« MICROSCOPIE DU BANC »: le banc dans tous ses états au centre d’art de l’Onde

Alexandra Sá, "Baaaannnncccc", 2013 © db

Alexandra Sá, « Baaaannnncccc », 2013 © db


Quoi de plus banal qu’un banc public ? Et pourtant cette invitation  à interrompre sa marche et s’asseoir revêt une grande diversité de formes et d’usages. Objet social offert à tous, le banc peut être  instant de partage ou de solitude, d’échange ou d’introspection. Proposition faite au corps et à l’esprit, il modifie à la fois la posture et le point de vue. C’est la multiplicité de ses  représentations et fonctions qu’explore l’exposition Microscopie du banc, avec les oeuvres d’une douzaine d’artistes, en partie produites pour l’occasion et présentées dans le centre d’art L’Onde de Vélizy-Villacoublay et dans les rues avoisinantes. À voir jusqu’au 25 juin.

En fait c’est bien à un renversement que nous convient les photographies, vidéos, sculptures, installations de Microscopie du banc puisque de lieu d’observation le banc devient objet de notre attention et de notre regard. « L’enjeu étant de créer, non par démonstration mais par suggestion, les conditions d’avènement d’une nouvelle cartographie de l’existence« , expliquent les commissaires de l’exposition, Sophier Auger-Grappin et Aline Gheyssens. (1)

"Microscopie du banc" © db

« Microscopie du banc » © db

 

Enjeu ambitieux qui nous aura semblé davantage réalisé par les réalisations extra-muros, même si dès l’entrée, dans la « Rue traversante »de l’Onde, le visiteur est confronté à une profusion d’images sur les murs où le banc est décliné dans tous ses états et sous diverses latitudes, banal ou étrange … Ces photographies résultent d’un appel à contribution visant à récolter auprès d’artistes plus ou moins familiers du lieu un diptyque photographique figurant un banc qu’ils définiraient comme le leur, celui où ils aiment faire halte, et le point de vue contemplé depuis ce banc.

L’objet lui-même est présent, avec les deux interprétations qu’en donnent Mathieu Mercier et Benjamin Foersdter & Andreas Krauth du collectif raumlaborberlin (2). C’est d’ailleurs à ces derniers qu’a été confiée la scénographie de l’exposition, dans et hors les murs.

"Microscopie du banc", -Vue d'exposition (Galerie), avec une photographie de Mathieu Mercier © Aurélie Cenno

« Microscopie du banc », Vue d’exposition (Galerie),  © Aurélie Cenno

Une scénographie qui imprime sa marque dans la Galerie où l’on pénètre ensuite. L’espace a été investi en son centre par une architecture résultant de l’empilement de bancs démontables au sein de laquelle le visiteur est invité à déambuler. Un empilement qui sert tantôt de cimaise à une documentation d’images et de vidéos ou d’étagère pour la présentation d’oeuvres ou d’installations,  tantôt d’assise au visiteur pour s’arrêter un instant devant les photographies accrochées aux murs de la salle.

documentation céline duval, " Points de vues", série, 2015 Courtesy Semiose galerie, Paris

documentation céline duval,  » Points de vues », série, 2015 Courtesy Semiose galerie, Paris

Comme les Points de vue de documentation céline duval (3): une série de photographies réalisées d’après des cartes postales prélevées dans la banque d’images de l’artiste et où la mise au point faite sur le banc au premier plan modifie, précisément, le point de vue… Ou Three Sheep  de Daniel Gustav Kramer, avec sa succession d’images faisant apparaître puis disparaître trois moutons sur le versant ensoleillé d’une montagne et suscitant une interrogation sur la durée réelle – sinon la réalité – de l’évènement … observé, sans doute, d’un banc?

Mais c’est View Point #3 de Jorge Santos qui aura retenu toute notre attention. L’installation-sculpture de l’artiste portugais se déploie avec une élégante discrétion – on aurait presque pu l’ignorer – sur tout un mur de la Galerie où une longue grille de jardin en stuc a été appliquée. Entre les barreaux de la grille, comme entre les blocs de ciment d’une bordure de trottoir, percent des formes végétales,   plantes minuscules. Mais ici tout a été uniformément recouvert d’une peinture gris-bleu, conférant à l’ensemble une dimension  mystérieuse et onirique, en un mot : poétique. Comme si, au delà du dedans et du dehors, la grille de Jorge Santos convoquait « une autre sorte de limite, celle qui sépare le visible de l’invisible« , souligne Aline Gheysens.

