Un fil à la patte jubilatoire à la Comédie-Française

Pour sa première mise en scène dans la Maison de Molière, Jérôme Deschamps signe un spectacle complet où la joyeuse énergie des acteurs du Français soutient sans faillir le rythme effréné et la mécanique infernale de la comédie de Feydeau pour le plus grand bonheur des spectateurs.

A voir en alternance jusqu’au 18 juin 2011.

En ce soir de générale, on a frôlé la standing ovation dans la salle Richelieu, au terme de deux heures trente d’Un fil à la patte endiablé. Un public conquis et un pari réussi pour Jérôme Deschamps et la troupe de la Comédie-Française, pour cette nouvelle production de la pièce de Feydeau, quasiment cinquante ans après son entrée au répertoire avec la mise en scène « historique » de Jacques Charon qui avait fait l’unanimité de la critique en 1961 et servi de passeport international à la troupe.

Pour l’actuel directeur de l’Opéra-Comique, un tel défi ne pouvait se relever qu’avec, d’abord, la « complicité » de la troupe «  ou du moins de bonnes prédispositions à la complicité ». Il fallait aussi « la juste distribution, la juste palette, les justes couleurs et les justes contrastes ». Disons-le : toutes ces conditions ont été réunies.

Guillaume Gallienne, Florence Viala, Serge Bagdassarian, Thierry Hancisse, Hervé Pierre / Photo Brigitte Enguérand.

L’intrigue, si elle se résume d’une phrase  –  comment donner congé à une maîtresse pour signer le soir même un contrat de mariage avec une jeune héritière ? – donne lieu à une succession de rebondissements et de quiproquos, dans une mécanique implacable qui emporte tous les protagonistes dans un tourbillon d’états d’âme contradictoires. Jerôme Deschamps a réuni au service de l’intrigue du Fil à la patte une vraie troupe comique où chacun est à sa place.

Dans le rôle de Lucette, Florence Viala est drôle, belle et attendrissante de sincérité amoureuse. Elle l’aime sans calcul ce Bois d’Enghien qui n’est revenu que pour la quitter. Lui aussi finalement, même si l’attrait de l’argent est le plus fort, et ce n’est sans doute pas seulement par lâcheté qu’il a tant de mal à rompre. Hervé Pierre incarne avec finesse ce personnage à la fois pathétique et comique. Georgia Scallet prête sa fraîcheur au joyeux cynisme de Viviane, la jeune et riche héritière, pour qui la vie sentimentale est régie par la loi « de l’offre et la demande », et sur ce marché, la « valeur marchande » d’un homme se mesure au nombre de ses maîtresses… Chez Feydeau, la drôlerie le dispute à la férocité de la satire de la société bourgeoise.

Christian Hecq et Dominique Constanza / Photo Brigitte Enguérand

Citons encore Guillaume Gallienne, et son apparition irrésistible en gouvernante anglaise, et surtout Christian Hecq, dans le rôle de Bouzin, insignifiant clerc de notaire et piètre auteur de chansons. Le talent comique et l’agilité physique de l’acteur donnent à ce personnage secondaire – mais rouage indispensable du vaudeville – une présence époustouflante qui suscitera à plusieurs reprises les applaudissements du public.

Si on ajoute les costumes de Vanessa Sannino, inspirés davantage de la mode du début du XXe siècle, « plus élégante et plus inventive », pour Jérôme Deschamps, que celle de la fin du XIXe, et les décors de Laurent Peduzzi, qui marquent subtilement les niveau et mode de vie des principaux personnages, tout est réuni pour faire de ce Fil à la patte, un spectacle particulièrement réussi.

Publicités
Cet article, publié dans Culture, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s