« Mongkut » : Arin Rungjang expose à la Maison d’Art Bernard Anthonioz

"Mongkut", Arin Rungjang,  2015 /Courtesy de l’artiste © Arin Rungjang

« Mongkut », Arin Rungjang, 2015 /Courtesy de l’artiste © Arin Rungjang

 

C’est à un voyage symbolique dans le temps et l’espace que nous convie cette exposition de Arin Rungjang. L’artiste thaïlandais revisite un chapitre des relations entre son pays, alors le Siam, et la France dans la seconde moitié du XIXe siècle par le biais d’un épisode peu connu, sinon des historiens spécialisés. Mongkut (« couronne » en langue thaï) est aussi le nom sous lequel est connu en Occident le roi de Siam Rama IV, lequel offrit  à Napoléon III une copie de sa propre couronne royale… Arin Rungjang a fait de cet objet symbolique le centre de l’exposition – installation vidéo et sculpture – qu’il présente jusqu’au 17 mai 2015 à la Maison d’Art Bernard Anthonioz à Nogent-sur-Marne, dans le cadre de la programmation Satellite du Jeu de Paume.

Avec Arin Rungjang (Thaïlande), trois autres artistes – Vandy Rattana (Cambodge), Khvay Samnang (Cambodge) et Nguyen Trinh Thi (Vietnam) – participent à cette huitième édition de la programmation Satellite du Jeu de Paume dédiée à la scène artistique du sud-est asiatique. Réunis sous le slogan « Rallier le flot« , expression empruntée à un proverbe khmer traditionnel, ces artistes ont en commun de recourir «  à l’image en mouvement, l’inscrivant dans et contre un héritage complexe d’occupation culturelle et historique ainsi que de censure« , indique Erin Gleeson, commissaire de l’exposition.

Arin Rungjang dans les ruines d' Ayutthaya. Image courtesy of the artist.

Arin Rungjang dans les ruines d’ Ayutthaya. Image courtesy of the artist.

Arin Rungjang, né en 1975 à Bangkok, « s’est fait connaître par ses relectures historiques virtuoses qui recoupent la petite et la grande histoire, la multiplicité des époques, des lieux et des langues« . C’est ainsi que, représentant la Thaïlande lors de la 55ème Biennale de Venise en 2013, « son travail intitulé Golden Teardrop explorait les adaptations transnationales d’un dessert thaïlandais réputé, mettant au jour des récits singuliers et des simultanéités inédites venant contredire l’idéologie officielle« , rappelle Erin Gleeson.

Cette fois, l’artiste s’est emparé de la couronne royale pour rouvrir le chapitre de la relative souveraineté dont avait pu jouir le Siam dans cette période d’expansion coloniale qu’était le milieu du XIXe siècle. Et questionner l’époque actuelle où, pour Arin Rungjang « nous sommes face à l’incertitude de notre existence« .

"Mongkut", 2015  Courtesy de l’artiste © Arin Rungjang / Photo DB

« Mongkut », 2015 Courtesy de l’artiste © Arin Rungjang / Photo DB

Pas n’importe quelle couronne : celle qu’une ambassade siamoise remet à l’empereur Napoléon III, le 27 juin 1861, au château de Fontainebleau. Il s’agit de l’une des deux répliques que le roi Rama IV a fait réaliser de sa  propre couronne royale, pour les offrir aux souverains de Grande-Bretagne et de France. (1)

Une première vidéo s’attache à retracer l’événement et son contexte, entre documents filmés, navigation sur internet avec commentaires en voix off et déambulation dans le musée du château où l’unique visiteur est un jeune homme dont on accompagne les déplacements, jusqu’à la vitrine ou est exposée la réplique de la couronne qu’il scanne avec un appareil 3D portatif. (2)

"Mongkut", Arin Rungjang 2015 / Courtesy de l’artiste © Arin Rungjang

« Mongkut », Arin Rungjang
2015 / Courtesy de l’artiste © Arin Rungjang

 

