Les OBJETS (très) SECRETS de Judith Scott au Collège des Bernardins

C’est à une belle et étrange découverte que nous convie le Collège des Bernardins à Paris en exposant quelques-uns des Objets secrets réalisés par Judith Scott. Des objets à jamais secrets dissimulés sous les épaisses couches de fils de laine dont l’artiste américaine les a entourés, faisant surgir d’autres objets énigmatiques : des œuvres d’Art Brut. Lesquelles imposent leur indéniable présence sous les voûtes de l’ancienne sacristie des Bernardins.

A voir jusqu’au 18 décembre 2011.

 

Au sol, des sculptures rondes évoquant de gros œufs (ou peut-être des matrices ?), d’autres se dressent comme des sortes de totems, tandis qu’une autre encore s’étale comme une cape ou  des ailes de papillon… Suspendues, des sculptures aux formes oblongues apparaissent comme autant d’étranges objets volants – nacelles, volatiles ou vaisseaux ? Mais, « oui, il y a toujours un objet au centre », confirme Sandra Adam-Couralet, co-commissaire de l’exposition, répondant à l’interrogation d’un visiteur.

« skate » / Photo DB

Le doute est en effet permis devant toutes les oeuvres, quelle que soit leur forme finale. A une exception près – dont on ne sait si elle rassure ou déroute : un bout de planche de skate émerge de son cocon de fils…

Un casse-tête d’ailleurs pour les commissaires que ces objets doublement non identifiables, le premier ayant disparu à l’intérieur d’un second pour lequel l’artiste n’a laissé aucun repère, sauf parfois une date. « On ne sait pas comment les aborder – devant, derrière ? dessus, dessous ? On est un peu comme des archéologues s’interrogeant devant ce qu’ils viennent d’exhumer… », souligne Alain Berland.

 

A défaut d’informations ou d’indications, pour « sentir » les œuvres « on les a prises dans nos bras », avoue Sandra Adam-Couralet. A l’instar de Judith Scott elle-même, dans la relation troublante qu’elle établit avec ses créations/créatures, ces objets magiques fruits de son obsession et qui constituent l’unique moyen d’expression de l’artiste américaine, trisomique, sourde et muette. (1)

 

Si le choix qui a été fait de présenter les œuvres de Judith Scott selon un double « système aérien et terrien » est forcément arbitraire, il n’en influe pas moins sur le sens qu’on leur donne. A chacun de projeter ses propres formes et obsessions sur ces Objets secrets

****

(1) Née à Cincinatti dans l’Ohio, Judith Scott (1943-2005), atteinte de trisomie (syndrome de Down), a été placée dans diverses institutions spécialisées dans lesquelles elle a eu du mal à trouver sa place. En 1986, prise en charge par sa sœur jumelle Joyce, elle rejoint le Creative Growth Art Center à Oakland, centre d’art consacré à l’art brut qui aide les personnes handicapées en les invitant à développer leur expression artistique.

Non satisfaite de ses essais sur papier, elle dérobe des objets (ventilateur, parapluie, magazines, etc.) puis les recouvre entièrement de fils de laine jusqu’à ce qu’ils disparaissent sous des cocons colorés. Devant la qualité et la force émanant de son travail, le centre décide de lui fournir le matériel qu’elle désire afin qu’elle dissimule ses « objets secrets ». Judith Scott s’est engagée dans la création à 44 ans.

Pour en savoir plus sur la rénovation et la réouverture du Collège des Bernardins en 2008, cliquer ici

La nef du Collège des Bernardins/ DB

Le Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy – 75005 Paris

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