« In Parallel » : Tim Yip enchante la Maison de la Culture d’Amiens

Tim Yip, Maison de la Culture d'Amiens, 2016 © db

Tim Yip, Maison de la Culture d’Amiens, 2016 © db

 

Photographe, sculpteur, créateur de costumes, scénographe : ce sont les multiples facettes du talent de Tim Yip que les visiteurs sont invités à découvrir à l’occasion de In Parallel, l’exposition que la Maison de la Culture d’Amiens – qui fête cette année ses 50 ans – consacre à l’artiste chinois, du 16 février au 15 mai 2016. D’autres manifestations, dont deux créations – danse et théâtre – accompagnent la célébration de cet anniversaire. Inaugurée officiellement le 19 mars 1966 par André Malraux, la MCA s’est efforcée de rester fidèle à l’ambition initiale d’ouverture à tous les domaines de la culture pour un public aussi large que possible. Avec deux salles de théâtre, un cinéma, une maison de disques – Label Bleu – créée il y a tout juste 30 ans, un studio d’enregistrement et des résidences d’artistes, elle a obtenu en 2016  le statut  de « Centre européen de création et de production ».

« … si le mot Culture a un sens, il est ce qui répond au visage qu’a dans la glace un être humain quand il regarde ce qui sera son visage de mort », déclarait André Malraux dans son discours d’inauguration, pour conclure : « La Culture, c’est ce qui répond à l’homme quand il se demande ce qu’il fait sur la terre« . (1)

Tim Yip, "Broken Lili" © db

Tim Yip, « Broken Lili » © db

Au-delà de leur universalité, ces mots ont une résonance particulière dans cette terre picarde, dans cette ville d’Amiens traversée par la Somme qui a donné son nom à la plus meurtrière bataille de la Grande Guerre, il y a tout juste un siècle, en 1916. Cette même année avait vu aussi l’arrivée de quelque 140 000 Chinois, recrutés par les Britanniques et les Français et qui ont laissé quelques  milliers de morts et de disparus dans le nord de la France. (2)

Tim Yip à Amiens © yannmonel

Tim Yip à Amiens, Lili et « Broken Lili » © yannmonel

Tim Yip ne pouvait l’ignorer. Et la guerre s’est invitée dans son exposition avec l’éloquente installation qui en inaugure le parcours au rez-de chaussée : une statue géante de femme git démembrée sur un lit de galets recueillis dans la baie de Somme…

Ce moulage est en fait celui de « Lili », le mannequin qui accompagne l’artiste depuis maintenant sept ans. Un peu avant de commencer la visite, on l’avait vu passer, installée sur un fauteuil roulant, en costume de ville, chapeau et larges lunettes noires.  Elle est omniprésente dans l’exposition, déclinée  en plusieurs attitudes et formats. Pourquoi Lili? « Elle est une extension de la création en rendant possible la mise en scène« , répond Tim Yip. Une sorte de « chemin vers la réalité » qui permet d’établir « des connexions avec les gens, les lieux« . Car elle a beaucoup voyagé, en Asie et en Europe, comme on peut le constater sur les images projetées au-dessus de l’entrée du Grand Théâtre.

TimYip, Images du film "Amiens Lili" © db

TimYip, Images du film « Amiens Lili » © db

Dans le long film réalisé par Tim Yip pour l’exposition et projeté dans la dernière salle, Lili, accompagnée d’une jeune fille  – bien réelle – sert de fil conducteur pour « révéler l’esprit d’Amiens« .

L’esprit d’Amiens c’est aussi la cathédrale et le labyrinthe inscrit dans son sol. Dans son souci de « connecter l’exposition avec son environnement géographique, architectural et historique« , explique Mark Holborn, commissaire de l’exposition, Tim Yip s’est emparé de ce labyrinthe avec un moulage en relief aux pieds de Broken Lili.

Tim Yip, "Desire" © db

Tim Yip, « Desire » © db

On le retrouve à l’étage, dans la première salle du hall Matisse, reproduit à l’échelle sur la surface du socle qui supporte une statue de femme en bronze à taille humaine. Sculptée « avant Lili« ,  précise l’artiste, le masque du visage en préfigure les traits. Pour Tim Yip, « quelque chose d’indéterminé » dans l’oeuvre fait que celui qui la regarde « peut projeter quelque chose« , comme le suggère son titre Desire. Tandis que l’oxydation du métal sur le tracé de l’eau (larmes?) coulant sur la sculpture donne le sentiment qu’elle « continue à vivre« .

Tim Yip, "Lili travaille" © db

Tim Yip, « Lili travaille » © db

Lili est là aussi, assise à une table. « Elle travaille » : devant elle des dessins, sans doute les esquisses pour les sculptures en bois posées sur la même table… C’est à ce moment, en la voyant de près, que le côté troublant de Lili apparait. Il nait en fait du contraste entre le visage qu’on pourrait croire celui d’un être de chair, et les mains, explicitement celles d’un mannequin. Présence énigmatique derrière ses lunettes noires, une collection de perruques et les costumes que Tim Yip lui confectionne, au gré de ses identités plurielles.

