La Comédie-Française fait palpiter « La Dame aux jambes d’azur » de Labiche …

LABICHE JAMBES AZUR… Mais de jambes point ne verront les spectateurs du Studio-Théâtre. D’ailleurs ils ne verront pas non plus la pièce, dont la représentation est reportée au lendemain, faute de préparation … Néanmoins, s’ils le souhaitent ils peuvent rester (sans broncher) dans leurs fauteuils pour assister à une répétition de la dite pièce que des acteurs incontrôlables rend totalement hasardeuse sinon impossible, au grand dam de l’auteur. Tel est l’argument de cette pochade en un acte et en musique signée Eugène Labiche et Marc-Michel. Et, bien sûr, les acteurs du Français s’en donnent à coeur joie pendant la petite heure que dure le spectacle mis en scène par Jean-Pierre Vincent.
À l’affiche jusqu’au 8 mars 2015. 

Alors que vient de s’achever une nouvelle reprise de Un chapeau de paille d’Italie salle Richelieu, Labiche revient à la Comédie-Française avec une oeuvre moins connue, La Dame aux jambes d’azur, cette fois dans la petite salle du Studio-Théâtre. Laquelle convient parfaitement pour cette pièce courte interprétée par huit acteurs, dix si l’on compte les deux représentants de l’espèce canine conviés sur la scène … Ce n’est là qu’un des multiples imprévus qui s’enchaînent dans cette oeuvre burlesque présentée par Labiche en avril 1857 au Théâtre du Palais-Royal, lors d’une représentation donnée au bénéfice d’une actrice à la retraite. Précisément, c’est d’acteurs et de théâtre qu’il s’agit dans cette « pochade brossant un portrait peu reluisant du milieu théâtral, de connivence avec le public, et sur fond de parodie du drame romantique, écrite pour la troupe du Palais-Royal que Labiche connait très bien pour y avoir monté avec succès la majorité de ses pièces« , rappelle Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la Comédie-Française.

Pierre-Louis-Calixte © Brigitte Enguérand

Pierre-Louis-Calixte © Brigitte Enguérand

Dans cette mise en abyme, les comédiens du Français jouent donc le rôle d’acteurs censés interpréter les personnages de La Dame aux Jambes d’azur, un drame historico-romantique commis « en douze jours » par Arnal, acteur un peu fat qui a décidé d’écrire et de mettre en scène sa propre pièce. Pourquoi a-t-elle des jambes d’azur, cette dame, alias Aline Duval? Parce qu’elle est tombée dans un baquet rempli de teinture bleue indélébile, couleur honnie par le duc de Ferrare – l’intrigue se déroule à Venise – qu’elle doit épouser incessamment sous peu…

Pourquoi n’aime-t-il pas le bleu, ce duc? Parce que sinon il n’y aurait pas de pièce, est la réponse de l’auteur à la question posée par Ravel, un acteur qui, tout en ne jouant pas dans la pièce d’Arnal, demande à assister à la répétition (on a le plaisir de retrouver Pierre-Louis Calixte). Ses commentaires et interventions vont semer la confusion entre ce qui est dans le texte et ne l’est pas.

Et tout est à l’avenant dans ce qui ne sera qu’une répétition, comme l’auteur l’a précisé dans son annonce liminaire au public : le souffleur qui a disparu est remplacé par un machiniste qui ne sait pas lire, Aline Duval censée interpréter l’héroïne dont le coeur est censé palpiter, crève de faim et de soif, mange une saucisse et boit une chope et tient à terminer son tricot; Grassot est plus préoccupé par sa recherche d’appartement que par son rôle de doge – il fera finalement affaire en direct avec une propriétaire qui se trouve dans la salle! –  tandis que les rivaux Amant et Hycinthe imposent leurs chiens sur la scène… Sans oublier une invraisemblable digression sur le bois à propos du décor représentant une forêt dans lequel Arnal veut placer une cheminée…

Tout cela finira, sans finir, en chanson, ou presque (car encore faudrait-il pouvoir déchiffrer les paroles) … On a oublié de le dire : c’est un spectacle musical avec piano et violon au pied de la scène, côté cour…

Benjamin Lavernhe, Julie Sicard, Jérôme Pouly © Brigitte Enguérand

Benjamin Lavernhe, Julie Sicard, Jérôme Pouly © Brigitte Enguérand

Les comédiens s’en donnent à coeur joie. Et les spectateurs suivent après un début un peu laborieux, peut-être dû au fait que le metteur en scène, Jean-Pierre Vincent, pour ne pas tomber dans »ce comique rapide et si sympathique (un brin hystérique et bien parisien)« , a « travaillé à ralentir le tempo (…) à faire en sorte que cette folie soit celle de personnes plausibles« . Plausible ou pas, c’est en tout cas avec l’entrée en scène de l’héroïne interprétée par une Julie Sicard désopilante, que le spectacle décolle. (2) C’est pourquoi d’ailleurs on souhaiterait que, comme au printemps 1857 au Théâtre du Palais-Royal, cette « miniature » théâtrale soit suivie d’une autre…

Une mention spéciale pour les toutous Lulu, Gess et HaÏka (ces deux derniers en alternance…)

Entrée du Studio Théâtre / DR

Entrée du Studio Théâtre / DR

 

(1)  « Solaire et déjanté« , disions-nous de ce « vaudeville de mouvement » par excellence qu’est Un chapeau de paille d’Italie, mis en scène par Giorgio Barberio Corsetti et Massimo Troncanetti
(2) Julie Sicard dont on avait aussi apprécié l’inventivité et la veine comique dans Les trois petits cochons mis en scène par Thomas Quillardet au Studio-Théâtre (À ne pas rater en cas de reprise)

Le Studio Théâtre
Galerie du Carrousel du Louvre
Place de la Pyramide inversée
99 rue de Rivoli
Paris 1er
01 44 58 98 58

 

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