"View Point #3", Jorge Santos / Photos db

« View Point #3 », Jorge Santos / Photos db

L’exposition se poursuit avec un parcours en extérieur, où l’on découvre les bancs imaginés par Alexandra Sá et raumlaborberlin, une petite dizaine au total. Disséminés dans les allées du quartier du Mail, ils s’inscrivent dans le quotidien des habitants des immeubles qui peuvent y prendre place. Alexandra Sá joue sur la morphologie du banc. Soit pour augmenter la capacité d’accueil du banc standard en bois avec ses prototypes de strapontins métalliques (Extensions); soit pour prolonger l’assise d’un banc en  volutes de contreplaqué cintré, longues lianes souples se déployant au sol et enlaçant les arbres alentour (Baaaannnncccc); (4) soit pour combler l’espace entre deux murets, en prolongeant là aussi les lattes mais horizontalement, dans un semblant de symétrie; ou encore en installant les bancs en vis à vis…

"Microscopie du banc", Vue d'exposition Rue Traversante © Aurélie Cenno

« Microscopie du banc », Vue d’exposition Rue Traversante, au premier plan les bancs à roulette de Raumlaborberlin © Aurélie Cenno

Quant à raumlaborberlin, Leurs propositions sont marquées par un détournement humoristique du banc, qu’il soit monté sur roulettes, réalisé à partir d’un objet trouvé planté dans un bac à sable ou encore disposé dans un face à face entre un objet de bois brut et une façade de verre et d’acier, en l’occurrence celle de l’Onde…

Une suite et variation de cette exposition aura lieu à La Graineterie, centre d’art de la ville de Houilles, du 17 septembre au 5 novembre 2016.

Une visite commentée de l’exposition Microscopie du banc au centre d’art de l’Onde a lieu le Samedi 4 juin, à 14h, en compagnie de documentation céline duval, Anne Laure Sacriste, Aline Gheysens et Sophie Auger-Grappin. La rencontre se poursuivra par une collation au café de L’Onde et s’achèvera par la découverte du parcours extérieur de l’exposition.

Navettes gratuites au départ de Paris, place de la Concorde  (Réservations indispensables :06 19 77 32 89 ou microonde@londe.fr)

"Microscopie du banc", Jardins de Bomarzo (Italie), Bosco Sacro XVIe siècle / DR

« Microscopie du banc », Bomarzo, Bosco Sacro XVIe siècle / DR

(1) Sophie Auger-Grappin est responsable de Micro Onde, le centre d’art de l’Onde et Aline Gheysens, diplômée de l’Ecole de Recherche graphique de Bruxelles, effectue des recherches sur les pratiques et représentations mentales liées au paysage.
(2) « raumlaborberlin est un groupe d’architectes né à Berlin au milieu des années 1990, alors que la ville, en pleine mutation, offrait dans ses espaces vacants un terrain rêvé pour penser les fondements d’une manière de construire non seulement des bâtiments, mais aussi des liens entre les gens, entre les villes et leurs périphéries« . C’est la découverte du Canapé Saint-Nazaire (2011) qui est à l’origine de leur invitation à concevoir la scénographie de l’exposition Microscopie du banc.
(3) L’absence de majuscules aura sans doute surpris le lecteur : documentation céline duval est née en 1974. Diplômée de l’École des Beaux-arts de Nantes en 1998, elle adopte cette même année son nom d’artiste qui devient sa marque de fabrique et le nom de sa micro entreprise.
(4) Cela nous a fait penser aux bancs de l’artiste et designer Pablo Reinoso ou encore au Fallen Tree de Bernjamin Graindorge

L’Onde, Théâtre et Centre d’art
8bis avenue Louis Bréguet
78140 VÉLIZY-VILLACOUBLAY
01 78 74 38 76 / 06 19 77 32 89

Pour y venir :

"Microscopie du banc",-raumlaborberlin © Guillaume Vieira

« Microscopie du banc », raumlaborberlin © Guillaume Vieira

En transport en commun
- 30 min de la Station Saint-Michel en RER C ,
Arrêt Chaville-Vélizy puis 10 min, Bus 30, 32 ou 33
Direction Vélizy, Arrêt Robert Wagner
- 20 min de la gare Saint-Lazare (Arrêt Chaville-Rive droite) et Montparnasse (Arrêt Chaville-Rive gauche) puis 10 min, Bus 32 ou 33. Direction Vélizy, Arrêt Robert Wagner
- En Tramway : 35 min en T6 à partir de la station Châtillon-Montrouge, arrêt L’Onde- Maison des arts

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Un commentaire pour « MICROSCOPIE DU BANC »: le banc dans tous ses états au centre d’art de l’Onde

  1. Quelle superbe thématique! Merci pour cet article et cette profusion de photos, qui en elles-mêmes provoquent déjà une réflexion.

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