« Vulnérables », une exposition à la Chapelle de la Pitié-Salpêtrière

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La grande chapelle Saint-Louis de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière accueille Vulnérables, une exposition dédiée à la fragilité de la condition humaine dans toutes ses composantes. Conçue par le professeur David Cohen, chef de service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et artiste plasticien, elle rassemble les œuvres d’une trentaine d’artistes internationaux ainsi que d’enfants hospitalisés au sein du service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Pitié-Salpêtrière.
Peintures, photos, vidéos, installations interactives et sculptures explorent les vulnérabilités mentales, physiques et sociales, en dialogue  avec l’imposante architecture de l’édifice construit au XVIIe siècle pour y accueillir les indigentes. L’exposition s’inscrit également dans le cadre du 200ème anniversaire de la naissance de Jean-Martin Charcot, le célèbre neurologue dont les découvertes effectuées à la Salpêtrière à la fin du XIXe siècle ont ouvert la voie à la psychiatrie moderne.
À voir jusqu’au 21 septembre 2025

Exposition « Vulnérables », David Cohen, Les Pendus /Photo db

Si l’ensemble hospitalier de la Pitié-Salpêtrière (1) – qui fait partie de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) – est aujourd’hui, à l’échelon national, le plus grand établissement public de santé, il n’en a pas toujours été ainsi. Il faudra attendre la fin du XVIIIe siècle pour que s’amorce une activité de soin au sein de cet « Hôpital général » qui était initialement un hospice, une prison, une maison de redressement accueillant femmes aliénées, débauchées, criminelles ou tout simplement ne répondant pas aux normes de la société de l’époque …

La Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, conçue en 1669 pour accueillir les indigentes de la ville de Paris, s’inscrit dans ce contexte de l’Hôpital général. Elle est pensée comme lieu de redressement et d’enfermement au fonctionnement semi-carcéral qui vise à exclure les marginalisées et les confiner aux portes de la ville. « L’hôpital a toujours été par essence un lieu d’accueil pour les marginaux, les exclus, les handicapés, les vulnérables », souligne le professeur David Cohen.

Exposition « Vulnérables », André Robillard, « KALACHNIKO »/ Photo db

S’emparant de ce dernier terme, l’exposition aborde des thèmes liés à la souffrance, à la résilience, et à la capacité transformatrice de l’art. Ce dernier à la fois comme reflet de nos vulnérabilités et comme une réponse possible au mal-être. D’un point de vue psychiatrique, l’art-thérapie a été théorisée par de nombreux psychiatres dont Hanz Prinzhörn, Jacqueline Perret-Forel et Robert Volmat. Ces derniers considèrent que l’acte artistique permet, en effet, de matérialiser les troubles intérieurs. (2)

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Les artistes exposent des œuvres qui questionnent les représentations de la folie, de la maladie, du soin, et des stigmates qui leur sont associés. Parmi eux citons des artistes reconnus internationalement tels que Jean Dubuffet, dont deux pièces monumentales ont été prêtées par la Fondation Renault, Johan Creten ou Michel Nedjar.

Exposition « Vulnérables », Shinishi Sawada (Courtesy halle Saint-Pierre) / Photo db

Une place importante est donnée à l’Art Brut, avec des artistes présents dans toutes les grandes collections internationales comme Dan Miller, Shinishi Sawada, Miroslav Tichy, Tomacz Machinski, André Robillard ou Jacques Soisson (3) dont la correspondance avec Dubuffet est présentée. Avec aussi des œuvres issues des collections du Musée de l’Inconscient de Rio de Janeiro, dont le manteau du jugement dernier de Bispo do Rosario, mis en regard du manteau d’Étienne Martin (1913-1995), qui figure dans la collection permanente du Musée Georges Pompidou.(4)

Exposition Vulnérables, dessin de Camille Courier / Photo db

L’exposition Vulnérables met aussi en valeur les travaux des enfants hospitalisés au sein du service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Pitié-Salpêtrière et scolarisés dans le centre scolaire du service.  En partenariat avec le Musée Guimet des Arts asiatiques, un collectif d’élèves a réalisé une œuvre unique, en hommage aux temples d’Angkor. Tandis que d’autres ont créé à partir de tissus par eux-mêmes tissés sur un métier, « L’arbre de tout le monde sur le papier ».

Dans le Chœur de la chapelle, on tombe en arrêt devant  les grands dessins de Camille Courier installés dans les quatre arches qui en délimitent l’espace. D’une échelle monumentale, ils sont à la fois en harmonie avec l’architecture du site de la Salpêtrière et avec son esprit en tant que lieu d’enfermement.

L’exposition Vulnérables est aussi l’occasion de découvrir cet édifice encore trop peu connu qu’est la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière. D’autant que le parc situé devant son entrée vient de s’agrandir à la faveur des grands travaux de la Gare d’Austerlitz… et que l’entrée est gratuite.

Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière. Photo Lympa Architectures

(1) La Salpêtrière doit son nom à la fabrique de poudre à canon – dont le salpêtre était un composant – du Petit Arsenal, construit sous Louis XIII, sur la rive gauche de la Seine et situé à l’époque en dehors de Paris. C’est sur l’emplacement du Petit Arsenal qu’a été installé l’hospice de la Salpétrière, un des cinq établissements composant l’Hôpital Général, créé le 27 avril 1656 par l’édit royal promulgué par le tout jeune roi Louis XIV, sous l’impulsion de la reine régente Anne d’Autriche et du cardinal Mazarin. Pour en savoir plus sur l’histoire de l’hôpital, cliquer ici
(2) L’important fonds d’œuvres du musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne (MAHHSA)  réalisées par des « artistes-patients », du XIXème siècle à nos jours, témoigne de l’importance de l’Art-thérapie.
(3) Jacques Soisson (1928-2012), affecté durablement par la guerre d’Algérie – de 1952 à 1962, il est professeur de dessin à Sétif et Oran – s’est servi de l’art comme thérapie. En 1969 il devient membre de la Compagnie de l’art brut créée par Jean Dubuffet et membre de la Société de psychopathologie de l’expression.
(4) Le centre Pompidou où il a fait l’objet d’une exposition en 2010.

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La Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière est ouverte tous les jours de 10h à 18h.
ADRESSE : Hôpital Pitié-Salpêtrière 
                        83 Boulevard de l’Hôpital
                        75013 Paris


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