« De bruit et de fureur » au Musée Bourdelle

Bourdelle juché dans le plâtre du Monument des Combattants 1901© Musée Bourdelle/Roger Viollet - Photo db

Bourdelle juché dans le plâtre du Monument des Combattants
1901© Musée Bourdelle/Roger Viollet – Photo db

 

Le Monument aux morts, aux combattants et serviteurs du Tarn-et-Garonne  de 1870-1871, sculpté par Antoine Bourdelle et inauguré à Montauban, ville natale de l’artiste, le 14 septembre 1902, est au coeur de cette nouvelle exposition. La réalisation de cette oeuvre, qui marque un tournant dans la carrière du sculpteur, a demandé sept ans de recherches et d’études et a donné lieu à un important corpus photographique. C’est ce que met en évidence l’exposition « De bruit et de fureur, Bourdelle sculpteur et photographe » en faisant dialoguer quelque 130 photographies avec une soixantaine de sculptures. Des pièces en grande partie inédites – terres, plâtres et bronzes  –  qui ont accompagné la création d’un monument unique en son genre, autant admiré que décrié en son temps et qui demeure largement méconnu.
À voir jusqu’au 29 janvier 2016

Déjà au stade du projet, l’oeuvre de Bourdelle a suscité des avis contrastés. En avril 1895, la Société des anciens serviteurs et combattants de Montauban de la guerre de 1870-1871 lance un concours pour l’édification d’un monument à la mémoire de ses membres. Retenue en août de la même année, la proposition de Bourdelle enflamme immédiatement la presse locale : trop audacieuse pour certains, trop dispendieuse pour d’autres.

Bourdelle, projet pour le Monuments aux Combattants, 1895 / photo db

Bourdelle, projet pour le Monument aux Combattants, 1895 / photo db

Il est vrai que comparé aux trois autres projets concurrents, celui de Bourdelle s’impose par sa monumentalité comme on peut le voir avec les croquis figurant dans la première partie de l’exposition. Attaché à sa ville natale, le sculpteur voulait lui dédier un monument d’envergure, pour lequel il s’est engagé à financer lui-même les 37 000 francs supplémentaires – la dotation prévue étant de 13 000 francs – que nécessite sa réalisation. Par son ampleur et ses caractéristiques esthétiques cette sculpture va marquer aussi « un changement d’échelle à la fois dans son oeuvre et sa notoriété », indique Chloé Théault, conservatrice du patrimoine, responsable du fonds de photographies au musée Bourdelle et commissaire de l’exposition.

D’emblée la photographie est présente. Aux côtés du dessin du projet  figurent trois photos :  le Départ des Volontaires de Rude, La Défense de Rodin et le Ugollin de Carpeaux. « Les photos nourrissent son répertoire visuel« , souligne Chloé Théault, c’est en sorte « son petit musée« . Sur les 15000 clichés qui constituent le fonds du musée, quelque 700 concernent le monument de Montauban, dont 130 ont été sélectionnées pour l’occasion.

Exposition "De bruit et de fureur", Eros et Thanatos / Photo db

Exposition « De bruit et de fureur », Eros et Thanatos / Photo db

Dans la deuxième partie de l’exposition, intitulée Eros et Thanatos (l’amour et la mort), les oeuvres se détachent sur un fond rouge. Car si le socle du monument,  « la part architecturée de la sculpture, son ancrage« , assume sa dimension funéraire avec les noms des victimes gravés et des bas reliefs représentant les horreurs de la guerre, les quatre figures du monument – La France, le Grand Guerrier, le Dragon cuirassier et le Guerrier mourant – « allégoriques du combat et du sursaut » sont chargées « d’un érotisme latent« .

Portrait d'Henriette Vaisse-Cibiel / Dragon Cuirassier - Photos db

Portrait d’Henriette Vaisse-Cibiel / Dragon Cuirassier – Photos db

Pour élaborer le Dragon cuirassier, Bourdelle puise son inspiration dans les traits d’Henriette Vaisse-Cibiel pour laquelle il éprouve alors une véritable passion. Une série de sculptures montre la progression du travail du sculpteur pour passer du visage aimé à celui du combattant. Tandis que La France a les formes épanouies de son modèle, la belle Angèle, et le visage de sa compagne, Stéphanie Van Parys. Une France nue qui ne sera pas du goût de tous.

Photo db

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Erotisme, mais aussi un certain expressionnisme, qui donne son titre à la troisième partie de l’exposition, « La rage de l’expression », où sont regroupées  les recherches effectuées par Bourdelle autour du cri et des gestes des mains et des bras. Une « gestation sculptée » qu’enregistre et dramatise la photographie.

