PROLONGATION / « Un certain regard » : Poissy rend hommage à Ernest Meissonier jusqu’au 27 septembre 2015

Ernest Meissonier,"Cavalier dans l'orage"),dessin à la mine de plomb, lavis et rehauts blancs. Coll. Musée du Louvre, © RMN-­‐Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-­‐Gilles Berizzi

Ernest Meissonier, »Cavalier dans l’orage »),dessin à la mine de plomb, lavis et rehauts blancs. Coll. Musée du Louvre, © RMN-­‐Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-­‐Gilles Berizzi

 

Le peintre Ernest Meissonier (1815-1891) a vécu et travaillé pendant plus de quarante ans à Poissy, qui l’a inspiré et où il est inhumé. À l’occasion du bicentenaire de sa naissance, la Ville a organisé une exposition destinée à mieux faire connaître son oeuvre au travers d’une cinquantaine de peintures, dessins, gravures, sculptures. Répertorié surtout  comme peintre de genre et peintre d’histoire fasciné par l’épopée napoléonienne, Meissonier s’est également fait l’écho des événements historiques de son temps. On découvre aussi ses études et recherches sur les chevaux, son autre passion.

Ernest Meissonier, un certain regard est à voir jusqu’au 21 juin 2015, sur le site du Musée du Jouet, au sein du Prieuré royal Saint-Louis.  

La collégiale Notre-Dame de Poissy avec la tour-porche et la statue de Saint Louis © db

La collégiale Notre-Dame de Poissy avec la tour-porche et la statue de Saint Louis © db

Car, rappelons-le, Saint Louis est né à Poissy. Et la collégiale Notre-Dame abrite les fonts baptismaux où le futur roi aurait été baptisé. Quant au prieuré royal, édifié par Philippe le Bel en 1304 et démantelé à la Révolution française, il n’en  reste qu’une partie du mur d’enceinte et la porterie fortifiée, seul vestige bâti de l’ancienne abbaye qui abrite aujourd’hui le musée du Jouet. Le rez-de-chaussée de ce bâtiment accueille les expositions temporaires visant à faire connaître les collections du Musée d’Art et d’Histoire de Poissy, labellisé Musée de France. (1)

C’est grâce à l’important fonds Ernest Meissonier du Musée, auquel se sont ajoutés les prêts en provenance de plusieurs institutions publiques françaises – en particulier le musée d’Orsay – et de collections privées, qu’a pu être organisée cette exposition. Laquelle a également bénéficié de la précieuse collaboration scientifique de Constance Cain Hungerford, enseignante en histoire de l’art au Swarthmore Collège en Pennsylvanie et spécialiste de l’oeuvre de Meissonier dont la moitié se trouve dans des collections aux Etats-Unis.

Constance CAIN-HUNGERFORD, Musée du Jouet, lors de l'inauguration de l'exposition, le 26/03/2015 © db

Constance CAIN-HUNGERFORD, Musée du Jouet, lors de l’inauguration de l’exposition, le 26/03/2015 © db

Meissonier se fait d’abord connaitre par ses gravures et illustrations.  Une réédition en 1838 de Paul et Virginie, le roman de Bernardin de Saint-Pierre, sera son « premier succès » , avec déjà ce qui caractérisera son art : « le dessin minutieux, son goût pour la réalité et le souci du détail », souligne Hélène Meyer-Roudet, conservateur en chef des musées de la Ville de Poissy et commissaire de l’exposition. Pendant plus de vingt ans il va illustrer les grands noms de la littérature (Hugo, Balzac, Gautier, Nodier). Illustrateur hors pair il sera aussi reconnu comme un grand peintre, « une figure majeure de la scène artistique parisienne » en son temps. « On se bousculait dans les Salons« , comme on peut le voir sur un dessin de Daumier.

Daumier « Devant les tableaux de Meissonier », dans le journal Le Charivari du 3 mai 1852 -­‐ Coll. MAH MP © Ville de Poissy /Rémy-­‐Pierre Ribière

Daumier « Devant les tableaux de Meissonier », dans le journal Le Charivari du 3 mai 1852 -­‐ Coll. MAH MP © Ville de Poissy /Rémy-­‐Pierre Ribière » »,

Mais après sa mort, « il est rejeté, critiqué, à l’heure où émergent les grandes figures de la peinture moderne – tout en restant admiré par certains, comme Degas ou Van Gogh« , indique Hélène Meyer-Roudet. Qui cite également Salvador Dali qui voyait en Meissonier le « rossignol du pinceau« …(2) Pour la commissaire, il s’agit d’ « une oeuvre à réévaluer« , ce à quoi vise l’ exposition réalisée à l’occasion du bicentenaire de la naissance du peintre.

