« EX TIME » : Les photographies de Franck Landron à la Maison Robert Doisneau …

Pontoise, 1972 © Franck Landron/agence Revelateur

Pontoise, 1972 © Franck Landron/agence Révélateur

… une « magnifique découverte« . L’expression est de Michaël Houlette, le directeur de la Maison de  la Photographie Robert Doisneau qui est à l’initiative, avec l’agence Révélateur, de cette première exposition dédiée à Franck Landron,  jusqu’au 4 octobre 2015. Les quelque 200 clichés réunis- s’ils constituent une infime partie d’un corpus qui en compte près de 300 000 – témoignent en effet d’une écriture photographique singulière et d’une vie intensément liée à l’image. EX TIME est à la fois dévoilement de l’intime et regard en toute liberté sur la vie et une époque, celle des années 1970 et 1980. Ce n’est qu’un début… La « découverte » va se poursuivre à partir du 4 septembre 2015 à la Galerie Binôme à Paris avec l’exposition OUT TIME.

« C’est très bizarre de voir accrochée une partie de sa vie sur les murs« , constatait Franck Landron lors du vernissage de l’exposition. Une vie saisie en continu par l’image à partir de ce jour de 1971 où un jeune garçon de 13 ans se voit offrir par ses parents un reflex Canon FTQL. L’exposition commence par un autoportrait de cette année-là, visage masqué par l’appareil. Un appareil que le collégien emporte en classe pour faire des photos, en cachette, avec « la peur que le prof entende le déclic« . Il y a du Truffaut dans cette photographie clandestine de 1972, avec le regard en coulisse du camarade de classe qui évoque irrésistiblement le Jean-Pierre Léaud des Quatre cents coups. 

Saint-Martin, 1972 © Franck Landron/ agence Révélateur

Saint-Martin, 1972 © Franck Landron/ agence Révélateur

D’ailleurs, le cinéma, celui qui se sent « plutôt Godard que Truffaut« , va le vivre de l’intérieur. Après un passage (tumultueux et contestataire dont quelques photos rendent compte dans l’exposition) aux Beaux-Arts, Franck Landron entre au tout début des années 1980 à l’Ecole Louis Lumière. Avant de se consacrer à la réalisation  et production, il est assistant opérateur sur plusieurs films dont Jean de Florette et Manon des sources de Claude Berri. Quand on lui demande quelles influences a eu le cinéma sur sa pratique photographique, il évoque la lumière –  « avec les chefs opérateurs on apprend la lumière » – et aussi « plus d’horizontales« …

Mais en ce qui concerne le mouvement, Il n’a pas eu besoin du cinéma, il « est présent dès les premières pellicules« , souligne Valérie Cazin, directrice de la Galerie Binôme. Pour  Olivier Bourgoin, agence Révélateur (1), « Il est question de mouvements perpétuels dans les images que Franck Landron collecte de sa vie« . Une vie dont la photographie, devenue une « addiction« , est « à la fois le témoin et le moteur« . La famille (les parents sont garagistes à Herblay où Franck Landron passe son enfance et son adolescence), la maison en Auvergne, les copains, les filles, le cinéma constituent les sujets et thèmes récurrents de cette intime et prolixe collection d’images, ponctuée d’autoportraits. Il y a aussi ces photos dérobées, comme ce « couple improbable » saisi à la gare Montparnasse.

Gare Montparnasse, 1975 © Franck Landron/ agence Révélateur

Gare Montparnasse, 1975 © Franck Landron/ agence Révélateur

Si « on reste dans le cadre d’un photographe amateur« , comme le souligne Michaël Houlette, le choix d’un parcours chronologique pour l’exposition met en évidence « comment un regard se constitue« . Un regard caractérisé par une infinie liberté dans les sujets comme dans la forme. Une absence de contrainte pour capter l’essentiel d’un moment, d’un geste, d’une expression, qui va de pair avec  beaucoup d’humour et de fraîcheur, sans exclure l’affleurement parfois d’une certaine gravité.