Celle-ci constitue en fait « une démarche artistique à part entière« , souligne Colin Lemoine, responsable du fonds de sculptures au musée Bourdelle et commissaire de l’exposition, comme en témoignent les clichés réalisés à Paris en 1899 et à Bruxelles en 1901. Les premiers empruntent à Rodin et à sa pratique de « la fragmentation et du réassemblage« , qui consiste à photographier des études en plâtre isolément et en assemblage « dramatisés« , pour ensuite décider de les intégrer ou pas à la sculpture finale.

Attribué à Antoine Bourdelle (1861-1929) plâtre du Monument des Combattants, Bruxelles 1901/Photo db

Attribué à Antoine Bourdelle (1861-1929) plâtre du Monument des Combattants, Bruxelles 1901/Photo db

Dans les seconds, Bourdelle se livre à une  exploration du médium photographique en tant que tel, en jouant avec la projection des stries d’ombre et de lumière de la verrière zénithale de l’atelier sur le moulage en plâtre du monument. Des photographies « qu’il garde pour lui« .

Dans d’autres,  « le créateur se représente au sein de sa créature« , dans une série assez spectaculaire où Bourdelle se met en scène lui même, juché dans le monument ou à son côté.

La photographie sera aussi un « outil de diffusion »de l’oeuvre achevée, notamment lors de son exposition devant le Grand-Palais, en 1902, pendant sa halte parisienne avant l’installation à Montauban, sur laquelle on observe « le silence de la photographie » en raison de « la situation conflictuelle » qui  préside à son inauguration le 14 septembre. Érigé Place de la bourse, le monument sera déplacé en 1970 vers le fleuve, avant de retrouver en 2007 son emplacement d’origine, l’actuelle place Bourdelle, non loin du musée Ingres.

C’est par le biais d’une vidéo d’une dizaine de minutes commandée par le musée à Olivier Dollinger, que le visiteur peut aller à la rencontre du groupe sculpté Les Combattants, dans une évocation poétique.

Olivier Dollinger, vidéo "Les Combattants" / Photos db

Olivier Dollinger, vidéo « Les Combattants » / Photos db

La dernière partie de l’exposition, « Survivance de l’oeuvre », montre comment « le monument va continuer à accompagner Bourdelle« , explique Colin Le moine. Le sculpteur réemploie en effet certains fragments du monument ou des études qui n’y ont pas été intégrées, en leur donnant une vie autonome, comme L’Effroi ou cet « ensemble énigmatique » que constitue Le Vent.

« Enigmatique »… finalement ce Monument des Combattants l’est aussi à sa manière, dans la complexité de son inspiration et de son processus de création.  Et l’intérêt de l’exposition est de nous plonger au coeur de ce processus.

Il y a aussi le plaisir, toujours renouvelé, une fois terminée la visite de l’exposition dans l’extension moderne du musée réalisée par Christian de Portzamparc en 1992, de se rendre dans l’atelier de Bourdelle, conservé en l’état, de se reposer du bruit et de la fureur des Combattants en allant contempler la patiente Pénélope dans la grande galerie, puis de flâner entre les sculptures du jardin. Histoire de goûter à ce lieu plein de charme, espace de respiration inattendu et bienvenu à deux pas – et à l’abri – du bruit et du mouvement incessants de la gare Montparnasse…

Musée Bourdelle, l'atelier du sculpteur © db

Musée Bourdelle, l’atelier du sculpteur © db

Musée Bourdelle
18, rue Antoine Bourdelle
75015 Paris
Tél : 01 49 54 73 73

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« LES ANNÉES », d’Annie Ernaux : du livre à la scène du Théâtre 71 à Malakoff

"LES ANNEES" © Benoite Fanton

« LES ANNEES » © Benoite Fanton

 

Après « Passion simple » en 2013, Jeanne Champagne met en scène « Les Années« . Dans ce livre publié en 2008, Annie Ernaux se raconte et nous raconte, des années 1940 aux années 2000, dans une sorte d’autobiographie qu’elle même qualifie  d’ « impersonnelle ». Car si elle ne cesse de puiser dans sa vie la matière de son écriture, c’est pour l’inscrire dans une réalité plus vaste – sociale, politique, culturelle. Donner à voir et entendre ce parcours sensible, individuel et collectif, qu’est « Les Années », c’est ce qu’a tenté Jeanne Champagne avec l’adaptation théâtrale du texte.
À voir du 15 au 19 novembre 2016 au Théâtre 71 à Malakoff.
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« Talents Contemporains » à Wattwiller : l’eau dans tous ses états …

Renaud Auguste-Dormeuil, "From Here To There", la Fondation François-Schneider à Wattwiller © db

Renaud Auguste-Dormeuil, « From Here To There », Fondation François-Schneider à Wattwiller © db

