« Chocolate Factory » : C’est bientôt Noël et on fabrique du chocolat à La Monnaie de Paris

CHOCOLATE FACTORY

Démoulage des sujets de chocolats © db


La Monnaie de Paris « frappe la monnaie et les esprits » : ce nouveau slogan – pardon, devise –  résume à lui seul la mutation amorcée par la vénérable institution. Côté esprits l’objectif est atteint avec le choix de Paul McCarthy pour l’exposition inaugurale. En attendant que s’achèvent les « MétaLmorphoses » du lieu et que s’ouvrent au public les ateliers où ouvriers et graveurs fabriquent pièces et médailles, c’est du chocolat que fabrique et stocke La Monnaie avec la Chocolate Factory de l’artiste californien installée jusqu’au 4 janvier 2015 dans les salles restaurées donnant sur la Seine. Une ouverture à l’art contemporain qu’aura entouré un parfum de scandale et de violence. On lui préfère celui du chocolat… 

"Forêt" © db

« Forêt » © db

… dont les effluves accueillent le visiteur dès son arrivée en haut des marches de l’escalier d’honneur et vont l’accompagner tout au long du parcours de l’exposition de Paul McCarthy. Mais avant l’immersion olfactive et visuelle dans le chocolat, c’est d’abord l’ouïe du visiteur qui est sollicitée avec le bruit quasi assourdissant de la soufflerie qui alimente les grandes sculptures gonflables de l’artiste disposées en surplomb de l’escalier d’honneur. Parmi elles, une version réduite de Tree, dont l’installation  Place Vendôme dans le cadre de la FIAC, a valu à son auteur d’être injurié et molesté, puis de voir son oeuvre vandalisée et de décider finalement de ne pas l’ériger à nouveau.

Ces « objets, c’est aux visiteurs de leur donner un nom« , suggère Christophe Beaux, PDG de La Monnaie de Paris, qui ne sous- estime pas et assume le risque pris avec l’irruption au sein de son établissement de service public de l’univers trash de l’artiste né à Salt Lake City en 1945 et « adopté » par Los Angeles à l’aube des années 1970… (1) Qu’on y voit plug anal, arbre ou encore pièce de jeu d’échec,  ces sculptures sont emblématiques du caractère subversif et provocateur, au premier et au second degré, de tout l’oeuvre de McCarthy, auquel n’échappe pas la Chocolate Factory avec sa production de Trees et de pères Noël (Santa Claus) serrant sur leur flanc un « objet »…   Produites à raison de quelque 300 par jour, les figurines de chocolat viennent remplir progressivement les étagères métalliques installées dans les salons en enfilade construits à la fin du XVIIIe siècle par Jacques-Denis Antoine et devenus le temps d’une exposition entrepôts de la chocolaterie. La surproduction est assurée, d’autant que ces exemplaires là ne sont pas destinés à la consommation  –  même si certains visiteurs sont surpris à prélever discrètement sur les coulures un échantillon gustatif…(2)

MCCARTHY

Chocolate Factory, Paul McCarthy Monnaie de Paris ©Marc Domage Courtesy de l’artiste et Galerie Hauser & Wirth

Le coeur du dispositif, la Factory, est installé dans le salon Dupré,  « lieu de représentation du pouvoir royal » dont « la vocation première était celle d’une salle de réception« . Il y a (aura) des esprits chagrins pour s’offusquer de l’insertion de ce décor frustre – très cinématographique – de bois et de machines sous les lustres du salon fraichement rénové. Libres à eux. On peut aussi en apprécier le caractère inattendu et décalé et aller, surpris et curieux, à la découverte de cette vraie/fausse usine.

MCCARTHY

Chocolate Factory, Paul McCarthy Monnaie de Paris ©Marc Domage Courtesy de l’artiste et Galerie Hauser & Wirth

On n’y pénètre pas, mais des ouvertures dans les parois permettent de suivre toutes les étapes de la fabrication des sujets en chocolat, du remplissage des moules au démoulage, lequel s’effectue sur un plan de travail à l’extérieur de la structure. C’est l’occasion de voir de plus près les « performeurs chocolatiers » à l’oeuvre dans la Factory. Rouge est leur tenue de travail, évoquant à la fois celle du Père Noêl et des employés de McDo, et blonde la perruque qui les coiffe tous, fille ou garçon. Leurs gestes sont précis et le tout parfaitement réglé comme un ballet incessant. Très chorégraphique aussi est la machine servant à répartir le chocolat et amorcer son refroidissement, avec le mouvement des moules qui gravitent comme autant d’ailes transparentes reflétant la lumière.