Mariage de Michel, 1978 ©Franck Landron/.Agence Révélateur

Mariage de Michel, 1978 ©Franck Landron/.Agence Révélateur

Pour le directeur de la Maison Doisneau, la comparaison s’impose avec Jacques Henri Lartigue. Au delà de la différence que constituent l’origine sociale, l’époque et son esprit, « la parenté est saisissante: même volonté de tout enregistrer pour construire un récit, même goût du jeu, même liberté, même constance à l’échelle d’une vie« . (2) Et c’est tardivement que tous deux – Lartigue était connu comme peintre, et Landron s’occupe de cinéma – voient leurs images rassemblées dans une exposition, devenues ce qu’il convient d’appeler une oeuvre.

Oeuvre il y a aussi parce que cet intime capté par le photographe au fil du temps suscite un écho chez celui qui le regarde. L’auteure de ces lignes y a retrouvé avec émotion cet esprit de la jeunesse des années 1970 avant que ne se referme complètement la parenthèse euphorique des Trente Glorieuses, l’éphémère de l’Histoire est aussi celui de la vie, du temps qui passe, surtout celui de l’enfance et de l’adolescence. Mais chacun pourra s’émouvoir, se retrouver dans ces images, car elles « ne sont pas des documents datant certaines époques. qui peuvent éveiller en nous des souvenirs. Ou illustrer un temps que d’autres n’auraient pas connu. C’est une parole que Franck Landron s’adresse et nous adresse. Et (…) elle résonne comme une petite musique qui infiltre nos consciences », écrit Christine Delory-Momberger dans le catalogue.

Franck Landron, Maison robert Doisneau, juin 2015 © DeBelleschoses/db

Franck Landron, Maison robert Doisneau, juin 2015 © DeBelleschoses/db

« Faire des photos pour être sûr que l’on a vécu« , peut-on lire sous un cliché de la rue de la Goutte d’Or à Paris, en 1980. Et Franck Landron est là, quelques décennies plus tard, qui a légendé de sa main et de son humour les photos exposées, arrachant souvent au « regardeur », comme on dit maintenant, un sourire voire un rire (« Elle était trop grande pour nous, mais elle avait une soeur« )… La chevelure est grisonnante, mais le regard vif derrière les lunettes et sous le chapeau à fleurs. Présence fidèle aux autoportraits qui jalonnent l’exposition.

Dans ce premier dévoilement ne figure qu’une  infime partie de l’archive photographique que Franck Landron n’a cessé de nourrir de 1971 à aujourd’hui, riche de quelque 300 000 clichés argentiques et numériques. Alors on est curieux de découvrir la cinquantaine de photographies qui seront présentées dans l’exposition OUT TIME à la galerie Binôme du 4 septembre au 3 octobre 2015. Une sélection qui a constitué « un peu un arrache-coeur« , avoue Valérie Cazin  et proposera « une approche plus plasticienne » de l’oeuvre de Franck Landron.

Avec Olivier Bourgoin, « prenons les paris que la suite de cette exploration en images nous réservera encore bien des surprises« .

À suivre…  

Maison de la Photographie Robert Doisneau © DeBelleschoses/db

Maison de la Photographie Robert Doisneau © DeBelleschoses/db

 

(1)Franck Landron est représenté par l’Agence Révélateur, fondée en 2010 par Olivier Bourgoin
(2) Citation extraite du catalogue Ex Time, aux Éditions Contrejour, à paraître en septembre 2015. L’exposition EX TIME sera remontée à la Galerie Le Château d’Eau à Toulouse en mai-juin 2016. Par ailleurs, le  travail d’autoportrait de Franck Landron est également montré dans l’expositon Selfie au Brandts Museaum à Odense, Danemark, du 24 avril au 25 octobre 2015

Franck Landron, 1974,

Franck Landron, 1974, « Elle était trop grande pour nous… » © DeBelleschoses/db

Maison de la Photographie Robert Doisneau
1, rue de la Division du Général Leclerc 94250 Gentilly
+33 (0) 1 55 01 04 86

Entrée libre
Visites commentées :
Jeudi 27 Août à 16H
Dimanche 27 Septembre à 15H

Galerie Binôme
19 Rue Charlemagne
75004 Paris
+33( 0)1 42 74 27 25

Agence Révélateur
Olivier Bourgoin

3 rue Saint-Laurent
75010 Paris
+33(0)6 63 77 93 68
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