Gravure du "1814, Campagne de France" peint par Meissonier en 1864 .Coll. particulière © Ville de Poissy/Rémy-­‐Pierre Ribière

Gravure du « 1814, Campagne de France » peint par Meissonier en 1864 .Coll. particulière © Ville de Poissy/Rémy-­‐Pierre Ribière

Coïncidence de l’Histoire, il se trouve que le bicentenaire de Meissonier coïncide avec celui de la bataille de Waterloo qui marqua la fin de l’épopée napoléonienne, à laquelle le peintre consacra une partie de son oeuvre à partir des années 1860. Mais si les tableaux des épisodes militaires du règne de Napoléon 1er, comme 1807, Friedland (1875) ou 1814, Campagne de France (1860-1864) mettent en évidence les talents de composition et de restitution du détail du peintre, ils ne sont qu’un aspect de l’oeuvre de Meissonier, au fil d’une  carrière « prolifique »  (quelque 400 oeuvres) et « éclectique« .

C’est précisément à la fois l’éclectisme de son expression artistique – gravure, dessin, peinture, modelage, sculpture – et de ses centres d’intérêt que l’exposition s’attache à mettre en évidence.  Après une première partie consacrée à la vie d’Ernest Meissonier, avec des autoportraits et des œuvres montrant le peintre dans son intimité, ainsi que des peintures de genre représentant des personnages du XVIIIe siècle, auxquels Poissy et ses environs fournissent le décor, le cœur de l’exposition est consacré au  « regard que Meissonier porte sur des évènements de l’histoire contemporaine, notamment en tant que témoin de l’insurrection de juin 1848« . Un témoin très actif, puisque engagé comme capitaine d’artillerie dans la garde nationale chargée de réprimer les soulèvements populaires suscités par la suppression des Ateliers nationaux.

à gauche : Ernest Meissonier, "La barricade1848" © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Michèle Bellot A droite : Ernest MEISSONIER  "La barricade, rue de la Mortellerie, juin 1848,"dit aussi "Souvenir de guerre civile" © RMN/musée du Louvre Salon de 1850 - 1851

à gauche : Ernest Meissonier, « La barricade1848 »
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Michèle Bellot
A droite : Ernest MEISSONIER
« La barricade, rue de la Mortellerie, juin 1848, »dit aussi « Souvenir de guerre civile » © RMN/musée du Louvre
Salon de 1850 – 1851

Mais un acteur apparemment troublé par la férocité d’une répression qu’il fixera d’abord avec un dessin aquarellé, La barricade (conservé au musée d’Orsay), puis avec une huile sur toile, Souvenir de guerre civile (conservée au musée du Louvre). Si les deux oeuvres montrent les cadavres des émeutiers après l’assaut donné à une barricade, le souci de perfection et du détail de la seconde ne restitue pas la puissance et l’émotion  de la première ébauche. On peut voir des dessins préparatoires dans l’exposition. (3)

E. Messonier, "Le Siège de Paris (1870-­‐1871)", allégorie,  Coll. musée d’Orsay © RMN-­‐Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

E. Messonier, « Le Siège de Paris (1870-­‐1871) », allégorie, Coll. musée d’Orsay © RMN-­‐Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Autres « regards »  sur l’histoire contemporaine  :  L’Empereur Napoléon III à la bataille de Solférino (1863) et surtout Le siège de Paris (1870-71), une oeuvre à la fois réaliste et allégorique, avec la France figurée au centre de la toile sous les traits d’une femme à l’allure imposante vêtue de voiles de deuil et coiffée d’une peau de lion, tenant d’une main le drapeau français et de l’autre une épée, tandis que le sol est jonché de combattants tués. Au premier plan un cheval blessé. L’étude en cire réalisée par Meissonier à l’occasion de ce tableau, a fait l’objet d’une sculpture en bronze présentée dans l’exposition.

Le cheval est une passion de longue date de l’artiste. Il va pouvoir l’assouvir à Poissy, sa « ville d’adoption« , en construisant des écuries dans la vaste propriété qu’il acquiert en 1846. Les chevaux seront tout autant compagnons que modèles.

