Photographie : «PRÉSENCES» à la Maison Caillebotte

Louis Stettner, « Brooklyn promenade » 1954/Estate of Sondra Gilman © Louis Stettner Estate 2024

Présences. Trésors photographiques de la collection Gilman et Gonzalez-Falla : l’ exposition, présentée jusqu’au 17 novembre 2024 dans la Ferme Ornée de la Maison Caillebotte à Yerres, réunit 140 photographies sur les quelque 1500 que compte cette collection rassemblée par l’Américaine Sondra Gilman (décédée en 2021) et son mari Celso Gonzales-Falla. Les clichés qui s’offrent au visiteur, exclusivement des portraits, sont signés des plus grands noms de la photographie des XIXe et XXe siècles, américains, européens ou sud-américains.

Ken Collins, « Sondra Gilman & Celso Gonzalez-Falla/Estate of Sondra gilman © Ken Colins

« Le pouvoir de la photographie réside d’abord dans l’oeil du photographe puis dans la réponse émotionnelle et viscérale du spectateur. » (1) Cette phrase de Sondra Gilman s’applique d’abord à elle même, puisque l’idée de commencer une collection lui est venue en découvrant Eugène Atget (1857-1927) lors d’une exposition au MoMA (musée d’Art moderne de New York) en 1974. Les trois premières photos achetées seront des images du photographe français.

Quelques années après le décès de son mari Charles Gilman en 1982, elle rencontre Celso Gonzalez-Falla, exilé cubain et veuf, qu’elle épouse en 1986 et qui va partager sa passion pour la photographie.

Robert Mapplethorpe, Bill T.Jones 1985 / Estate of Sonda Gilman ©The Robert Mapplethorpe Foundation

On peut voir au début de l’exposition la première oeuvre achetée en commun par le couple en 1987 : une photographie du danseur Bill T. Jones réalisée en 1985 par Robert Mapplethorpe et découverte dans une galerie de Houston. Beaucoup de clichés suivront – exclusivement des tirages d’époque – pour constituer ce qui est devenu une des plus importantes collections privées.

La collection Gilman et Gonzalez-Falla avait fait l’objet d’une première exposition thématique à la Maison Caillebotte en 2018, La Beauté des lignes, organisée alors par le musée de l’Élysée à Lausanne. Cette deuxième édition, intitulée Présences, est dédiée aux portraits et rassemble 140 photographies de 91 artistes, sélectionnées par Valérie Dupont-Aignan, directrice de la Maison Caillebotte et commissaire de l’exposition.

Julia Margaret Cameron, « Red and White Roses » 1865/ Estate of Sondra Gilman

Présentée en neuf sections thématiques, celle-ci est aussi un voyage dans l’histoire de la photographie, des épreuves sur papier albuminé à l’argentique et l’impression numérique. Des clichés du XIXe siècle de Julia Margaret Cameron  à ceux des années 2000, signés Kristin Bedford, Ayline Oukman ou Michael Wolf, en passant par les grands noms du XXe siècle, Cartier-Bresson, Man ray, Steichen, Diane Arbus, Salgado…

La première salle, «Sondra et Celso», est dédiée aux collectionneurs avec une photo du couple (Ken Collins/1989) et des portraits signés par les artistes de leur génération – Robert Mapplethorpe, Andy Warhol – avec notamment une série de Polaroïds de Sondra Gilman.

Puis les thématiques s’enchainent.

Henri Cartier Bresson, « Matisse à Vence » 1944 / Estateof Sondra Gilman © HCB Foundation

Avec «Artistes et modèles» on retrouve avec plaisir et émotion les grands noms de la photo du XXe siècle : l’avant-garde russe avec Alexandre Rodchenko et une belle image de sa mère; Edward Steichen, cet Américain né au luxembourg qui a été «un pont entre l’Europe et les USA», précise notre guide Hélène Norlöff; Walker Evans, Man Ray, Art Kane, avec un portrait inattendu de Louis Armstrong, de profil et sans trompette, photographié dans la Death Valley; ou encore ce portrait émouvant de Matisse, photographié chez lui à Vence entouré de ses colombes, par Henri Cartier-Bresson, en 1944.

Imogen Cunningham, Martha Graham II, 1931/ Gilman & Gonzalez-Falla Arts Foundation © 2024 Imogen Cunningham Trust

Les clichés réunis sous la thématique «composition» ont en commun le «retravail» de la photo. On y retrouve entre autres Man Ray, avec une photo de la série érotique voilée (1933), mettant en scène Meret Oppenheim dans l’atelier du peintre et graveur Louis Marcoussis. On remarque aussi une belle composition avec la danseuse Martha Graham réalisée en 1931 par l’Américaine Imogen Cunningham (1883-1976).

