Taylor et Nodier, voyages romantiques et pittoresques à Paris 9ème …

FABRIQUE ROMANTISME… avec deux expositions: Le Baron Taylor à l’avant garde du romantisme à la Fondation Taylor et La Fabrique du romantisme, Charles Nodier et les Voyages pittoresques au musée de la Vie romantique. Organisées en lien les deux manifestations sont l’occasion de découvrir les multiples facettes de Taylor, maître d’oeuvre dès 1820 avec Nodier  des « Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France« . Outre ce  monument éditorial que l’on peut parcourir à travers une centaine d’oeuvres, le musée de la rue Chaptal évoque le rôle de Charles Nodier dans le renouveau littéraire et artistique des années 1820-1830, au sein de son Salon de  l’Arsenal.
À voir jusqu’au 17 janvier 2015.

Installée au N° 1 de la rue La Bruyère, la Fondation Taylor célèbre les 170 ans de sa création avec un hommage à son fondateur, le baron Isidore-Séverin-Justin Taylor. L’auteure de ces lignes ne feindra pas avoir connu l’une et l’autre avant ce jour d’octobre où elle s’est rendue à l’inauguration de l’exposition Le Baron Taylor à l’avant garde du romantisme. Double découverte donc que ce personnage aux multiples facettes et talents et ce lieu.

Jean Alaux, Portrait de Taylor, Coll Mutuelle nationale des artistes/ Photo db

Jean Alaux, Portrait de Taylor, Coll Mutuelle nationale des artistes/ Photo db

Taylor, né en 1789 à Bruxelles et mort à Paris quatre-vingt dix ans plus tard, formé très tôt à l’art – notamment dans l’atelier de Degotti, le célèbre peintre-décorateur de l’Opéra –  sera tout au long de sa vie un défenseur de la création et de l’expression artistique, au travers de ses multiples activités et fonctions. Cet homme de lettres est aussi un passionné de théâtre : administrateur de la Comédie-Française, il en ouvre le répertoire à Dumas, Hugo et Vigny;  inspecteur des Beaux-Arts, il constitue pour Louis-Philippe la célèbre Galerie espagnole, ouverte en 1838, qui encouragea nombre d’artistes, de Courbet à Manet, dans la voie du réalisme;  diplomate, il obtient de Méhémet-Ali l’obélisque de Louxor.

Mais également pragmatique et philanthrope, Taylor crée à partir de 1840 plusieurs associations, dont en 1844 celle qui réunit peintres, sculpteurs architectes, graveurs et dessinateurs, dans le but de « développer la connaissance des arts, grâce à l’entraide des artistes eux-mêmes et à la générosité de ceux qui les soutiennent« .  (1). La fondation Taylor est née qui, reconnue d’utilité publique en 1881, continue aujourd’hui à apporter son soutien à la création artistique contemporaine, notamment par le biais de prix et d’expositions.

Adrien Dauzats, Nef de l église du monastère de Belem à Lisbonne, vers 1838 © Musée des Beaux-Arts de Dole, cl. Henri Bertand

Adrien Dauzats, Nef de l’église, monastère de Belem à Lisbonne, 1838 ©MBA de Dole/photo db

Tous ces aspects de la vie de Taylor sont retracés au travers de plus d’une centaine d’œuvres (peintures, aquarelles, dessins, estampes, maquettes, manuscrits)  d’artistes et amis. On croise les noms de Daguerre ou de Fragonard, parmi les plus connus.  Il faut citer aussi le peintre et lithographe Adrien Dauzats (1804-1868), qui deviendra le plus proche collaborateur de Taylor. Il l’accompagne notamment lors de sa mission officielle en Egypte en 1830 et l’on peut admirer quelques-unes de ses lithographies.

La lithographie, alors une technique d’avant-garde, est au coeur des  Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, cette entreprise d’exploration et de sauvegarde du patrimoine et aventure éditoriale (23 volumes) que Taylor conçoit dès 1818 en association avec Charles Nodier et Alphonse de Cailleux. Plus de trois mille dessins et lithographies signés d’artistes comme Géricault, Ingres, Isabey, Horace Vernet, Bonnington. Apparait aussi le nom de Viollet-le-Duc, dont on connait le rôle – parfois controversé – dans la restauration du patrimoine architectural. (3)

Fragonard, Ruines de l'église de St-Pierre de Jumièges ("Voyages pittoresques", Normandie 1) / Photo db

Fragonard, Ruines de l’église de St-Pierre de Jumièges (« Voyages pittoresques », Normandie 1) / Photo db

Ces Voyages ont joué un rôle déterminant dans « la prise de conscience que les monuments appartient bien à l’Histoire et doivent comme tels être transmis de génération en génération« , souligne Bruno Foucart, directeur scientifique de l’exposition. Pour lui, « les lithographies des Voyages sont romantiques par l’émotion qui semble étreindre les visiteurs figurés au sein des bâtiments, sont pittoresques par l’ampleur des mises en page, la dramatisation des noirs et des blancs« .

