Kiki Smith à la Monnaie de Paris : derniers jours…

« Toute l’histoire du monde réside dans votre corps », Kiki Smith / Photo db

… pour profiter de la première exposition personnelle de l’artiste américaine Kiki Smith (née en 1954, elle vit à New York) dans une institution française. La réunion de plus d’une centaine d’œuvres, des années 1980 à nos jours (certaines ayant été été créées spécialement pour l’exposition parisienne), permet d’apprécier la grande diversité des médium utilisés par l’artiste –  bronze,  plâtre, verre, porcelaine, tapisserie, papier… Une création multiforme avec pour thèmes majeurs le corps humain, les figures féminines et la symbiose avec la nature. Cette manifestation  marque aussi, hélas, la fin de la programmation d’art contemporain à laquelle nous avait habitués la Monnaie de Paris, depuis sa réouverture au public en 2014 après la rénovation de l’édifice du 11 quai de Conti. (1)
À voir jusqu’au 9 février 2020.

Kiki Smith,  » Rest Upon », La Monnaie de Paris / Photo db

Dans les salons historiques de la Monnaie de Paris, côté Seine, le visiteur est accueilli par un ensemble de sculptures en bronze (Sleeping, Wandering, Slumber, looking About, Rest Upon, 2009-2019) où femmes et animaux cohabitent de manière harmonieuse, à la façon du monde merveilleux des contes… Si ces oeuvres étaient initialement destinées à peupler un espace vert, leur  présence décalée dans les marbres et dorures du grand salon ajoute encore à leur caractère onirique. Rester un moment assis devant cette bergère endormie sur laquelle veille un mouton, est une bonne introduction à l’univers de Kiki Smith, d’autant qu’il nous semble, en y regardant bien,  apercevoir un début d’hybridation entre la femme et l’animal…

Kiki Smith,  » Rapture » (Enchantement), 2001

Ce corps en métamorphose (2) on le retrouve  dans plusieurs oeuvres de l’exposition parisienne, notamment  Rapture (Ravissement, 2001), un bronze représentant une femme naissant d’un loup. « Rapture s’inspire très clairement du conte du Petit Chaperon Rouge et surtout de la fin de l’histoire lorsque le chasseur découpe le ventre du loup et les deux femmes en ressortent, explique Kiki Smith. Je me disais qu’il était intéressant d’imaginer à quoi aurait pu ressembler une créature née d’un loup, à l’instar de Vénus debout sur la coquille ou de la Vierge Marie avec la lune sous les pieds

Kiki Smith, « Pyre Woman Kneeling », !Femme au bûcher agenouillée, 2002

Vierge, Vénus… La femme c’est aussi l’image de la sorcière,  qu’on brûle. Celle de Kiki Smith est agenouillée, nue, sur son bûcher, « les bras grand-ouverts en position christique, demandant : Pourquoi m’as-tu abandonné ? », commente l’artiste.

Kiki Smith, « Untitled », 1995

Une version féminine du Christ encore plus explicite dans cette oeuvre sans titre de 1995, où c’est le corps d’une femme crucifiée qui retombe, ses longs cheveux dissimulant ses jambes. Une sculpture saisissante, réalisée en papier kraft, methylcellulose et crins de cheval, pour laquelle l’artiste a moulé le haut de son propre corps.

Cette exposition est aussi l’occasion de découvrir, parmi les nombreux médium utilisés par Kiki Smith, la tapisserie. Elle raconte avoir « été bouleversée en voyant  en vrai » la Tapisserie de l’Apocalypse à Angers, « de même devant la tapisserie de Jean Lurçat qui lui fait écho. Elles m’ont toutes deux habitée pendant près de trente ans ».(3) Une grande salle leur est consacrée.

On découvrira aussi les oeuvres sur papier, en métal, en verre… On prendra le temps de regarder les vidéos projetées dans un espace dédié et qui éclairent sur sa pratique artistique, son travail avec les artisans, sa façon de revenir sur une oeuvre.

Et le visiteur aura envie lui aussi de revenir sur ses pas… avant d’aller découvrir deux dernières sculptures exposées dans les cours intérieures du musée de La Monnaie.

 

(1) l’exposition très controversée de Paul McCarthy, Chocolate factory, avait inauguré cette programmation d’art contemporain
(2) Nous avions découvert Kiki Smith et cet aspect de son art à la Collection Lambert et au Palais des Papes à Avignon en 2013, lors de la très belle exposition Les papesses qui réunissait des oeuvres de cinq femmes artistes : Camille Claudel, Louise Bourgeois, Jana Sterbak, Berlinde de Bruyckère et Kiki Smith.
(3) Intitulé Le Chant du monde, l’ensemble de dix tapisseries réalisée par Jean Lurçat à partir de 1957, est exposé au Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine, situé dans l’ancien Hôpital Saint-Jean à Angers.

Kiki Smith, Tapisseries, Monnaie de Paris 2019/2020

 

Cet article, publié dans Culture, Patrimoine, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Kiki Smith à la Monnaie de Paris : derniers jours…

  1. christine BOUVIER dit :

    et, encore jusqu’au 23 février : « Entre chien et loup »,
    la première exposition de Kiki Smith en Belgique. Plus de 100 estampes, sculptures et dessins de 1981 à nos jours…
    https://www.centredelagravure.be/fr/exhibitions/18057-entre-chien-et-loup

    Aimé par 1 personne

  2. Un grand merci, Christine, pour cette information!

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s