Joël Pommerat réenchante « Le Petit Chaperon rouge » à la Maison des Métallos

Le Petit chaperon rouge@Elisabeth Carecchio

Le Petit chaperon rouge@Elisabeth Carecchio

Trois comédiens, deux femmes et un homme, alternent les personnages du fameux conte de Perrault sur une scène quasiment sans décor, mais où les sons, les jeux de lumière et d’ombre créent l’atmosphère… et la magie opère. Sans oublier le texte réécrit par Joël Pommerat, qui donne toute sa place à l’univers de l’enfance où se mêlent quotidien prosaïque et imagination fantasque, naïveté et profondeur, audace et peur. Un Petit Chaperon rouge à la fois épuré et dense, pour le plus grand plaisir d’un public d’adultes et d’enfants.

A voir jusqu’au 5 mai 2013.

Pour exprimer ce plaisir suscité par Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, il y a eu les longs applaudissements qui ont fait revenir quatre ou cinq fois les acteurs sur la scène à l’issue du spectacle et puis à la sortie, résonnant dans la cour de la Maison des Métallos, les voix enfantines s’essayant à imiter celle du loup disant « Mémé » …

Cette voix, c’est celle, très belle, de Rodolphe Martin, tour à tour « l’homme qui raconte » et le loup, impeccable dans les deux registres. Car jusqu’à la rencontre avec le loup, l’histoire réécrite par Pommerat est narrée, tandis que les personnages évoluent en silence sur la scène, mimant en quelque sorte le propos. D’où l’importance de l’expression corporelle, et le choix des comédiennes Isabelle Rivoal et Murielle Martinelli, la première est aussi danseuse et le seconde est passée par l’école de cirque.

Isabelle Rivoal, incarne la mère du petit chaperon rouge. Une mère qui n’a jamais le temps, perchée sur des talons fictifs qui font clac clac, elle va et vient à petits pas pressés, affairée comme le sont les femmes seules à la maison. Car c’est aussi une histoire de femmes, dans leurs trois âges, ce Petit Chaperon rouge que Pommerat a réécrit en 2004, pour sa fille : »Lorsque ma petite fille Agathe a eu sept ans, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de mal à l’intéresser à mon travail. Je l’avoue, j’étais un peu vexé (…) Comment faire pour l’intéresser un peu à ce que je faisais ? ». L’idée  du Petit Chaperon rouge – un conte qui, dit-il, l’a toujours fasciné – s’est tout de suite imposée, avec aussi  le souvenir de sa mère, « du long trajet qu’elle devait parcourir pour aller à l’école. Elle marchait chaque jour à peu près 9 kilomètres dans la campagne déserte. Enfant, cette histoire m’impressionnait déjà. Elle m’impressionne encore plus aujourd’hui. (…) Avec ce texte, j’ai eu envie de retrouver les émotions de cette petite fille là « .

Le petit chaperon rouge@Elisabeth Carecchio

Le petit chaperon rouge@Elisabeth Carecchio

« Cette petite fille là », Murielle Martinelli (qui incarne aussi la grand-mère) l’est avec beaucoup de justesse, au fil des étapes de ce récit initiatique, de l’enfant solitaire qui s’ennuie à la maison à celle qui va réussir (enfin) à confectionner un flan et oser traverser seule la forêt pour le porter à sa grand-mère. Enfin, pas tout à fait seule…

… Personnage à part entière créé par Pommerat, l’ombre accompagne le Petit Chaperon rouge dans la forêt, du moins quand celle-ci n’est pas trop épaisse et laisse le soleil passer à travers les grands arbres, « une ombre très belle qui ressemblait par chance un peu à sa maman« . Le jeu avec cette ombre rassurante (Isabelle Rivoal) est un moment du spectacle très beau, très poétique, un intermède plein de grâce avant l’inéluctable rencontre avec le loup. Il est très bien ce loup, la gueule vraiment très ressemblante dont les yeux seuls brillent d’abord dans la lumière… Et savoureux le dialogue entre la bête affamée, mais qui essaie de se tenir, avec la petite fille  » très fière d’avoir pu faire une telle rencontre sans quasiment ressentir de peur (…) Elle se sentait très grande« .

Le petit chaperon rouge@Elisabeth Carecchio

Le petit chaperon rouge@Elisabeth Carecchio

On connait la suite…  que Joël Pommerat nous fait vivre en mêlant subtilement le frisson et le rire, mais sans occulter la réalité : « Et sur ces mots le loup mangea avec appétit la petite fille. Ce qui est un peu triste, mais qui est la réalité« , nous dit l’homme qui raconte, revenu sur la scène. Mais, moins cruel que Perrault, il nous dit aussi que la petite fille et la grand-mère ont pu sortir du ventre du loup. Et que celui-ci, qu’on a laissé repartir dans la forêt une fois recousu, « a pris la décision de toute sa vie de ne plus s’approcher des grand-mères et surtout des petites filles.  Une vraiment très très sage décision« , conclut l’homme qui raconte.

Les plus petits ont frissonné mais sortent soulagés… et les adultes savent gré à l’auteur de sa subtilité. Tous ont participé à l’enchantement.

illustration de Marjolaine Leray pour l'édition Actes Sud Papiers © Marjolaine Leray

illustration de Marjolaine Leray pour l’édition Actes Sud Papiers © Marjolaine Leray


Le Petit Chaperon rouge 
ainsi que tous ses autres textes de Joël Pommerat sont publiés chez Actes Sud-Papiers.

Cendrillon, autre création éminemment recommandable de Joël Pommerat, est reprise à l’Odéon-Théâtre de l’Europe/Ateliers Berthier, du 23 mai au 29 juin 2013.

Pour en savoir plus sur Joël Pommerat et sa compagnie Louis Brouillard, lire l’article publié dans Libération en mars 2013

blog-013

La Maison des Métallos
9
4 rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
01 47 00 25 20

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