« ANTOINE WATTEAU, La Leçon de Musique », à BOZAR en février 2013

Watteau afficheLe Palais des Beaux-Arts de Bruxelles présente à partir du 8 février 2013 une exposition consacrée  à Watteau et la musique, organisée en collaboration avec le Palais des Beaux-Arts de Lille et avec le concours de la Bibliothèque nationale de France. Centrée sur les scènes musicales fréquemment représentées par Watteau, l’exposition sera accompagnée d’un cycle de concerts avec notamment l’ensemble Les Arts Florissants dont le fondateur et directeur William Christie est également le commissaire général de l’exposition. Antoine Watteau, La Leçon de Musique,  première exposition en belgique dédiée au peintre français du début du XVIIIe siècle, se tiendra jusqu’au 12 mai 2013.

Une fois n’est pas coutume : on évoque ici une exposition avant de l’avoir vue.  Il faut dire que l’avant-goût qui nous en été donné lors de la conférence de presse organisée le 7 décembre dernier dans le salon Tubeuf du site Richelieu de la BnF laisse augurer une belle et intéressante exposition…

Pierrot guitariste, François Boucher d'après Antoine Watteau © BnF

Pierrot guitariste, François Boucher d’après Antoine Watteau © BnF

Il y a bien sûr l’attrait pour l’oeuvre de Watteau, sa beauté et son mystère, avec la présence à Bozar d’une quinzaine de toiles et une trentaine de dessins, ainsi qu’une cinquantaine d’estampes de ses contemporains – puisque  quasiment tout l’oeuvre de l’artiste a été gravé assurant ainsi sa diffusion dans toute l’Europe et donnant à voir les tableaux disparus de l’artiste. Il y a le thème, permettant de resserrer l’oeuvre de l’auteur des « Fêtes galantes » autour de la musique, très présente par la représentation des musiciens et de leurs instruments. Et enfin, les options retenues pour l’organisation de l’exposition, laquelle est le fruit de la réunion d’un vaste ensemble de talents et de compétences, au travers de ses commissaires, conseiller artistique  et membres du Comité scientifique, dont quelques-uns étaient présents  le 7 décembre à Paris. (1)

A commencer par William Christie, le célèbre claveciniste et chef d’orchestre, fondateur et directeur musical des Arts Florissants. Pour le commissaire général de l’exposition, celle-ci a pour mission et but de « resituer une époque« . Une démarche apparemment élémentaire, mais nécessaire, car pendant toute une époque – au XIXe siècle et même au début du XXe – « on tendait à lier Mozart et Watteau« , au nom peut-être d’une d’une « certaine élégance », mais « à l’encontre d’une réalité historique« .

"Concert dans le salon ovale de Pierre Crozat",  Nicolas Lencret  ©Dallas, Museum of art-MichaelL;Rosenberg Foundatio

« Concert dans le salon ovale de Pierre Crozat », Nicolas Lencret ©Dallas, Museum of art-MichaelL;Rosenberg Foundatio

Cette réalité historique c’est celle que restitue Nicolas Lencret (1690-1743) dans son tableau Concert dans le salon ovale de Pierre Crozat. Ce financier et mécène – notamment de Watteau à partir des années 1710 – organise dans son hôtel particulier du quartier Richelieu des concerts  où se mêlent musiques italienne et française, dont le compositeur et claveciniste Couperin (1668-1733) est alors le célèbre interprète. (2) C’est aussi chez Crozat, au contact de sa riche collection d’oeuvres des maîtres flamands et vénitiens dont il admire le souci pour la couleur, le mouvement, la sensualité, que Watteau affine son style. Son apprentissage auprès de  Claude Gillot l’avait déjà mis en contact avec la peinture italienne et la Commedia dell’Arte.

