« L’ART FAIT VENTRE » au Musée du Montparnasse

Le chemin du Montparnasse © db

Le chemin du Montparnasse © db

C’est dans l’écrin de verdure du chemin du Montparnasse, que se niche le  musée du même nom où l’Adresse Musée de la Poste est en résidence depuis fin 2013 pour cause de rénovation de son site boulevard du Vaugirard. Le Musée de la poste à qui l’on doit l’organisation de l’exposition L’art fait ventre réunissant une petite vingtaine d’artistes autour du thème de la nourriture… Car s’il est bien connu que « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger« , le précepte de Molière est devenu de plus en plus problématique dans nos sociétés industrialisées où il faut vivre pour consommer. Mais heureusement il y a les artistes pour nous proposer une vision esthétique et distanciée de nos moeurs en la matière …
À voir jusqu’au 20 septembre 2014. 

Natures mortes ou scènes de repas, la nourriture est présente dans l’histoire de l’art, à la fois représentation esthétique et indication socio-culturelle. Se nourrir n’est pas seulement un besoin nécessaire à notre survie, c’est aussi un acte symbolique fort mettant en jeu un imaginaire personnel, culturel, historique, social. Avec un relief particulier dans le pays où « le repas gastronomique » appartient depuis 2010 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité… Alors que s’est généralisée la « malbouffe » et allumé le contre-feu du « politiquement correct » alimentaire avec ses injonctions et interdictions… On ne s’étendra pas sur le caractère schizophrénique des publicités alléchantes pour aliments délictueux assorties des conseils restrictifs visant les mêmes… Sans parler de l’engouement pour les émissions culinaires à la télé… Bref, ne penserait-on qu’à ça?

Brigitte de Malau, "Noir de poules blanches", 2011 © db

Brigitte de Malau, « Noir de poules blanches », 2011 © db

Chemin du Montparnasse, L’Art fait ventre de tout cela et « à travers l’ensemble des oeuvres exposées (…) surgissent tous les thèmes contemporains associés à l’alimentation considérée dans sa dimension plus ou moins métaphorique« , constate Jean-Pierre Corbeau, sociologue de l’alimentation.

Les oeuvres exposées sont très diverses, dans l’intention comme dans la technique – tous les médiums sont représentés photo, video, sculpture, dessin, installation – pour un résultat parfois esthétiquement séduisant, souvent teinté d’humour, et presque toujours intéressant.

On est accueilli par un essaim de poules immobilisées dans leur inexorable chute vers les vapeurs d’une marmite sur le feu. Ça fume et ça rougeoie dans ce Noir de Poules blanches (2011) signé Brigitte de Malau. Mais les flammes sont sans feu, la vapeur sans ébullition, les poules en plastique et le chaudron en pneu roulé pour cet hommage nostalgique à la célèbre « Poule en demi-deuil » de la Mère Brazier. (1)

Brigitte de Malau, "Ma soupière est ventriloque 2", 2014 © db

Brigitte de Malau, « Ma soupière est ventriloque 2 », 2014 © db

Car « nous avons égaré le sens des rites muets & des douces effluves subversives« , indique l’artiste dont nous retrouvons une autre installation à l’étage. Ma soupière est ventriloque (2014) nous fait entendre les voix des acteurs Nathalie Richard et Jacques Bonaffé lisant des textes d’une dizaine d’auteurs (dont Blaise Cendrars, Alphonse Allais, Joseph Delteil et Valère Novarina) ayant un lien plus ou moins explicite avec la nourriture.

Il est aussi question de texte, dans la video de Joëlle de la Casinière et Michel Bonnemaison. Il s’agit cette fois de passages de l’Empire des signes, de Roland Barthes, ayant trait à la langue japonaise et la cuisine et lus par deux acteurs japonais.

