Le Festival du Cinéma brésilien de Paris : Nelson Pereira dos Santos et Jorge Amado à l’honneur

Pour sa 13ème édition, le Festival du Cinéma Brésilien de Paris rend hommage à deux grandes figures de l’écran et de la littérature. Une rétrospective du réalisateur Nelson Pereira dos Santos permettra de voir ou revoir sept classiques du « père » du Cinema Novo, qui fera le déplacement à Paris. Anticipant sur le centenaire de la naissance de Jorge Amado, qui sera célébré en 2012, le Festival présentera quatre films adaptés de romans de l’écrivain. Sans oublier les fictions en compétition et les documentaires,  soit une trentaine d’œuvres au total, à voir au cinéma Le Nouveau Latina  du 4 au 17 mai 2011.

Lisa Ginzburg, directrice culturelle d’Union Latine (1), partenaire de la manifestation, avait bien raison de se réjouir, en ce jour de présentation à la presse de cette 13ème édition du Festival  du Cinéma brésilien de Paris : c’est un très bon cru qui s’annonce, avec l’hommage rendu à Nelson Pereira dos Santos, auteur d’« un cinéma représentatif d’une façon de voir, d’être ‘ latin’,  dans le sens de pouvoir raconter une réalité comme celle du Brésil, mais en même temps avec une dimension internationale ». Rappelons que Vidas Secas (Sécheresse), son cinquième film adapté du roman de Graciliano Ramos, et qui figure dans la rétrospective, a été acclamé au Festival de Cannes en 1964 (2).

Les sept films du Festival 2011 ont été choisis avec le réalisateur  et retracent trente ans de création, de Rio Zona Norte, son deuxième film en 1957, à Jubiaba (Bahia de tous les saints) en 1985. Ce dernier, adapté du roman éponyme de Jorge Amado fait le lien avec l’autre volet du Festival, l’hommage rendu au grand écrivain brésilien dont on célèbrera en 2012 le centenaire de la naissance. Ce film marque aussi le retour, sous la direction de Nelson Pereira dos Santos, de l’acteur Grande Otelo, interprète magistral du personnage central de Rio Zona Norte, un compositeur populaire de samba, aussi talentueux que pauvre et méconnu hors de sa favela du nord de Rio, confronté au mépris de classe, à l’injustice sociale et à la délinquance violente engendrée par celle-ci .

A revoir Rio Zona Norte –  présenté en ouverture du Festival le 4 mai en présence de Nelson Pereira dos Santos – on est frappé par l’intensité de la tension dramatique du film et le caractère poignant du personnage – inspiré de la vie du compositeur Zé Keti – à qui l’on va voler sa musique, tuer son fils, avant qu’il meure à son tour d’un accident de train. Anonyme tombé sur la voie, gravement blessé, ses feuillets de samba éparpillés, c’est par une succession de flash-back que sa vie nous est contée tandis que les secours tardent à arriver.

Si l’inspiration initiale de Nelson Pereira dos Santos puise dans le néoréalisme italien et le cinéma de Roberto Rossellini, il le transpose en « un langage tropical », souligne Lisa Ginzburg. C’est-à-dire que « la nudité du regard néoréaliste s’arrête ici sur l’extraordinaire richesse humaine et la musicalité de la société brésilienne, entière et segmentée, complexe, au bonheur insaisissable ». A cet égard, on se réjouit que dans la rétrospective figure l’original Como era gostoso o meu francês (Comme il était bon mon petit Français), bon étant à prendre au sens propre, puisque le Français en question n’échappera pas à la dévoration  cannibale : nous sommes en 1554, chez les Tupinambas…

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 1971, ce film, basé en grande partie sur le récit de voyage de Hans Staden (qui réussit, lui, à échapper à la dévoration !) est une véritable fable anthropologique, à la fois jolie et profonde, où l’humour (noir) le dispute à la tendresse (car il aura été très choyé avant que d’être mangé, le petit Français !).

Diversité de la société brésilienne, attention particulière pour le peuple – en particulier celui de l’état de Bahia, où il est né en 1912 –  sont aussi à mettre au crédit de Jorge Amado, qui avec une trentaine de romans traduits dans une cinquantaine de langues, a été un véritable ambassadeur de la littérature brésilienne dans le monde. Et notamment en France où il a vécu une partie de son exil pendant la dictature et a été intégralement traduit. Les personnages intenses et trames complexes de ses romans ont inspiré nombre d’œuvres cinématographiques.

Dona Flor et ses deux maris

Quatre sont présentées au festival : Dona Flor e seus dois maridos (Dona Flor et ses deux maris) de Bruno Barreto, (et avec la délicieuse Sonia Braga), Tieta do Brasil, de Carlos Diegues, le tout récent Quincas Berro d’Agua (Quinquin la Flotte) de Sergio Machado, et le film de Nelson Pereira dos Santos dont on a parlé plus haut.  A découvrir également, Jorjamado no Cinema, un documentaire de Glauber Rocha tourné en 1976.