Charles Nodier (1780-1844), après avoir collaboré activement à la rédaction des premiers volumes (Normandie et France-Comté), se retire du projet. Nommé le 3 janvier 1824 bibliothécaire du comte d’Artois (futur Charles X) à l’Arsenal, boulevard Morland, il y anime un salon qui pendant une dizaine d’années sera « le passage obligé de tout jeune littérateur qui pouvait dans le même lieu croiser Hugo, Lamartine, Dumas, Balzac ou Gautier », indique Jérôme Farigoule, directeur du musée de la Vie romantique.

Tony Johanot, "Soirée d'artiste chez Charles Nodier" © Bnf

Tony Johanot, « Soirée d’artiste chez Charles Nodier » © Bnf

La première partie de l’exposition est consacrée à ce salon rapidement devenu « l’épicentre intellectuel du Paris de la décennie 1825-1835 » ou s’exerce sous la figure tutélaire de Nodier « une convivialité sans sectarisme« . Haut lieu de « fraternisation » entre la littérature et la peinture, il se caractérise aussi par la place donnée aux figures féminines, dont Marie Nodier, la fille de l’écrivain, qui deviendra en quelque sorte la « muse » des soirées de l’Arsenal.

Charles A. Cambon, maquettte de décor pour "Don Carlos" (Verdi) © db

Charles A. Cambon, maquettte de décor pour « Don Carlos » (Verdi) © db

Dans la deuxième partie, dédiée à la « fabrique » des Voyages pittoresques, on peut mesurer à la fois l’influence de l’art pictural de l’époque sur les Voyages, mais aussi la manière dont ceux-ci se démarquent du « pittoresque » alors en vogue en mettant au premier plan  non les paysages mais les monuments et leurs particularités architecturales.

La troisième partie – sans doute la plus intéressante – évoque « La fortune visuelle » des Voyages, c’est à dire leur postérité dans des domaines aussi différents que la peinture, les décors de théâtre ou encore les arts décoratifs. Car au-delà de la description imagée des régions de France, l’ouvrage propose un nouveau répertoire iconographique issu de « la richesse monumentale de la France et capable de rivaliser et supplanter les modèles antiques et italiens« . Nouvelle source d’inspiration pour les artistes, c’est aussi  l’apparition d’une conscience patrimoniale qui aboutira à la création des Monuments historiques en 1834, sous la houlette de Prosper Mérimée, habitué de la première heure du salon de l’Arsenal.

Richard Parkes Bonington (1802-1828), une tour à Vernon © db

Richard Parkes Bonington (1802-1828), une tour à Vernon © db

 

(1) Quatre autres associations sont créées : l’Association des artistes dramatiques (1840), des musiciens (1843), des artistes et inventeurs industriels (1849) et des membres de l’enseignement (1859).
(2) L’exposition est organisée avec le concours de la Comédie Française, du Musée Mentienne de Bry-sur-Marne, du Musée des Beaux-Arts de Dole, de la Bibliothèque de l’Opéra, du Musée des Beaux-Art de Bordeaux, du Musée Crozatier du Puy-en-Velay, du Musée des Beaux-Arts de Chambéry.
(3) À l’occasion du 200ème anniversaire de la naissance d’Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), la Cité de l’Architecture & du patrimoine organise, en partenariat avec le musée de la Vie romantique, une exposition, Viollet-le-Duc, les visions d’un architecte, du 20 novembre 2014 au 9 mars 2015.

Allée menant au musée de la Vie romantique © db

Allée menant au musée de la Vie romantique © db

Fondation Taylor
1 rue La Bruyère 75009 Paris
+33 1 48 74 85 24

À partir du 6 novembre 2014 et jusqu’au 17 janvier,  l’exposition sur le Baron Taylor s’enrichit d’une présentation des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France dans l’Atelier (aux 4ème et 5ème étage de la Fondation Taylor).

Musée de la Vie romantique 
16 Rue Chaptal  75009 Paris
+33 1 55 31 95 67

 

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