Olga Kisseleva, "Interpellations" I à IV, 2014 © db

Olga Kisseleva, « Interpellations » I à IV, 2014 © db

 

« Dis-moi ce que tu manges : je te dirai ce que tu es« ,  Olga Kisseleva a apparemment fait sien cet aphorisme – le quatrième d’une liste de vingt cités par Brillat Savarin en ouverture de sa Physiologie du Goût. Pour cette série Interpellations (2014), elle a photographié des denrées alimentaires subtilisées dans les chariot de  clients de supermarchés, et les a recomposées en quatre natures mortes, des photographies grand format, qui sont autant de portraits. Chacun est accompagné de l’analyse qu’en fait Jean-Pierre Corbeau… C’est à la fois pertinent et réjouissant.

Bevis Martin & Charlie Youle, "Pasta Skeleton" © db

Bevis Martin & Charlie Youle, « Pasta Skeleton » © db

Comme ce Pasta Skeleton, des Britanniques Bevis Martin et Charlie Youle, qui vivent et travaillent à Nantes.  Comme son nom l’indique, ce squelette est composé de pâtes alimentaires, format XL en faïence… les deux artistes signent également une Pyramide alimentaire , sorte de nature morte sculptée en faïence, plâtre et contre plaqué.

L’installation de Martine Camillieri, Wild Food, se veut très (trop?) explicitement  critique.  Sur une quinzaine de plateaux ont été déposés des aliments fictifs – souvent matérialisés à l’aide de légos – accompagnés d’un commentaire assassin pour dénoncer les dessous de l’industrie agro-alimentaire…Tandis qu’au mur les livres de la collection Dix façons de préparer (éditions de l’Épure où l’artiste a publié notamment  Wild Food, les nourritures féroces), dessinent un patchwork coloré.

Laurent Duthion, Occurrences, 2013 © db

Laurent Duthion, Occurrences, 2013 © db

 

Dans ce parcours  personnel, forcément sélectif,  citons encore les masques sculptés de Laurent Duthion. Regroupées sous l’intitulé Occurrences, ces sculptures de résine, en modifiant la forme du nez, modifient les perceptions olfactives.  Ou encore les sculptures-installations de Gilles Barbier, Habiter la viande crue et Le guéridon aux volailles. Dans la première l’amas de viandes sur le billot du boucher offre une vision peu ragoutante de la surconsommation, tandis que des blocs imposent leurs lignes et angles droits, évoquant avec leurs ouvertures des immeubles d’habitation  (« habiter » la viande crue)…  les deux volatiles de la seconde évoquent davantage l’art raffiné de la chasse que l’élevage intensif des poulets…

Gilles Barbier, Habiter la viande crue", 2013 © db

Gilles Barbier, Habiter la viande crue », 2013 © db

 

Au-delà de l’actualité de son thème cette exposition est aussi une manière de renouer avec l’histoire du lieu : le musée du Montparnasse était l’atelier de la peintre  Marie Vassilief, où elle travaillait et exposait, mais aussi organisait et servait des repas aux artistes démunis pendant la Première Guerre mondiale…

Des animations et performances ont lieu parallèlement à l’exposition. Avec notamment, le 4 septembre,  une conférence-dédicace du récent ouvrage de Pascal Ory, L’identité passe à table, l’avenir gastronomique de l’humanité en général et de la France en particulier, (éditions des PUF)et  le 18 septembre, un spectacle, Soul Kitchen, suivi d’un débat : Comment l’art peut-il modifier nos habitudes alimentaires ?
Détail des manifestations sur le site du Musée de la Poste

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(1) Eugénie Brazier, une des plus célèbres « mères » lyonnaise,  première femme à avoir décroché 3 étoiles au guide Michelin en 1933… Pour en savoir plus, cliquer ici 

Prochaine exposition du Musée de la Poste au musée du Montparnasse : Faites vos voeux, ex-voto d’artistes, du 7 octobre 2014 au 5 janvier 2015

Musée du Montparnasse
Chemin du Montparnasse
21 avenue du Maine 75015 Paris

Du lundi au samedi, de 13H00 à 18H00. Entrée libre

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