Les costumes, précisément. D’abord noirs et blancs, un brin gothiques pour évoquer le monde des insectes ou la pollution, ils éclatent de couleur dans la deuxième salle. C’est fort de sept années d’expérience dans le domaine du théâtre où il a « essayé de voir le secret de confection des costumes pour que ça bouge » que celui qui avait « sauté dans la couleur » pour son plaisir a été couronné en 2001 de  l’Oscar de la meilleure direction artistique et du British Academy Film Award des meilleurs costumes pour le film Tigre et Dragon de Ang Lee. Il a aussi été récompensé en 2009 pour Les Trois Royaumes de John Woo. Des costumes traditionnels de ces deux films sont présentés dans l’exposition. (3)

Tim Yip, Costumes © db

Tim Yip, Costumes © db

Quant aux fripes dont Tim Yip a revêtu la Lili géante qui trône dans cette même salle, elles pourraient bien signifier une certaine résistance à la consommation dans un monde globalisé où le poids de « la population jeune est énorme« , à l’image de la stature de ce nouvel avatar de Lili, quelque peu dérangeant, à dire vrai. Lili qu’on est bien contents de retrouver à sa taille humaine, lovée dans le sommeil et ses rêves dont les images défilent sur le mur de cette dernière salle.

Tim Yip, "Lili rêve" © db

Tim Yip, « Lili rêve » © db

Auparavant, on se sera arrêtés sur quelques photographies, The Landscape of Lili, des paysages sans localisation géographique. Et, surtout, sur une vue aérienne, qu’on a du mal au premier abord à déchiffrer, mais « Ce n’est pas Hiroshima, c’est New York« , nous rassure Tim Yip. Si « Le monde moderne vu d’en haut » a trouvé sa place dans cette exposition c’est que au XIXe siècle l’horizon représentait la vue la plus lointaine possible, jusqu’à ce que Nadar à la fin des années 1850 réalise les premières photographies aériennes de l’histoire à bord d’un aérostat, et que la guerre de 1914-1918 a été la première à se jouer aussi dans les airs, explique l’artiste. Et l’on se souvient alors que l’exposition s’intitule In Parallel…

Tim Yip & Lili © Tim Yip Studio

Tim Yip & Lili © Tim Yip Studio

 

PARA-II-ÈLES, c’est aussi le titre du ballet que Nicolas Le Riche a  créé, sur une musique de Matthieu Chedid,  à la Maison de la Culture d’Amiens et qu’il a dansé les 22 et 23 février avec Clairemarie Osta. Autres temps fort de cette « Semaine du 50ème anniversaire » (du 22 février au 1er mars 2016), la création de La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, dans une mise en scène de Daniel Jeanneteau, du 24 au 29 février, et le concert du baryton Matthias Goerne qui, le 26 février, interprétera des oeuvres de Alban Berg et Franz Schubert.

Parallèlement, Label bleu s’offre pour ses trente ans un festival, Tendance Jazz, du 3 au 5 mars, avec au programme, entre autres, Henri Texier, artiste historique du label, Michel Portal et Rokia Traoré. Pour la maison de disque, dédiée à la découvertes d’artistes de jazz et de musiques du monde, cet anniversaires, après quelques années financièrement difficiles, marque aussi un « second souffle », avec de nouvelles signatures, de nouveaux partenaires et un studio d’enregistrement rénové. La sortie de trois nouveaux albums entre le 5 février et le 4 mars 2016, dont un enregistré à Bamako, au Mali, témoignent de ce renouveau.  Enfin, avec 30 ans/30 vinyles, ce sont les 30 albums les plus marquants du label qui sont réédités en trois coffrets vinyles… (4)

Pour Gilbert Fillinger qui la dirige depuis 2005, la MCA est une maison qui « respire, cherche, prend des risques »… Un engagement validé par  le statut de  « Centre européen de création et de production » octroyé en 2016.

La Maison de la Culture d'Amiens © db

La Maison de la Culture d’Amiens © db

 

(1) Le discours de celui qui fut le premier ministre de la Culture  est reproduit intégralement dans le Journal des 50 ans publié par la MCA. Lecture chaudement recommandée….
(2) Le cimetière de Noyelles-sur-Somme compte 843 tombes.
(3) Tim Yip a aussi collaboré avec Zhang Yimou pour la cérémonie de clôture des jeux olympiques de Pékin. Il a travaillé pour la Maison Christian Dior, a réalisé le bâtiment italien de l’Exposition universelle de Shangaï et participé à de nombreuses productions dans le monde, comme en 2014 la série télévisée , dont il a signé les costumes. Né en 1967 à Hong Kong, Tim Yip vit et travaille à Pékin.
(4) Depuis sa création, Label Bleu a produit quelque 230 albums.

Tim Yip au micro de France3 Picardie, 2016 /DR

Tim Yip au micro de France3 Picardie, 2016 /DR

 

 

Maison de la Culture
2 Place Léon Gontier

80000 AMIENS
03 22 97 79 79

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