Des données numériques que n’exploitera pas vraiment Woralak Sooksawasdi na Ayutthayala, »l’arrière-arrière-arrière-petite fille du roi Mongkut, maître artisan d’art et créatrice de couronnes de théâtre » que la seconde vidéo montre en train de réaliser « la réplique de 2015 de la réplique de 1861 de l’original de la couronne royale de Siam de la dynastie Chakri créée en 1782 » …

"Mongkut" / Courtesy de l’artiste © Arin Rungjang / Photo DB

« Mongkut », copie 2015/ Courtesy de l’artiste © Arin Rungjang / Photo db

Télescopage des lieux, des époques et des techniques, qui rend presque irréelle la présence dans la dernière salle de l’exposition de la couronne achevée. « Observée à la lumière du présent (…) l’ultime version de la couronne devient, selon Rungjang, un miroir bipolaire », explique Erin Gleeson. Bien que le fruit d’un réel savoir-faire artisanal traditionnel, l’objet a quelque chose d’illusoire. Comme le dernier éclat d’un monde en voie d’extinction. D’autant que, signe des temps parmi d’autres, Woralak, nommée pour enseigner les arts royaux au Centre royal des arts et métiers populaires de Bang Sai, situé au nord de Bangkok, n’a pour l’instant, parait-il, aucun élève inscrit dans sa classe…

Si, comme le souligne la commissaire, « la complexité du continuum représenté par Mongkut perturbe la chronologie linéaire à laquelle nous sommes généralement habitués », c’est avec plaisir et intérêt qu’on s’y plonge.

On ajoutera le charme du lieu,  la Maison d’Art Bernard Anthonioz à Nogent-sur-Marne. Ce centre d’art contemporain, créé en 2006 à l’initiative de la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques (FNAGP), est installé dans une demeure du 17e siècle léguée à l’Etat en 1943, au sein d’un  ensemble géré par la Fondation, regroupant la Maison Nationale des Artistes (maison de retraite pour artistes âgés) et des ateliers d’artistes.  Destinée à promouvoir et diffuser la création contemporaine, à encourager l’émergence de projets expérimentaux, la Maison d’Art Bernard Anthonioz organise cinq expositions par an, monographiques ou collectives, dans lesquelles elle produit et présente le travail d’artistes de toutes nationalités.

L’exposition Mongkut sera ensuite accueillie au CAPC, musée d’Art contemporain de Bordeaux, du 29 mai au 6 juillet 2015.

MONGKUT

 

(1) Monarchie constitutionnelle depuis 1932, la Thaïlande a pour roi actuel Rama IX qui  a accédé au trône en 1946 …
(2) Ou plutôt « était exposée » : la couronne fait partie des quinze oeuvres dérobées  le 1er mars 2015 dans le Musée chinois de l’impératrice au château de Fontainebleau.

Pour en savoir plus sur la programmation Satelllite du Jeu de Paume, cliquer ici.

 

La Maison d'Art Bernard Anthonioz © db

La Maison d’Art Bernard Anthonioz © db

Maison d’Art Bernard Anthonioz
16 rue Charles VII
94130 Nogent-sur-Marne

Accès :
RER A : arrêt Nogent-sur-Marne puis bus 114 ou 210, arrêt Sous-préfecture.
RER E : arrêt Nogent-Le Perreux puis direction Tribunal d’instance
Métro ligne 1 : Château de Vincennes puis bus 114 ou 210, arrêt Sous-préfecture

Horaires d’ouverture :
les jours de semaine de 13h à 18h, les samedis et dimanches de 12h à 18h.
Fermeture les mardis et jours fériés.

 

 

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2 commentaires pour « Mongkut » : Arin Rungjang expose à la Maison d’Art Bernard Anthonioz

  1. Sandrine dit :

    J’ai aussi eu la chance d’aller voir cette exposition, qui soulève tout un tas de questions passionnantes sur la valeur et le statut d’une oeuvre d’art.

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  2. félicitations bienfaisant article passionné mais génial !. J’ai largement aimé et aussi n’hésiterai jamais à le partager , c’est pas mal du tout!

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