dans l’ancienne Manufacture des Oeillets, accueille du 27 au 30 mai 2021. Je suis encore en vie est une expérience théâtrale surprenante et prenante.  L’auteur et metteur en scène a en effet choisi le mutisme pour exprimer l’indicible violence faite à une femme, la poétesse afghane, Nadia Anjuman, battue à mort par son mari. Durant l’heure que dure le spectacle, on n’entend jamais les voix des acteurs, Anissa Daoud et Jacques Allaire, mais on est porté par la puissance de leur présence dans un silence habité de sons, de musique et d’extraits de poèmes en voix off.

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Aux Éditions du Mécène on se demande Qui boit (buvait) quoi?

Voilà une bonne question sur laquelle se sont penchés Patrice de Moncan et Debra Finerman dans ce nouvel ouvrage « Leurs vins préférés, Légendes historiques & Stars actuelles ».

D’Alexandre le Grand à Winston Churchill ou Claude François en passant par Henri IV, Jean Gabin ou la bien nommée Marguerite Duras, sans oublier, bien sûr, Gérard Depardieu, les auteurs ont passé  en revue plus de 150 personnalités d’époques et d’univers différents,  sous l’angle de la dive bouteille …

Le résultat de leurs recherches est aussi divertissant qu’instructif, offrant au lecteur une sorte d’histoire du vin et de l’évolution des goûts en la matière, dans laquelle il peut puiser à son gré. Lire la suite

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Prolongation jusqu’au 20 décembre 2020 : Delaperche à Orléans, « Un artiste face aux tourments de l’Histoire »…

Jean-Marie DELAPERCHE, « Tous les âges passent sur l’aile du temps, vers 1817 »

… ou « un génie révélé ». C’est en ces termes que l’exposition au musée des Beaux-arts d’Orléans, consacrée à Jean-Marie Delaperche (1771-1843) a été annoncée et est présentée. Il s’agit bien en effet de révélation, puisque l’artiste était resté dans l’ombre jusqu’à aujourd’hui. C’est à dire jusqu’à la découverte et l’identification en 2017 d’un ensemble de 91 dessins, jugés dignes des plus grands artistes de son temps. Une découverte qui a été suivie d’une longue enquête pour retracer la biographie et la carrière du dessinateur et peintre, d’Orléans où il est né à Paris où il meurt, en passant par Moscou où il a vécu une vingtaine d’années. Sans que soient pour autant levées toutes les zones d’ombre sur l’oeuvre  et la personnalité complexe de Jean-Marie Delaperche. Lire la suite

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« Être libre » : BEN investit le château de Chamarande … (derniers jours)

MONTAGE
À gauche, magasin de Ben, Nice 1959-1973 / À droite, maison de Ben et Annie Vautier , Nice 2015

C’est une véritable rétrospective de l’oeuvre de Ben que propose la nouvelle exposition organisée au Domaine départemental de Chamarande. Les quelque 400 oeuvres et documents présentés dans le château et l’orangerie retracent le parcours de l’artiste niçois, des années 1950 à aujourd’hui. Connu du grand public surtout pour ses « écritures » – ces aphorismes déclinés a satiété sur des produits dérivés –  Ben l’est moins en tant que performeur et plasticien lié au mouvement Fluxus de désacralisation de l’art et à l’École de Nice aux côtés notamment d’Arman et d’Yves Klein. Des  aspects que l’exposition « Être libre » permet de découvrir.  À voir jusqu’au 11 octobre 2020.

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