En attendant le printemps : « Eloge de la verdure du XVIe au XXIe siècle » à la Galerie des Gobelins

CUZIN GOBELINSC’est à un parcours dans cinq siècles de tapisserie sur le thème de la représentation du monde végétal, que nous convie cette exposition de la Galerie des Gobelins. Ni chronologie, ni didactisme, mais bien plutôt une invitation à la promenade où se se croisent et se répondent passé et présent par le biais des variations iconographiques et chromatiques, du foisonnement des motifs floraux de la fin du Moyen-Âge aux « pixels » de Christophe Cuzin pour représenter le jardin des Gobelins en 2012… Sans oublier « la forêt » de carton d’Eva Jospin à qui carte blanche à été donnée dans le cadre de l’exposition. À voir jusqu’au 19 janvier 2014…

Le Brun, Le Printemps, Tapisserie des Gobelins 1709 © Mobilier national/Isabelle Bideau

Le Brun, Le Printemps, Tapisserie des Gobelins 1709 © Mobilier national/Isabelle Bideau

Une promenade splendide où les saisons de Lurçat (1892-1966) répondent à celles de Le Brun (1619-1690), la Verdure à feuilles de choux tissée dans les Flandres au XVIe siècle dialogue avec les Mille fleurs sauvages de Dom Robert, tissée à Aubusson en 1961, ou la tapisserie d’Oppenheim (Beauvais, 2010) qui a nécessité six ans de travail pour un seul lissier.  Paradoxalement on tisse plus lentement aujourd’hui qu’hier où les lissiers se partageait la tâche en fonction de leur spécialisation : tel tissait les carnations, tel autre les tissus, etc.

Yves Oppenheim, tapisserie de Beauvais 2010 © db

Yves Oppenheim, tapisserie de Beauvais 2010 © db

Tandis que les verdures et paysages du XVIe au XVIIIe siècles trouvent un écho dans Les Nymphéas de Monet, ou les arbres de Prassinos (1916-1985), où derrière  l’impression de noir et blanc se cachent en fait huit couleurs différentes.

Quelque 20 000 couleurs sont actuellement référencées aux Gobelins, un nuancier susceptible de s’accroître à l’infini au gré des demandes des artistes…

Des couleurs obtenues avec des teintures synthétiques,  les naturelles exigeant un « mordant » agressif qui fragilise les fibres qui elles sont naturelles, essentiellement de la laine et de la soie.

Mario Prassinos, Parc ou verdure contemporaine, tapisserie de Beauvais 1985 © Ph. Sebert

Mario Prassinos, Parc ou verdure contemporaine, tapisserie de Beauvais 1985 © Ph. Sebert

On n’oubliera pas de franchir la porte du Salon carré au 1er étage de la Galerie des Gobelins, où l’impressionnante Forêt de carton d’Eva Jospin attend le visiteur. Cette oeuvre grand format (7,6  mètres sur plus de 4 mètres de haut), a été réalisée spécialement dans le cadre de la « Carte blanche » donnée depuis 2012  à un artiste contemporain parallèlement aux expositions thématiques de tapisseries et autres pièces du Mobilier national présentées aux Gobelins. Comme le rappelle  Marc Bayard, à qui a été  confiée la direction artistique de la Carte blanche, le principe de celle-ci répond au « souhait d’être à la fois en résonance et différence avec ce qu’on peut voir dans la Galerie« .

Éva Jospin, "Forêt", 2013 © db

Éva Jospin, « Forêt », 2013 © db

L’oeuvre d’Eva Jospin assume parfaitement cette ambivalence; sa Forêt de carton découpé et collé, au-delà de la différence des matériau et technique utilisés, est en résonance avec ce parcours dans la représentation du monde végétal tissée au fil des siècles dans les manufactures. Pour l’artiste, il y a  aussi une résonance plus profonde : « Cette invitation aux Gobelins me touchait beaucoup, parce que j’ai souvent sollicité la tapisserie quand on me demandait des références. Il y a évidemment la représentation de la nature dans les arrière-plans de la peinture du Moyen-Âge ou de la Renaissance qui ont ces aspects enchantés, imaginaires. Lesquels sont également présents dans la représentation de la nature dans la tapisserie ». Elle évoque aussi « l’idée de la lenteur et d’une progression minutieuse » dans son travail – la réalisation de la Forêt exposée aux Gobelins a demandé quelque six mois – « en écho avec le type de travail qu’une tapisserie demande« . (1)

L’exposition Gobelins par Nature, Éloge de la Verdure XVIe-XXIe siècle, mérite le détour… ne serait-ce que pour anticiper sur le retour du printemps …

Jean Lurçat, Le Printemps, Aubusson 1946 © Mobilier national/Isabelle Bideau

Jean Lurçat, Le Printemps, Aubusson 1946 © Mobilier national/Isabelle Bideau

(1) En lire plus dans l’article Aux Gobelins, la forêt selon Eva Jospin.

La Galerie des Gobelins, qui a rouvert au public en 2007 après plus de trente ans de fermeture et d’importants travaux de rénovation, accueille des expositions qui sont autant de vitrines des oeuvres réalisées au fil des siècles au sein de la Manufacture des Gobelins. C’est à l’initiative de Henri IV que celle-ci est créée, au tout début du XVIIe siècle, dans le faubourg Saint-Marcel, alors traversé par la Bièvre dont les eaux étaient réputées pour leurs qualités tinctoriales. Un certain Jehan Gobelin y avait installé, dès 1447, un atelier de teinture. Mais le site va prendre véritablement son essor sous Louis XIV, avec Colbert qui va y réunir l’atelier de tapisserie de haute lisse (métiers verticaux) et la Manufacture royale des meubles de la couronne, devenue le Mobilier National, fidèle à sa double vocation de conservation et de création de mobilier pour les sphères du pouvoir.

Façade de la Galerie des Façade de la Manufacture des Gobelins. © Mobilier national/Lawrence Perquis

Façade de la Galerie des Façade de la Manufacture des Gobelins. © Mobilier national/Lawrence Perquis

Galerie des Gobelins
42 avenue des Gobelins 75013 PARIS
Ouverture du mardi au dimanche, de 11h à 18h
http://www.mobiliernational.culture.gouv.fr/fr/accueil

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