"Saut d'obstacle, cheval noir", Eadweard Muybridge (1830-­‐1904), -­‐ Coll. Musée d’Orsay © RMN-­‐Grand Palais (musée d'Orsay) / Michèle Bellot

« Saut d’obstacle, cheval noir », Eadweard Muybridge (1830-­‐1904), -­‐ Coll. Musée d’Orsay © RMN-­‐Grand Palais (musée d’Orsay) / Michèle Bellot

La troisième partie de l’exposition est consacrée aux études de Meissonier sur les différentes allures des chevaux. Plusieurs œuvres montrent comment il cherche à « saisir le mouvement de l’animal dans sa réalité, et non plus dans son apparence telle qu’elle pouvait être perçue par l’œil humain »; la « réalité » du galop restera longtemps indéchiffrable : « … pour ce diable de galop, j’avais beau l’observer avec toute l’attention dont je suis capable, je n’étais jamais satisfait de mes études« . Il s’intéresse aux travaux photographiques menés sur le sujet par Marey et Muybridge – une épreuve de ce dernier est présentée dans l’exposition – sans réellement saisir l’importance de ce nouveau médium qu’est la photographie et le bouleversement qu’il suscite dans le domaine de l’art.

Conservateur, sinon réactionnaire  en politique, Meissonier l’est aussi dans sa conception d’un art « devant avoir un but, devant être un enseignement moral (…) devant exprimer les grandes pensées, les dévouements, les nobles exemples…« . Hélène Meyer-Roudet rappelle  son opposition « à l’accès de Courbet au Salon de 1872, ou encore à l’érection de la Tour Eiffel en 1887« . Néanmoins,  un an avant sa mort, il participa au  renouveau de la  Société Nationale des Beaux-Arts, avec un Salon « plus ouvert aux conceptions nouvelles« …

Au-delà de la (re)lecture de l’oeuvre et de la posture de l’artiste dans ce XIXe siècle « de tous les bouleversements« , l’intérêt de cette exposition du bicentenaire est de mettre en évidence le lien de Meissonier avec sa ville d’adoption – dont il a été le maire brièvement – , et surtout avec sa grande maison, qu’il n’aura de cesse de remanier et qui, avec l’atelier d’été, est présente dans son oeuvre : « Sa maison qu’il peut signer comme une de ses toiles« , dira Théophile Gauthier. (4)

L’atelier d’été de Meissonier à Poissy / aquarelle de Gustave Méquillet ©R-P RIBIERE

L’atelier d’été de Meissonier à Poissy / aquarelle de Gustave Méquillet ©R-P RIBIERE

 

(1) Comme en 2012 l’exposition consacrée au Colloque de Poissy ou en 2014, celle organisée à l’occasion du 800ème anniversaire de la naissance de Saint Louis
(2) On connait le goût prononcé de Dali pour la provocation, qui dans le même entretien (avec Denise Glaser) où il fait l’apologie de Meissonier, qualifie Paul Cézanne de « plus mauvais peintre de France »… (source Wikipédia). Il y a aussi cette autre citation concernant le style de Meissonier qu’il définit  « comme une photographie en couleur et à la main d’une image super fine extra picturale de l’irrationalité concrète » ? (source Académie des sciences et lettres de Montpellier). Dali ira jusqu’à publier en 1967 un Hommage à Meissonier, avec des lithographies originales, se fera photographier  en 1971 à Paris, devant la statue de Meissonier sculptée par Antonin Mercié (laquelle se trouve maintenant à Poissy, à l’entrée du Parc Meissonier) et en fera installer une réplique à dans son « Théâtre-musée Dalí » à Figueras…
(3) Il est intéressant de lire les commentaires qui accompagnent la présentation des deux oeuvres au musée d’Orsay et au musée du Louvre.
(4) A l’occasion de La Nuit des Musées, le samedi 16 mai 2015, des visites guidées de l’exposition et de l’atelier du peintre sont organisées de 18h à 22h.
Pour consulter le programme des manifestations prévues tout au long de cette année du Bicentenaire de Meissonier, cliquer ici

 

Musée du JouetMEISSONIER
1, enclos de l’Abbaye
78300 POISSY
Tél. 01 39 65 06 06

Horaires d’ouverture au public :
Ouvert du mardi au dimanche
de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 17 h 30.
(Fermé les lundis et jours fériés).

 

Publicités
Cet article, publié dans Culture, Patrimoine, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour PROLONGATION / « Un certain regard » : Poissy rend hommage à Ernest Meissonier jusqu’au 27 septembre 2015

  1. Ping : Le Siège de Paris vu par Ernest Meissonier – A la recherche d'Eleonore

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s