Lewis Hine, « No fear of heights », 1930/31 / Estate of Sondra Gilman

New York, la construction des buildings, la dépression et les manifestations, la guerre, les armes : « C’est l’Amérique » dont les artistes se sont fait l’écho . L’ouvrier sur une poutrelle n’a pas pas peur du vide (No fear of Heights) devant l’objectif de Lewis W.Hine (1931), qui lui non plus, n’a apparemment pas eu peur du vide…; Dorothea Lange a photographié une manifestation à San Francisco (1934); Diane Arbus a tiré le portrait dérangeant d’un Jeune homme patriote avec un drapeau (1967), et Elie Badessi un jeune homme et une jeune femme avec une arme (2016)…

W.Eugene Smith, « The walk to paradise garden, Patrick et Juanité, vers 1946 / Gilman & Gonzalez-Falla Arts Foundation

Les «Enfances» se déclinent dans un mélange de poésie, de mystère et de gravité, avec des clichés de Julia Margaret Cameron (The red and white roses, 1865), de W.Eugene Smith (The walk to Paradise garden, Patrick and Juanita, 1946) ou Sebastian Salgado (Deux jeunes enfants équatoriens, 1982).

Lisette Model, « Little Man, Lower East Side, New York 1939-1942/Estate of Sondra Gilman © Lisette Model, avec l’aimable autorisation de Baudoin Lebon et Avi Keitelman

«Dans les rues», les photos racontent une histoire, au moins celle d’un instant, en tout cas à déchiffrer… À quoi pense le Petit homme photographié par Lisette Model, dans le Lower East Side à New York, pendant la seconde guerre mondiale ? Il aurait pu tout aussi bien figurer dans la section suivante, «Solitudes», avec les clowns de Paul Outerbridge et Bruce Davidson, ou La Môme Bijou, photographiée par Brassaï, ou encore, celle de la chouette dans l’énigmatique cliché de Nick Brandt (Harriet and People in Fog, Zimbabwe, 2020). Pour l’artiste, cette photo symbolise la conséquence d’un désastre écologique.

Nick Brandt, « Harriet and people in fog, Zimbabwe » 2020 / Celso Gonzalez-Falla Collection

Cinquante ans plus tôt, en 1945, avec Le vigneron girondin, Willy Ronis photographiait, lui, une certaine façon de célébrer la vie. Un cliché, parmi d’autres, pour illustrer les «joies».

Ayline Olukman, « Renaissance », 2007 / Celso Gonzalez-Falla Collection
© Ayline Olukman

L’exposition se referme sur des oeuvres exclusivement du XXIe siècle qui se veulent «Le miroir du monde». Des photos en couleur et en tirages grand format qui offrent un bel éventail des nouvelles techniques d’impression. En voyant Renaissance le visage féminin capté en gros plan par Ayline Olukman, on ne s’étonne pas d’apprendre que cette artiste multimédia née à Strasbourg en 1981 et installée à New York, exerce son talent entre entre photographie et peinture. 

Michael Wolf,
« Tokyo Compression #22 » 2009-2010/Estate of Sondra Gilman
© The Estate of Michael Wolf

Quant à Michaël Wolf (1954-2019), ses deux clichés de la série Tokyo Compression, montrant des passagers du métro tokyoïte derrière une vitre embuée, au-delà de leur qualité esthétique, offre un reflet saisissant d’un aspect de la vie urbaine.

Le visiteur n’en apprécie que davantage de retrouver, baigné par la lumière d’automne, le vaste parc de la propriété Caillebotte, avec ses arbres remarquables et ses nombreuses fabriques. Après s’y être promené,  une visite de la maison s’impose. Outre l’attrait d’un intérieur remeublé comme à l’époque du peintre (2), on découvre dans des salles muséales  au 1er étage l’histoire de la  propriété – laquelle a appartenu aux Caillebotte de 1860 à 1879 – et de la famille. (3)

Une sorte d’entrée en matière avant la grande exposition  Gustave Caillebotte. Peindre les hommes présentée au Musée d’Orsay, du 8 octobre 2024 au 19 janvier 2025, pour le 130e anniversaire de la mort de l’artiste.

Propriété Caillebotte : la Maison / Photo db


(1)
«The power of photography dwells first in the eye of the photographer, then in the emotional and visceral response of the viewer.»
(2) La maison a pu être remeublée à l’identique grâce aux «Amis de la propriété Caillebotte» et au Mobilier National.
(3) En 2014 l’exposition Caillebotte à Yerres , un Impressionniste à part avait permis de voir réunies pour la première fois quelque quarante toiles peintes par l’artiste jusqu’en 1879 dans le lieu même qui les a inspirées.

Maison Caillebotte
8 rue de Concy
91330 Yerres
01 80 37 20 61


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2 Responses to Photographie : «PRÉSENCES» à la Maison Caillebotte

  1. Avatar de Florence lannuzel Florence lannuzel dit :

    Merci.

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  2. Avatar de vagabondageautourdesoi Matatoune dit :

    Oui , l’expo de photos et la maison de ce peintre qui sera en honneur à Orsay, de quoi faire une sortie à Yerres ! Merci pour ce retour 😉

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