Les gravures de Christiane Baumgartner à l’Académie des Beaux-Arts

"Wald bei Colditz 6", 2014 / Courtesy Christiane Baumgartner and Alan Cristea Gallery, London Christiane Baumgartner © VG Bild‐Kunst Bonn e.V. 2015

« Wald bei Colditz 6 », 2014 / Courtesy Christiane Baumgartner and Alan Cristea Gallery, London Christiane Baumgartner © VG Bild‐Kunst Bonn e.V. 2015

Lauréate de la deuxième édition du Prix de Gravure Mario Avati-Académie des Beaux-Arts, destiné à encourager la gravure contemporaine, Christiane Baumgartner, née à Leipzig en 1967, expose pour la première fois à Paris. La quinzaine d’oeuvres réalisées depuis le début des années 2000 et réunies  à  l’Institut de France permet de découvrir le travail original de l’artiste allemande qui associe la photographie et la vidéo à la gravure traditionnelle sur bois, souvent sur des grands formats. S’y ajoutent, depuis quelques années, le dessin, l’aquatinte, la photogravure et la sérigraphie. À voir jusqu’au 12 avril 2015.

Mario Avatti, "Six zèbres courant", 1957 / "La nuit du citron musqué", 1992 © Académie des Beaux-Arts

Mario Avatti, « Six zèbres courant », 1957 / « La nuit du citron musqué », 1992 © Académie des Beaux-Arts

Cette exposition est aussi l’occasion de découvrir des oeuvres du graveur Mario Avati (1921-2009) auquel rend hommage ce prix, créé sous l’égide de l’Académie des Beaux-Arts, grâce à la donation d’Helen et Mario Avati, et qui « récompense un artiste confirmé, de toute nationalité, pour son œuvre gravé, qui utilise les techniques de l’estampe (taille douce, gravure sur bois, lithographie, sérigraphie et monotype) ». (1)

La première salle rassemble en effet une dizaine d’oeuvres gravées de l’artiste;  des animaux – notamment les Six zèbres courant, 1957 – et natures mortes, réalisées d’abord presque exclusivement en « manière noire », puis en couleur à partir de la toute fin des années 1960. Des oeuvres qui donnent à voir la virtuosité de Mario Avati, ainsi que son humour – à commencer par les titres, comme La nuit du citron musqué (1992)…

Tout autre est l’univers de Christiane Baumgartner auquel on accède – on embarque, devrait-on dire – avec Transall : un très grand format (1 mètre 50 de haut sur 4 mètres 30 de long) où plusieurs de ces avions militaires sont alignés sur la piste, semblant prêts à décoller. De loin – la gravure est visible depuis l’entrée de l’exposition – la lecture en est claire. En s’approchant l’image se trouble, jusqu’à devenir, vue de près, un ensemble abstrait de lignes horizontales. Celles-ci sont taillées dans le bois « à la main avec un couteau aiguisé« , indique l’artiste, précisant l’importance que revêt  « l’élément d’inexactitude ou d’erreur pouvant intervenir dans ce processus« . Lequel demande du temps – plus d’un an pour certaines gravures – et s’applique souvent à la représentation d’objets liés à l’idée de vitesse.

Christiane Baumgartner, "Transall",

Christiane Baumgartner, « Transall », 2002-2004

Ce paradoxe, au coeur de la création de Christiane Baumgartner, est aussi celui de l’image vidéo. Après avoir travaillé la vidéo à Londres, au Royal Collège of Art à la fin des années 1990, de retour à Leipzig en 2000, elle se penche sur l’image fixe : « une seconde de vidéo est composée de 25 images simples, explique-t-elle. Vous les apercevez mais vous ne pouvez pas les concevoir individuellement. Traduire le cadre de la vidéo dans une gravure sur bois fait du travail un instrument puissant exigeant une réponse émotionnelle, visuelle et physique. »

