COSMOTHROPOS, l’empreinte de l’Espace sur Terre

Club hippique de Kourou © CNES/MARTIN Eric, 1966

L’Observatoire de l’Espace, le pôle culturel du CNES (l’Agence spatiale française), lance un projet photographique collectif baptisé Cosmothropos. Il s’agit de dresser un inventaire photographique des traces de l’Espace sur Terre, quelle que soit la nature de ces traces que l’univers du spatial, réel ou imaginaire, a imprimées dans le paysage français, naturel ou urbain. Pendant cinq mois, de janvier à mai 2012, photographes professionnels et amateurs sont invités à déposer leurs photographies sur un site dédié. Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre des 50 ans du CNES, vise à enrichir l’inventaire du patrimoine culturel de l’Espace.

La décision de créer un organisme d’Etat dédié au spatial, prise en juillet 1961, deviendra effective le 19 décembre de la même année. (1) Une année fertile marquée par l’envoi du premier homme dans l’espace, le Russe Youri Gagarine et une date inaugurale de la conquête spatiale, à partir de laquelle l’espace et sa représentation ont pris une place très importante dans le quotidien et l’imaginaire des Terriens. Car si le ciel, l’espace ont de tous temps fasciné l’homme, du mythe d’Icare aux vols habités, notre perception en a été radicalement modifiée, donnant de nouveaux contenus au rêve et aux fantasmes… D’autant qu’entre les avancées scientifiques et techniques et leur compréhension par le grand public le fossé n’a cessé de se creuser…

Impressions de vol de Youri Gagarine

Un point mis en avant, lors de la présentation de Cosmothropos, par François Cheval, conservateur en chef du musée Nicéphore Niepce à Chalons-sur-Saône, et membre du comité d’orientation culturel et scientifique du projet. En travaillant avec son équipe sur « cet imaginaire spatial entre 1957 et 1962 dans les revues du parti communiste français », il a  pu « mesurer le décalage entre la recherche scientifique et cet imaginaire créé qui relève alors carrément de la science-fiction et de la guerre froide...».

Un décalage qui intéresse aussi la photographie « que les scientifiques considèrent aujourd’hui, comme le premier geste de ‘technofacture’. C’est-à-dire que l’appareil photographique est le premier objet de l’histoire de l’humanité, dont seule la finalité intéresse et surtout pas comment ça fonctionne … Sur ce plan, la photographie et la conquête spatiale sont intimement liées, dans la mesure où la connaissance qu’on peut en avoir ne peut être que fantasmatique.(…) La photographie, comme l’espace, sont avant tout des aventures de la méconnaissance, expression de l’aliénation qui est au fondement de notre société.(…) La conquête du ciel nous a paradoxalement confrontés à l’écart entre le monde réel et son opacité ».

Graffiti Youri Gagarine, Drancy © CNES / MOURIAUX Pierre-François

De la même façon que « la photographie finalement a conquis son empire, grâce à son incroyable capacité à fabriquer de la fiction, des histoires, de la narration – le plus souvent enfermée dans les limites culturelles », on peut dire qu’on (se) raconte des histoires avec l’espace. On en conclura donc, avec François Cheval, que «  ce qui est intéressant dans ce projet c’est le rapport au fantasmatique et à l’imaginaire ».

Cosmothropos va traquer cet imaginaire, tel qu’il apparaît dans des formes sensibles élaborées, consciemment ou pas, pour mettre le cosmos à hauteur d’homme, comme l’indique le nom choisi pour le projet.

Il s’agira donc moins des traces matérielles de l’aventure spatiale sous toutes ses formes technologiques (2), que des échos, proches ou lointains, de cette aventure dans le paysage naturel ou urbain, l’architecture, l’art, les symboles du quotidien, de la signalétique la plus officielle aux repères les plus inattendus… D’une piscine en forme de soucoupe volante à un bistrot baptisé « Le cosmos », en passant par des graffitis ou des gravures murales, pour ne citer que quelques exemples indicatifs de l’éclectisme du projet.

Piscine tournesol © CNES /GAMOT Perrine

Alors, pour tous ceux que l’aventure intéresse, concrètement, comment ça marche Cosmothropos ?

 Un site internet dédié, www.cnesobservatoire-cosmothropos.fr, offre à chacun la possibilité d’envoyer jusqu’au 31 mai 2012 ses propres images – le nombre n’est pas limité – suffisamment renseignées, pour qu’elles soient localisées sur une carte du territoire fournie par l’IGN (Institut géographique national). Toutes les photos récoltées seront affichées sur le site. Un comité d’orientation culturel et scientifique (3) organisera la réflexion autour du corpus d’images ainsi constitué et sélectionnera les plus pertinentes pour en faire l’objet de développements futurs, notamment une exposition et une publication en juin 2012.

L’initiative est originale et le projet ambitieux. Sa réussite dépend de sa diffusion et de sa réception auprès du public, professionnel et amateur, passionné ou simplement curieux de l’Espace et de la photographie, sensible au paysage, à l’architecture ou à l’art urbain…

Pour Gérard Azoulay, responsable de l’Observatoire de l’Espace du CNES, Il s’agit de la première phase d’un projet expérimental d’où « pourraient surgir d’autres inventaires que celui de la conquête spatiale »…

A suivre …

(1) En même temps, le général de Gaulle approuvait le projet du premier lanceur Diamant. Lequel, avec la mise en orbite, le 26 novembre 1965, de la première capsule technologique française (baptisée Astérix !) allait faire de la France la troisième puissance spatiale, après la Russie et les Etats-Unis.
(2) Comme par exemple les vestiges du Centre de télécommunication par satellite de Pleumeur-Bodou (CTS), en Bretagne (Côtes d’Armor). Fermé définitivement en 2003, il est à l’origine de la première transmission télévisée en mondovision via le satellite « Telstar » en 1962.
(3) Les membres du comité sont : Daniel Barroy, chef de la mission de la photographie au ministère de la Culture et de la communication ; François Cheval, conservateur en chef du musée Nicéphore Niepce à Chalons-sur-Saône ; Savine Faupin, conservatrice au LAM (musée d’art moderne et d’art brut, Lille Métropole); Jean-Pierre Haigneré, spationaute ; Eric Langereau, architecte-urbaniste  et Marc Pataut, artiste-photographe.

Publicités
Cet article, publié dans Patrimoine, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s