« Alfred Manessier : Le politique, le spirituel et le naturel »

Le Centre de Recherche en Arts de l’Université de Picardie Jules Verne (UPJV) organise les 11 et 12 avril 2012 un colloque destiné à mettre en lumière les diverses thématiques de l’œuvre du peintre Alfred Manessier, disparu en 1993. Cette manifestation s’inscrit dans le cadre des célébrations du centenaire de la naissance de l’artiste, né à Saint-Ouen, dans la Somme, en 1911, et du vingtième anniversaire de sa mort : « 2011-2013, Les Années Manessier en Picardie ». C’est l’occasion de découvrir ou redécouvrir une œuvre personnelle, féconde et multiforme – peinture, tapisserie, vitrail – à l’inspiration initiale puisée dans les paysages d’enfance de la Baie de Somme, que nourriront ensuite l’engagement dans l’histoire contemporaine et la spiritualité. D’où l’intitulé du colloque de l’UPJV :  Alfred Manessier : Le politique, le spirituel et le naturel

On commence par le « naturel », puisque c’est toute une région qui rend hommage à l’artiste, au travers de nombreux évènements. « Il est certain qu’il y a une unité très grande entre la mer, le ciel, entre la baie de Somme, les sables, la qualité de la terre, les marais, tout cela forme un tout et c’est évident qu’un enfant qui a eu les yeux ouverts sur toutes ces choses en est imprégné pour le restant de ses jours ». (1)

En 1977, après la mort de sa mère, Alfred Manessier se rend à nouveau au Crotoy, où, enfant,  il passait ses vacances. « C’est de là que sont partis Les Sables – de la souplesse de la main et du pinceau que j’avais acquise en Provence et en Espagne, elle s’est immédiatement branchée sur eux ».

Sable, mer et ciel dans la baie de Somme, sources d’inspiration /photos DB

Ce que l’on connaît sans doute le mieux de l’œuvre de Manessier, ce sont les vitraux.  Après les paysages de la baie de Somme, c’est une expérience spirituelle, vécue lors d’un séjour à la Grande Trappe de Soligny (Orne) en 1943, qui va également nourrir son œuvre. En entendant le Salve Regina aux premières heures de la nuit, « J’ai profondément ressenti le lien cosmique entre ce chant sacré et cette nature tout autour qui s’enfonçait dans le silence du crépuscule. Les heures prenaient une beauté insolite », confie-t-il. Une spiritualité qui puise davantage aux forces cosmiques de la vie qu’à la souffrance, laquelle pour lui doit être conjurée par la création artistique : « Voilà le nœud de ma peinture : quand j’aurai exprimé Pâques, à la fois comme une allégresse spirituelle et comme renaissance panthéiste, j’aurai gagné. Le chrétien ne doit pas s’éloigner des forces de la nature », déclare-t-il en 1969 au critique d’art Jean Clay.

Une spiritualité qui allait s’exprimer dans des vitraux non figuratifs, de ceux de l’église Sainte-Agathe des Bréseux en 1948, à ceux de l’église du Saint-Sépulcre à Abbeville en 1993, en France, mais aussi en Allemagne, en Suisse et en Espagne.

Un aperçu des vitraux d’Abbeville / Photos DB

Les 300 m2 de verrières de l’église d’Abbeville, la dernière réalisation d’Alfred Manessier (2) en constituent le plus bel ensemble, donnant lumière, couleur et vie à un édifice jusque là seulement orné de vitrerie blanche. La Lumière est d’ailleurs le thème de l’exposition Manessier présentée à l’Abbaye de Saint-Riquier, de mai à septembre 2012. On pourra y voir  les répliques de deux des vitraux du Saint-Sépulcre, réalisées par des étudiants et enseignants du département GMT (Génie Mécanique et Productique) de l’IUT d’Amiens, associés à Sophie Heveraet, artisane-verrier.

« Pour la Mère d’un condamné à mort » (1975) / Musée national d’art moderne

Pour celui qui disait son « atelier ouvert aux rumeurs du monde », l’œuvre se doit aussi d’exprimer la dimension du politique, de l’histoire, avec ses errements tragiques.  En cela Alfred Manessier est « engagé ». En  « 1938, le peintre dessine en lavis d’encre sépia À bas Hitler, étude pour Le Dernier Cheval : la croix gammée du nazisme veut assassiner la vie… À l’invasion soviétique de la Hongrie, il peint un Requiem pour novembre 1956… Martin Luther King a lutté contre la ségrégation raciale et est assassiné en 1968 : Hommage à Martin Luther King… Son tableau, Le Procès de Burgos (1970), donne à voir l’injustice des juges du totalitarisme et les condamnés enchaînés…Il peint en 1972 Viêt Nam Viêt Nam… Lorsque Franco fait garrotter le jeune anarchiste catalan Salvador Puig Antich, il peint Pour la mère d’un condamné à mort (1975)… Il suggère la misère des Favelas (1979-1983), les cités obscures du Brésil, la douleur rouge et noire… », écrit en 2008 l’écrivain et philosophe de l’art Gilbert Lascault.

L’œuvre de Manessier a été couronnée par des prix internationaux.  le Grand Prix de Peinture lui est attribué à la Biennale de Venise en 1962, tandis que Giacometti reçoit le Grand Prix de sculpture. Manessier est le dernier peintre français ainsi récompensé, après Matisse, Jacques Villon, Raoul Dufy… En 1953, il a reçu le Premier Prix de Peinture à la Biennale de Sao Paulo, et en 1955 le Grand Prix de Peinture de l’Institut Carnegie de Pittsburgh.

En France, au fil des achats de l’Etat, des dons faits par l’artiste lui-même et par sa famille et de deux dations provenant des héritiers du peintre en 1994 et 2003, (3) le Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, possède désormais un ensemble conséquent d’œuvres de Manessier, permettant « de retracer le parcours pictural d’Alfred Manessier, souligne-t-on au Musée. Lui est ainsi rendue la place qui lui revient, celle d’un artiste ayant fortement contribué au renouvellement de l’École de Paris et de l’abstraction dans la période de l’après-guerre ».

Ce à quoi devrait aussi contribuer l’ensemble des manifestations programmées dans le cadre de 2011-2013, Les Années Manessier en Picardie. En attendant un hommage parisien ?

Les vitraux de l’église du Saint-Sépulcre : une oeuvre collective / Photo DB

(1) Alfred Manessier, extrait du film de Gérard Raynal, Les Offrandes d’Alfred Manessier. Un film qui sera projeté à Lille le 18 avril 2012 à l’Université catholique/Faculté de Théologie.
(2) Alfred Manessier meurt le 1er Août 1993 des suites d’un accident de voiture, avant d’avoir vu l’achèvement complet des vitraux.
(3) Douze oeuvres au total pour ces deux dations, que l’on peut voir sur le site officiel du peintre http://alfredmanessier.free.fr

Programme détaillé du colloque sur le site dédié de l’UPJV :   http://www.alfredmanessieralupjv.u-picardie.fr/

Programme de 2011-2013, Les Années Manessier en Picardie, sur http://manessier.picardie.fr/  

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2 commentaires pour « Alfred Manessier : Le politique, le spirituel et le naturel »

  1. Normand Charest dit :

    Beaux vitraux… Le vitrail se prête bien à l’abstraction, d’ailleurs… Marcelle Ferron en a fait de beaux au Canada (Montréal).

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  2. Christine Bouvier dit :

    Manessier, artiste apprécié de mon père, a nourri mon enfance , via des livres

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