Créé en 2010 à l’initiative de la Fondation François Schneider, le concours international « Talents contemporains » a pour vocation de soutenir la création contemporaine sur le thème de l’eau. Rien d’étonnant à ce choix puisque le Centre d’art de la Fondation est installé dans la commune de Wattwiller, en Alsace, sur le site d’une ancienne usine d’embouteillage de l’eau minérale du même nom.(1) Ce thème de l’eau les sept artistes lauréats de cette 4ème édition du concours s’en sont emparé de manière aussi diversifiée que créative, comme on peut le constater dans l’exposition Ebb and flow (Flux d’eau) qui réunit leurs oeuvres jusqu’au 18 décembre 2016 dans les espaces de la Fondation. Lire la suite

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« Relève » : 49 artistes pour les 250 ans de l’Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs

De gauche à droite, les oeuvres de Giulia Manset,"Sans titre",2016/Ji-Min Park, "Sans titre",2016/Camille Pajot, "CarottageN°1, 2016/Benoit Gehanne, "Recul3", 2015 - Photos et montage db

De gauche à droite,  Giulia Manset, »Sans titre »,2016/Ji-Min Park, « Sans titre »,2016/Camille Pajot, « CarottageN°1, 2016/Benoit Gehanne, « Recul3 », 2015 – Photos & montage db

Ils ont entre 25 et 50 ans et représentent le dynamisme de la scène artistique contemporaine française. Tous ont étudié à l’Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs et leur pratique artistique est le fruit de l’enseignement pluridisciplinaire dispensé dans cette institution qui fête cette année ses 250 ans. Ensemble ils lui rendent hommage avec cette exposition Relève, organisée par l’Association des anciens Élèves de l’ENSAD et présentée du 18 au 26 octobre 2016 dans la Galerie du Crédit Municipal, un établissement lui aussi pluricentenaire, installé depuis le XVIIIe siècle au coeur du Marais. (1) Lire la suite

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« Le pin noir d’eau triche » : inauguration officielle à Vitry

"Le pin noir d'Autriche", Didier Marcel, 2016 © Galerie Jean Collet

« Le pin noir d’Autriche », Didier Marcel, 2016 © Galerie Jean Collet

Ce samedi 15 octobre 2016 à 11h30, l’arbre fontaine de l’artiste Didier Marcel, intitulé Le pin noir d’eau triche, est inauguré au 79, boulevard de Stalingrad, à Vitry-sur-Seine. Une oeuvre qui vient s’ajouter aux quelque 140 déjà présentes dans tous les quartiers de la ville, aussi diverses que représentatives et signées d’artistes de renom. Depuis plus de cinquante ans, la commune s’est engagée dans une politique d’accompagnement des artistes et de mise à disposition du grand public de l’art contemporain. L’inauguration de Le pin noir d’eau triche sera d’ailleurs précédée, ce même samedi à 10h, d’un parcours commenté d’une dizaine de récentes acquisitions. 

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La boite à outils de Devorah Boxer à l’Académie des Beaux-Arts

"Mèches", 1988-1996, gravure sur métal Devorah Boxer

« Mèches », 1988-1996, gravure sur métal © Devorah Boxer

Lauréate du Prix de Gravure  Mario Avati 2015, Devorah Boxer exerce son talent dans un domaine très particulier, celui des objets – ustensiles, mécanismes anciens et outils. Taille-crayon à manivelle, éponge métallique, serrure romaine, peigne de tisserand, mèches, etc., depuis une quarantaine d’années, l’artiste en a fait le sujet et la matière d’une oeuvre aussi originale que passionnante. Comme en témoignent les quelque soixante-dix estampes et dessins réunis à l’Académie des Beaux-Arts jusqu’au 9 octobre 2016.
Parallèlement à cette exposition, et jusqu’à cette même date, on peut voir également une sélection d’oeuvres de Devorah Boxer à la Galerie de l’Echiquier, qui représente l’artiste.  Lire la suite

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« États de Sièges » et « Ouvrage(s) » : Deux expositions au Château de La Roche-Guyon…

etats-de-sieges-visuels

La première aurait pu tout aussi bien s’appeler « Le siège dans tous ses états« , mais s’agissant d’un édifice ayant dû résister du haut de son donjon à de multiples assauts, ces « États de Sièges » sont un joli clin d’oeil au lieu. Le dernier de ces assauts, non guerrier mais non moins dommageable, a consisté, fin 1987, à vider le château de tout son mobilier et de ses objets précieux, mis aux enchères. Au moins cent vingt sièges ont ainsi quitté pour toujours le château de La Roche-Guyon. Quelque trente ans plus tard, ils sont presque autant, de toutes les époques, à être rassemblés le temps d’une exposition.
Quant aux « Ouvrage(s) » de Pierre Bernard, c’est l’occasion de découvrir le travail très particulier de ce sculpteur qui a fait du fil  tricoté au crochet la matière d’une oeuvre aux multiples dimensions.
À voir jusqu’au 27 novembre 2016. 
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