Côté documentaire, sera présenté en avant-première un film sur la pacification des favelas, UPPs (un sigle qui évoque les Unités de Police Pacificatrices mises en place dans les favelas contrôlées par les narcotraficants à Rio) réalisé en 2010 par des jeunes réalisateurs qu’on présente issus des favelas. Auxquels ont doit également le film 5 x Favelas – projeté dans la section « Jeune public » du  Festival et qui offre en cinq épisodes autant de regards différents sur la vie dans les favelas.

Il sera intéressant de vérifier si ces films ne privilégient pas le politiquement correct, sur le sujet extrêmement sensible de ces zones de non-droit dont la reconquête s’avère prioritaire par les autorités dans la perspective de la Coupe du monde de football en 2014  et des JO de 2016. A ce jour les UPP ont pénétré dans une dizaine de favelas sur un millier… On pourra en débattre lors de la table ronde « UPP: une nouvelle police pour les favelas » organisée par le Festival, le 6 mai à Sciences Po (3).

Parmi les auteurs de documentaires, on a relevé le nom d’Alice de Andrade, qui a réalisé, avec le Cubain Ivan Napoles, Mémoire cubaine, le regard des cinéastes de l’île sur les évènements les plus marquants de la seconde moitié du XXe siècle. Alice de Andrade est en effet la fille de Joaquim Pedro de Andrade, le réalisateur notamment de Macunaïma, du nom de ce « héros sans caractère » né à la fin des années 1920 sous la plume de Mario de Andrade, et qui au cinéma prendra les traits de … Grande Otelo !

Malu a velo

Quant aux huit films présentés en compétition, ils permettront de se faire une idée des thèmes abordés par les cinéastes actuels. La jeunesse, avec deux films qui sont également présentés dans la section « jeune public » : As melhores coisas do mundo (Les meilleurs choses au monde) de Lais Bodansly et Desenrola (Déroule) de Rosane Svartman.  Play a song for me, film aux frontières du fantastique de Esmir Filho, a également pour personnage central un adolescent.  Difficulté et complexité des relations amoureuses ou affectives sont évoquées dans Malu de bicicleta (Malu à Vélo) de Flavio Ramos Tambellini et Como esquecer (Comment oublier) de Malu de Martino. Daniel Filho, avec Chico Xavier, retrace la vie du célèbre médium, dans un film qui  a connu un très grand succès national en 2010, avec le plus fort taux de fréquentation. Além da estrada (Sur la Route), de Charly Braun, est le seul film de la sélection qui sort des frontières du Brésil, avec pour décor l’Uruguay, des acteurs étrangers et l’espagnol en VO.  Retour à Rio avec 180 graus (180 degrés) de Eduardo Vaisman qui raconte l’histoire de trois personnages de la classe moyenne.

Les films en compétition sont soumis à un jury professionnel, composé de personnalités du cinéma français et qui décernera  trois récompenses : meilleur film, meilleur acteur et meilleure actrice. Les spectateurs pourront également se prononcer sur la sélection, appelés à voter  tout au long de la première semaine du Festival pour le Prix du Public du meilleur long-métrage de fiction.

Le Festival, ce sont aussi des débats, littéraire et cinématographique  – on retiendra la rencontre avec Nelson Pereira dos Santos organisée à la Maison de l’Amérique Latine le 5 mai –, un lancement de livre,  une exposition de photographie, un bar et des soirées…

Jorge Amado et Glauber Rocha, "Jorjamado", 1976

(1) L’Union Latine, organisation intergouvernementale composée de 36 Etats membres, a pour objectif la mise en valeur et la diffusion du patrimoine latin  ainsi que le soutien à la création et aux échanges culturels. Pour en savoir plus : http://dcc.unilat.org/DCC/index.fr.asp

(2) Vidas Secas a reçu le prix des Cinémas d’Art et d’Essai et le Prix du meilleur film pour la jeunesse.
1964 a été une année faste pour le cinéma brésilien à Cannes, puisqu’y était aussi présenté Deus e O Diabo na Terra do Sol (Dieu noir et Diable blond) de Glauber Rocha, qui fit également sensation. Le Cinema Novo faisait son apparition comme  nouveau courant de création cinématographique.

(3) table ronde  : Vendredi 6 mai à 14h45,   Amphithéâtre Jacques Chapsal (2ème étage)
Institut de Sciences Politiques, 27 rue Saint-Guillaume – 75007 Paris
Réservation indispensable : jangada@jangada.org 

Sur ce sujet de la pacification des favelas on peut lire lire l’article documenté publié sur le site de Basta ! /Alter-Médias http://www.bastamag.net/article1399.html

Cinéma Le Nouveau Latina, 20 rue du Temple 75004 Paris
Les horaires de la programmation du festival : http://www.festivaldecinemabresilienparis.com/2011/horaires.htm

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