 "Brugge I", 2005 / Courtesy Christiane Baumgartner & Alan Cristea Gallery © VG Bild-Kunst Bonn

« Brugge I », 2005 / Courtesy Christiane Baumgartner & Alan Cristea Gallery © VG Bild-Kunst Bonn

C’est cette « captation de l’image moderne transcrite dans la gravure sur bois, ancienne et manuelle » qui a séduit le jury du Prix Mario Avati. Le résultat est à la fois étonnant et troublant, que le sujet soit la ville – lieu du mouvement et de la vitesse – ou la nature, comme la série de six xylogravures des paysages de forêt près de Colditz (Wald bei Colditz, 2004), réalisées à partir de photographies prises par l’artiste.

"Medway9", 2013 / Courtesy Christiane Baumgartner and Alan Cristea Gallery, London Christiane Baumgartner © VG Bild‐Kunst Bonn e.V. 2015

« Medway9 », 2013 / Courtesy Christiane Baumgartner and Alan Cristea Gallery, London Christiane Baumgartner © VG Bild‐Kunst Bonn e.V. 2015

D’autres photographies prises le long de la rivière Medway sont devenues le matériel « source » pour une série de neuf photogravures où Christiane Baumgartner a joué de la large gamme de tonalités de gris que permet cette technique d’eau-forte, pour un rendu étonnant entre positif et négatif photographique, d’où surgit, très fort, le sentiment de passage, voire de ravage, du temps…

Quant au portfolio Final cut (2006), il mêle sérigraphies en couleurs et  xylogravures en noir et blanc, jouant sur le contraste entre une nature intacte et une nature apparemment dévastée (guerre, pollution?… ) On ne s’étonne pas que, répondant à la question sur les artistes qui l’ont influencée, Christiane Baumgartner évoque entre autres Anselm Kiefer.

Le Prix Mario Avati, avec l’organisation de cette première exposition personnelle à Paris, aura permis au public français de découvrir une artiste dont les oeuvres sont présentes dans les collections de musées et institutions au niveau international. (2)

Christiane Baumgartner, lors de l'inauguration de l'exposition à l'Institut de France,  mars 2015 © db

Christiane Baumgartner, lors de l’inauguration de l’exposition à l’Institut de France, mars 2015 © db

(1) Le Prix Mario Avati-Académie des Beaux-Arts (d’une valeur de 40 000 US$),a été attribué pour la première fois en 2013 à Jean-Baptiste Sécheret, dont on peut voir une exposition de « paysages peints et gravés » au musée Goya de Castres, du 20 mars au 14 juin 2015. Une exposition organisée en partenariat avec le Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de l’Isle-Adam où elle a d’abord été présentée. Lire l’article ici
(2) Notammment dans les collections du musée Albertina à Vienne, du musée Städel à Francfort, du British museum et Victoria & Albert museum à Londres, de la Kadist Art Foundation et de la BnF à Paris, du musée des beaux-arts de la ville de Zurich, du musée des arts visuels de Leipzig, du MoMa de New-York, du LACMA à Los Angeles, du musée d’Art Spendhaus à Reutlingen, du Fonds artistique de Dresde, du musée Stedelijk à Amsterdam.
Par ailleurs, un catalogue raisonné des oeuvres de Christiane Baumgartner vient d’être publié en français et en allemand, à l’occasion d’une exposition au Musée d’Art et d’Histoire de Genève, du 20 mars au 28 juin 2015, organisée dans le cadre d’une rétrospective itinérante intitulée  White Noise, fruit d’une collaboration entre le Centre de la Gravure et de l’Image imprimée de la Louvière, le Musée Kunstpalast de Dusseldorf, et du Musée d’art et d’histoire de Genève. PRIX AVATI

 

Palais de l’Institut de France
Salle Comtesse de Caen
27 quai de Conti
75006 Paris

Exposition ouverte du mardi au dimanche de 11h à 18h (Entrée libre)

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