PARAY-LE-MONIAL : Les mosaïques en suspension de Valérie Colombel

Valérie Colombel ,"Résurrection" / Photo DB

L’édition  2011 de « Paray-le-Monial – Cité mosaïque » a été riche en manifestations artistiques attestant de la double vocation de la ville, site de pèlerinage et lieu de création contemporaine. De l’ancienne usine de fabrication de carreaux de céramique devenue musée à la basilique, en passant par le musée du Hiéron, huit édifices au total ont été investis par des artistes mosaïstes, dans des registres extrêmement divers. On a particulièrement apprécié les œuvres monumentales en suspension de Valérie Colombel, avec une installation, l’Echelle de Jacob, dans la Cour du Cloître et une exposition, Passages, qu’on peut voir au Musée du Hiéron jusqu’au 30 décembre 2011.

Troisième site de pèlerinage en France, après Lourdes et Lisieux, la ville de Paray-le-Monial, ancrée dans l’époque romane avec sa basilique du Sacré-Cœur (XIe-XIIe siècle), a affirmé sa volonté depuis la fin des années 1990 de s’ouvrir à l’art contemporain. Une orientation qui en  fait aujourd’hui le haut lieu d’un territoire, le Pays Charolais Brionnais, récemment classé  « Pays d’art et d’Histoire ».

Fresque Charnoz, médaille d'or expo universelle 1889 / DB

Le choix de la céramique comme vecteur de cette ouverture à l’art contemporain s’ancre dans une tradition héritée de l’usine fondée à la fin du XIXe siècle par Paul Charnoz,  inventeur d’un nouveau procédé permettant d’inscrire les dessins dans l’épaisseur des carreaux de céramique … Devenue Cerabati, l’usine a fermé définitivement à la fin de 2005. Dès les années 1990, une partie des bâtiments avait été aménagée en musée pour abriter des pièces « historiques », une fresque et une rosaces monumentales, récompensées par une médaille d’or aux expositions universelles de 1889 et 1900.

Riccardo Licata, "Nuvole e Sole", 2010 / DB

A partir des années 2000 l’activité mosaïque s’est enrichie de stages de formation – une vingtaine par an – dispensés par des artistes. Parmi eux Riccardo Licata, créateur en 1962 de l’atelier de mosaïque aux Beaux-Arts de Paris, qu’il a animé pendant plus de trente ans. Une exposition dédiée à cet « éveilleur de talents » donnait aux visiteurs  de cet « été mosaïque » à Paray-le-Monial un aperçu de ses œuvres, très graphiques.

Gérard Brand, "Homage à Paul Charnoz" (détail) / DB

De son côté, le musée Paul Charnoz -Céramique d’art accueillait 180 œuvres de Gérard Brand. Pour ces Paroles d’objets restitués – Hommage à Paul Charnoz, fruits d’un travail de deux années, le mosaïste a réalisé des sculptures colorées et ludiques à partir d’anciens carreaux de céramique fabriqués à l’usine.

Mais c’est avec le travail de Valérie Colombel, que la création mosaïque contemporaine a pris pour nous une autre dimension.

La première rencontre avec cette mosaïque aérienne et lumineuse a eu lieu dans le cloître de la basilique où l’artiste avait installé son Echelle de Jacob. Faite de tesselles de pâte de verre translucide en suspension reliées entre elles par un fil, cette échelle, comme celle du rêve de Jacob dans la Genèse (1), semble s’élancer vers le ciel, ou y avoir été déployée.
« Ce qui m’a plu c’est la fermeture du lieu. La seule façon de s’en échapper est de partir vers le ciel », explique l’artiste… Le sol alentour n’a pas été défriché, mais un miroir y a été posé « pour prolonger l’échelle vers le sous-sol… regarder vers le bas pour accéder à ce qui est en haut … regarder vers l’intérieur – car pour moi l’échelle de Jacob ce sont les échelons de la conscience – pour accéder aux niveaux plus élevés de conscience ».

Une envolée d’échelons sur plus de huit mètres de hauteur, que la  brise agite doucement tandis que l’éclat des tesselles varie avec la lumière. « Je joue toujours sur cet aspect visible/invisible avec la lumière, qui est propre aussi à la mosaïque. Je m’inscris  dans le monde de la mosaïque par ces aspects là », souligne Valérie Colombel. (2)

Valérie Colombel, "Echelle de Jacob" / DB

Passages, l’intitulé de l’exposition au musée du Hiéron, renvoie à ce jeu de disparition/apparition de la matière avec la lumière, de fluctuation des limites entre le dehors et le dedans, la présence et l’absence, qui caractérise les deux œuvres présentées, Imago et Résurrection. Dans ces installations en suspension, réalisées elles aussi en tesselles de pâte de verre, une silhouette humaine se trouve enveloppée dans un réseau diaphane. Une enveloppe qui, dans le cas de Résurrection, est en forme de croix.  « La croix, un archétype fort, mais ce n’est pas par croyance que j’ai été amenée à la croix », précise Valérie Colombel. Elle préfère parler d’inconscient collectif et de la manière dont celui-ci s’articule avec l’histoire personnelle, notamment par le biais d’images. Lesquelles sont souvent le point de départ d’une oeuvre, avant d’être intellectualisées.

D’ailleurs cette croix et la silhouette androgyne qui s’y inscrit, n’ont rien à voir avec la souffrance et la mort de la tradition chrétienne. Tout ici est légèreté et grâce. « Oui, et c’est en même temps une naissance, cela renvoie à l’imago, le dernier stade de la chrysalide. L’idée de l’envol est présente, d’autant qu’en fonction de l’éclairage et des heures de la journée, le matin par exemple, la croix s’évanouit presque complètement,  pour ne laisser visible que le corps. Le contraire est également possible en fonction de l’environnement, de l’éclairage et des couleurs », indique l’artiste.

De gauche à droite : "Imago et Valérie Colombel présentant "Résurrection" / DB

La présence de cette œuvre dans une salle du musée du Hiéron a aussi une portée hautement symbolique. Edifié à la toute fin du XIXe siècle à l’initiative d’un Jésuite et d’un collectionneur privé, le Musée eucharistique du Hiéron (« sacré » en grec) avait pour vocation d’être un musée d’art sacré en lien avec l’histoire religieuse de Paray-le-Monial.

Fermé en 1990 à la suite de dégâts causés par des intempéries, il a été repris par la municipalité et a rouvert en 2005, année du centenaire de la séparation de l’Eglise et de l’Etat… « Geste fort d’une municipalité laïque pour faire que le musée soit accessible à tous », précise Dominique Dendraël, conservatrice du musée du Hiéron et qui œuvre depuis une dizaine d’années pour la diversité patrimoniale de Paray-Le-Monial et son ouverture à l’art contemporain.

Paray-Le-Monial, la Basilique et le cloitre / DB

(1) L’Échelle de Jacob se réfère au rêve du patriarche Jacob fuyant son frère Ésaü, où lui apparaît une échelle montant vers le ciel. Cet épisode est décrit dans le Livre de la Genèse (28:11-19).

Photo Jean-Pierre Gobillot

(2) L’Echelle de Jacob de Valérie Colombel est maintenant visible au Musée du Hiéron.  (voir photo ci-contre )

Liens :
– http://valerie.colombel.perso.neuf.fr/
– le musée du Hiéron /
http://www.citemosaique.fr/

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