Le plaisir est à la fois visuel et ludique avec la marge qu’offre à l’imagination ce dispositif entre fiction et réalité, cette Factory qui « se présente comme absolument réaliste et absolument fantastique en même temps » (3).

MCCARTHY

Chocolate Factory, Paul McCarthy Monnaie de Paris ©Marc Domage Courtesy de l’artiste et Galerie Hauser & Wirth

Une tout autre atmosphère règne dans les salles suivantes, moins éclairées, où s’alignent sur les étagères les Santa et Tree et où s’entassent au sol des cartons. Une accumulation appelée à évoluer au fil d’une production dont le sens commence à échapper. Ici s’achève la poésie qu’avait pu suggérer le spectacle de l’activité manufacturière dans le salon Dupré.  D’autant que sur les murs est projetée en boucle une vidéo où l’on voit la main de McCarthy écrire d’un trait rageur les insultes, traduites en anglais, adressés par son agresseur de la Place Vendôme – Are you the artist? « Fuck you » « Stupid  American« , etc… – tandis que résonne sa voix, flux de mots éructés, une logorrhée ininterrompue dont on ne saisit pas tout, heureusement sans doute… Devenues graffitis les insultes s’affichent en version papier scotchée sur les murs au fil des salles. Elles se projettent aussi sur un Santa géant (3 mètres de hauteur), suspendu horizontalement. Une façon de « tourner la page, après un événement traumatique », commente Christophe Beaux, qui devra excuser l’absence de l’artiste bientôt septuagénaire -« épuisé« – lors de la présentation à la presse de Chocolate Factory. 

CHOCOLATE FACTORY

Le choix de Paul McCarthy pour cette exposition inaugurale, répond à la décision d’ouvrir résolument La Monnaie de Paris à l’art contemporain, à raison de quatre expositions par an, prévoit Chiara Parisi, directrice de la programmation culturelle. Seront accueillis  « des artistes d’horizons différents, de notoriété internationale forte, invités à produire des projets spécifiques en résonance avec le site« . C’est ainsi que « L’usine dans l’usine » proposée par l’artiste californien est apparue « pertinente« , tandis que  « la réflexion sur la société de (sur) consommation et l’argent » au travers de son oeuvre, offrait « un miroir sémantique avec les fabricants de l’euro« , explique Christophe Beaux.

Si McCarthy a frappé les esprits avec sa Chocolate Factory, il a aussi rempli son cahier des charges côté monnaie en signant une médaille réalisée en collaboration avec les Ateliers de la Monnaie de Paris. En bronze florentin, elle réunit Tree et Santa… Pile ou face?

On regrette qu’il n’y ait pas une version en chocolat…

"Tree" e t"Santa" en vente à la boutique © db

« Tree » e t »Santa » en vente à la boutique © db

 

(1) Laissons à Paul  McCarthy le soin de nous conter sa naissance : « Le 4 août 1945,  jour d’infamies sans fin, je suis né par le siège, les genoux repliés, la position du skieur alpin, prêt à en découdre. Mon père était boucher. Mes parents vivaient dans l’Utah et ils étaient mormons libéraux. »
(2) Les Santa et Tree vendus à l’entrée de l’exposition et à la boutique ont été fabriqués ailleurs dans des conditions respectant les normes d’hygiène, avec du chocolat carupano (Vénézuela) 70%,  choisi par le chef étoilé Guy Savoy. Lequel sera doublement présent à La Monnaie de Paris avec le transfert en 2015 dans les salons côté Seine de son restaurant gastronomique de la rue Troyon et avec l’ouverture  d’une brasserie, le « MétaLcafé », dans une des cours piétonnes, lorsque les travaux seront achevés.

(3) Umberto Eco, à propos de Disneyland, in La Guerre du faux, Livre de Poche Biblio.

Entrée du Salon Dupré et de "Chocolate Factory" © db

Entrée du Salon Dupré et de « Chocolate Factory » © db

Paul McCarthy s’est beaucoup intéressé aux personnages créés par Walt Disney et à l’univers de Disneyland : « Disneyland m’intéresse à plein de niveaux. D’abord parce que c’est un monde artificiel en vase clos, un monde faussement parfait et fermé. Les gens partent en vacances à Disneyland, comme s’ils allaient dans un autre pays, et même comme s’ils quittaient la Terre et partaient vers une autre réalité. Une réalité habitée par des extra-terrestres qui sont Donald et Mickey. Ce côté paradis artificiel m’a toujours intéressé« .

La Monnaie de Paris
11 Quai de Conti
75006 Paris
+33 1 40 46 56 66

 

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