« Christian Dior et Granville,  Aux sources de la légende » 

Le musée Christian Dior à Granville / DR

Il y a soixante-dix ans, en 1947, Christian Dior présentait sa première collection et lançait le style New Look. Une véritable révolution dans la mode et le succès immédiat pour la maison Dior fondée l’année précédente. Si les créateurs qui se sont succédé  après la mort du couturier en 1957 ont continué à inscrire le « style » de la maison Dior dans l’histoire de la haute couture, l’inspiration première a été puisée dans la demeure granvillaise et son jardin perchés sur les falaises où le grand couturier, né en 1905, a passé son enfance. C’est donc un retour aux origines que propose l’exposition anniversaire Christian Dior et Granville, Aux sources de la légende, présentée jusqu’au 27 septembre 2017  dans la maison familiale devenue Musée Christian Dior.

Bien sûr, on choisira si possible d’accéder au musée par le bord de mer. Car l’effort qu’exige l’escalier creusé au flanc de la falaise est vite récompensé par la vue sur la baie qu’on découvre progressivement et, une fois au sommet, si le temps est clair, on pourra même peut-être apercevoir la silhouette du Mont Saint-Michel. On débouche dans le jardin par une petite allée bordée de généreux hortensias rose vif, puis se dévoile la villa entre les arbres, avec son crépis rose pâle sur lequel se détache l’ocre des ferrures 1900 de sa véranda et de ses bow-windows.

La famille Dior dans le jardin de la Villa Les Rhumbs, vers 1912 (Christian au 2e rang  à côté de sa mère) ©Musée Christian Dior

La maison, construite en 1895, par un armateur de bateau, – à qui elle doit son nom, « Les Rhumbs », en référence aux 32 facettes d’une rose des vents –  est acquise par la famille Dior en 1906, après la naissance de Christian à Granville.  Une maison que la mère de Christian Dior va entièrement réaménager et décorer au gré des courants plus ou moins exotiques en vogue à Paris, d’où elle rapporte aussi la dernière mode vestimentaire. Elle entoure la maison d’un jardin fleuri, à l’abri d’un bois de pins, auquel Christian Dior ajoutera plus tard une pergola et une roseraie. La passion des fleurs, déjà…

La Maison sera rachetée par la ville en 1938 à la suite de graves revers de fortune de Dior père et le jardin deviendra un parc public. Tandis que l’association « Présence de Christian Dior », créée en 1991, gère le musée et les expositions estivales qui s’y tiennent depuis maintenant vingt ans.

En 2007,  l’exposition Dior : 60 années Hautes en couleurs, organisée pour le soixantième anniversaire de ce fameux  premier défilé présenté par Christian Dior, le 12 février 1947,  dans l’hôtel particulier du 30 avenue Montaigne à Paris,  avait mis l’accent sur  le renouvellement et la cohérence du « style Dior » au fil des décennies et des créateurs de différents horizons qui avaient succédé au fondateur. Dix ans plus tard, en cet été 2017, l’exposition  Christian Dior et Granville, aux sources de la légende met l’accent sur le rôle qu’a joué la maison de famille et son environnement dans les sources d’inspiration du couturier. (1) Celui qui définissait lui-même comme un « architecte de robes » dit en garder « … le souvenir le plus tendre et le plus émerveillé. Que dis-je ? ma vie, mon style, doivent presque tout à sa situation et à son architecture ». (2)

Et quand Christian Dior fonde sa maison de couture fin 1946, il  rassemble autour de lui dans son équipe ses amis de Granville. « Ainsi, nous nous trouvâmes tous réunis comme dans notre jeunesse au temps des pique-niques, des parties de pêche et de croquet. Mais cette fois, une autre bataille nous attendait », raconte-t-il. On connait la suite …

Cet attachement aux racines normandes de Christian Dior, l’exposition l’évoque à travers un parcours à la fois historique et stylistique dans les différentes pièces de la villa Les Rhumbs. Du vestibule au 2ème étage, c’est à la découverte du monde de l’enfance et de certains traits marquants de la personnalité du couturier que le visiteur est convié.

La chambre de Christian Dior, « Les contes de Perrault, les voyages extraordinaires de Jules Verne  et les catalogues de la Maison Vilmorin Andrieux étaient ses livres de chevet favoris »/ Photo db

Les chambres sont associées aux membres de la famille qui les occupaient par le biais d’un objet familier ou des photos : Christian, les soeurs Jacqueline et Catherine (inspiratrice du parfum Miss Dior), la grand-mère maternelle, les parents. Pour ces derniers c’est bien sûr la figure maternelle qui domine, Madeleine, qui a apporté dans cette famille « de sang normand » la « pointe de douceur angevine » et l’élégance de sa silhouette, celle qui « au milieu de cet ensemble cohérent de bons vivants et de forts mangeurs, se trouvait être la seule personne mince et de peu d’appétit », écrit Christian Dior.

Les autres pièces déclinent  certains aspects de sa personnalité : le Dior gastronome dans la salle à manger, le goût pour le siècle des Lumières dans le grand salon néo-XVIIIe siècle, la nostalgie du Second empire dans le petit salon, l’esprit d’entreprise dans le bureau paternel, l’attrait pour le raffinement de la haute couture jusque dans les dessous féminins dans la lingerie – l’endroit préféré, au second étage,  par le petit Christian Dior …

Robe de soirée «Perle noire» Haute Couture AH 1958, Collection Musée Christian Dior, Granville ©Laziz Hamani

Dans chaque pièce sont exposées des robes et ensembles – de l’époque Dior ou de ses successeurs –  entrant en résonance avec le thème choisi et les objets ou photographies qui l’évoquent.

Tailleur de voyage, collection Haute-Couture pintemps-été 1998, Christian Dior parJohn Galliano / Photo db

Avant de ressortir de la maison, on s’attarde dans le vestibule qu’on avait un peu trop vite franchi en arrivant pour échapper au flot de visiteurs de cette fin d’après-midi de juillet. La superbe robe rouge – « Perle noire » – qui y est exposée, avec sa ceinture inspirée du Obi japonais fermant les kimonos, est un écho au « goût asiatique » qui présidait jadis à  la décoration du lieu : « De grands panneaux peints d’après des estampes japonaises décoraient l’escalier jusqu’à son plafond. Ces Outamaro et Hokusai interprétés composaient ma chapelle Sixtine », écrit Christian Dior.

Une fois dans le jardin, on se dirigera vers cette autre « chapelle Sixtine » du grand couturier qu’est la roseraie avec son panorama sur la mer…

Le buste de Christian Dior et la roseraie / DR

 

(1) Cet anniversaire est également célébré à Paris avec la fastueuse exposition au Musée des Arts décoratifs, Christian Dior, couturier du rêve , jusqu’au 7 janvier 2018.
(2) Christian Dior avait publié en 1956 son autobiographie, quelques mois avant sa mort à 52 ans, foudroyé par une crise cardiaque. Cet ouvrage, Christian Dior et moi, a été réédité en 2011 par la Librairie Vuibert.

Musée Christian Dior
Villa les Rhumbs Rue d’Estouteville
50400 Granville
tel : 02 33 61 48 21

 

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