Antoine Watteau, "Etude de flûtiste" © The Fittzwiliam Museum, Cambridge

Antoine Watteau, « Etude de flûtiste » © The Fittzwiliam Museum, Cambridge

Mais  « comment mettre en lien la peinture de Watteau et la musique qu’il entendait?… « Comment interroger la musicalité du tableau au-delà de la représentation du musicien? » À la question posée par Florence  Raymond, attachée de conservation au Palais des Beaux-Arts de Lille et commissaire scientifique de l’exposition, répond Florence Gétreau, conservateur en chef du patrimoine, Directrice de l’Institut de Recherche sur le Patrimoine musical en France (CNRS-BnF) et également  membre du comité scientifique de l’exposition : « ce qui st le plus important chez Watteau, c’est le geste, la ligne, et non les instruments. Ce qu’il a vu, c’est le corps, les mains, le visage des musiciens, un visage que la concentration ne rend pas toujours gracieux« . L ‘artiste entretenait des liens privilégiés avec les musiciens professionnels, comme Jean-Fery Rebel, et avait des amis qui la pratiquaient en amateurs. Cette familiarité avec les musiciens lui a permis de croquer leurs gestes et expressions avec exactitude.

Antoine Watteau, "La Déclaration attendue" © Musées d'Angers, Pierre David

Antoine Watteau, « La Déclaration attendue » © Musées d’Angers, Pierre David

La musique sera également matérialisée dans l’exposition par des documents d’archives, des partitions et des instruments. Ces derniers ne seront pas présentés en regard des oeuvres, mais dans une section à part, histoire de « laisser rêver le visiteur » devant les oeuvres de Watteau, avant de le confronter à la réalité des objets représentés.… Il s’agit exclusivement d’ instruments d’époque, avec notamment un ensemble de la dynastie des Hotteterre, des musiciens et facteurs ayant oeuvré au service de la cour et des grandes demeures parisiennes. Un « immense regret, » toutefois, qu’énonce Florence Gétreau, «  celui de ne pas avoir pu présenter de clavecin correspondant aux tableaux« . Il y a l’exposition rêvée et l’exposition réelle…

Il y a aussi la réalité et l’apparence et le mystère qu’entretient le doute est aussi ce qui habite Les « fêtes galantes » dont Watteau a inventé le langage. Car qu’est-ce qu’une fête galante, sinon « une scène de conversation, éventuellement galante, dont le sens ne se dévoile pas forcément« , indique Florence Raymond.  Pour Alain Tapié, conservateur en chef du patrimoine, ancien directeur du Palais des Beaux-Arts de Lille, « la Fête galante s’oppose à la pastorale rustique, mais Watteau les mélange. Il y a relation amoureuse, sans affect visible, c’est intériorisé« . Quant aux personnages « italiens » représentés, le sont-ils vraiment ou sont-ils costumés? « on se costumait beaucoup, ajoute Florence Getreau.  On ne saura jamais qui il y a derrière« …

Antoine Watteau,"La Partie Quarrée" © The Fine Arts Museums of San Francisco, Mildred Anna Williams Coll.

Antoine Watteau, »La Partie Quarrée » © The Fine Arts Museums of San Francisco, Mildred Anna Williams Coll.

Ajoutons que cette l’exposition Watteau « s’inscrit dans une volonté de vocation européenne du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles –  institution fédérale – dans le cadre d’une réflexion sur un projet européen« , comme a tenu à  le souligner Adinda van Geystelen, responsable de ce programme à Bozar. Dans ce contexte de nouvelle dynamique de coopération culturelle,  une initiative conjointe de Lille et de la région Bruxelles-Capitale, Brussels Lille Artlinevise à faciliter la circulation des visiteurs entre les différentes manifestations, par le biais d’offres promotionnelles sur les billets d’entrée et de TGV.

William Christie © DR

William Christie © DR

(1) En France, une grande exposition Watteau avait fait escale  au Grand-Palais à Paris, d’octobre 1984 a janvier 1985, après avoir été présentée à la National Gallery of Art à Washington de juin à septembre 1984 et avant de l’être au Château de Charlottenbourg à Berlin de février à mai 1985.

(2) « Couperin, le plus poète de nos clavecinistes, dont la tendre mélancolie semble l’adorable écho venu du fond mystérieux des paysages où s’attristent les personnages de Watteau » (Debussy) Cité par Olivier Baumont, auteur de Couperin le musicien des rois (Gallimard/Découvertes)

À l’occasion de l’exposition, Harmonia Mundi, en co-production avec Bozar, fera paraître en février 2013 un livre-disque La Musique de Watteau, comprenant deux CD.

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