Au théâtre Les Déchargeurs « Augustin passe aux aveux »…

"Augustin passe aux aveux", Les Déchargeurs © Pascal Gély

« Augustin passe aux aveux », Les Déchargeurs © Pascal Gély

… et passe la rampe. Pendant un peu plus d’une heure, le comédien Dominique Touzé fait siens les mots des Confessions de Saint Augustin (354-430). À ses côtés le violoncelle de Guillaume Bongiraud accompagne ce fameux récit d’une conversion qui a fait du jeune Berbère, intellectuel brillant et libertin, un des Pères de l’Eglise chrétienne. À l’origine de ce spectacle,  création du Wakan Théâtre, il y a la nouvelle traduction des Confessions par Frédéric Boyer, publiée en 2008 aux éditions P.O.L. sous le titre Aveux.  (1)
« Augustin passe aux aveux » est sur la scène parisienne 
pour quelques jours encore, avant de partir en tournée en province.

Les Déchargeurs, salle "La Bohème"

Les Déchargeurs, salle « La Bohème »

Il y a deux salles au théâtre Les Déchargeurs, installé depuis 1982 au numéro 3 de la rue du même nom dans un ancien hôtel particulier du XVIIe siècle par l’acteur et metteur en scène Vicky Messica. C’est dans »La Bohème », la petite salle du sous-sol, sorte de crypte où peut prendre place une vingtaine de spectateurs – qu’Augustin passe aux aveux. Le traducteur ayant préféré ce dernier mot à celui de confession, c’est à la barre d’un prétoire que l’acteur vêtu d’un costume sombre va évoquer le cheminement de la conversion d’Augustin, épaulé par le musicien, vêtu de blanc. Mise en scène et décor minimalistes, comme l’espace. Avouons avoir redouté un instant la poussée de claustrophobie – « Pensez que vous embarquez pour Carthage« , m’a gentiment conseillé ma voisine de banquette.

Dominique Touzé, "Augustin passe aux aveux", Les Déchargeurs ©

Dominique Touzé, « Augustin passe aux aveux », Les Déchargeurs © Pascal Gély

Effectivement, nous sommes partis à Carthage. Augustin a quitté sa ville natale de Thagaste (actuelle Souk Ahras en Algérie) pour venir y faire des études. Il a dix-sept ans :  « J’étais ballotté et dispersé, liquéfié par le sexe »…  Les mots d’Augustin, dans la voix de Dominique Touzé, et les sonorités du violoncelle électro-acoustique de Guillaume Bongiraud, en l’emplissant, ont bientôt fait oublier l’exiguïté du lieu.  Au fil d’extraits choisis, « en jouant sur les apparences troublantes d’une vraie fausse lecture« , se dessinent Augustin et sa quête douloureuse.

Laquelle le mène de Carthage, « où grésillait autour de moi la poêle des amours scandaleuses« , à Rome puis à Milan, du sophiste au catéchumène, de la rhétorique à la découverte que « la lettre tue, l’esprit fait vivre« .

Augustin passe aux aveux", Guillaume Bongiraud, Les Déchargeurs © Pascal Gely

Augustin passe aux aveux », Guillaume Bongiraud, Les Déchargeurs © Pascal Gely

Mais l’âme résiste : « De peur de se tromper, elle refusait de se soigner« . Jusqu’à ce moment décisif dans le jardin de Milan, où Augustin se retire seul après la rencontre avec Ponticien, cet autre Africain du Nord, mais qui lui est devenu chrétien.  Il a longuement évoqué l’existence au désert de Saint-Antoine.  À cet instant où Augustin se trouve si près du but : « il suffit de le vouloir« , mais se débat encore, car  « vouloir n’est pas pouvoir« , le musicien a quitté la scène sans bruit, avec son violoncelle, l’acteur est venu s’asseoir face aux spectateurs, encore plus près d’eux, et la pénombre s’est installée. L’aveu s’est fait confidence.

Un contraste judicieux de mise en scène qui rééquilibre ce qu’on avait  parfois jugé un peu trop appuyé dans les intonations de la voix et les expressions du visage de Dominique Touzé. Une emphase, dans un jeu par ailleurs sobre, qu’on mettra finalement au compte de « ces riens de riens, vanités des vanités » qui  retenaient Augustin « captif« .

On ne regrette pas la traversée… Seulement d’avoir tardé à y assister pour en rendre compte… Les représentations parisiennes prennent fin le 1er juillet 2016. Mais le spectacle continue à tourner en province, notamment en Auvergne, terre du Wakan Théâtre,  la compagnie créé par Dominique Touzé et Danielle Rochard en 1990.
Pour le calendrier de la tournée, cliquer ici

Augustin-déchargeurs

(1) Frédéric Boyer est également le maître d’œuvre d’une nouvelle traduction de la Bible en français, à laquelle ont participé une cinquantaine d’écrivains – dont, entre autres, Jean Échenoz, Olivier Cadiot, Florence Delay, Jacques Roubaud – et d’exégètes, publiée en … aux éditions Bayard.

Théâtre Les Déchargeurs250px-Paris_3_rue_des_Déchargeurs_60
3, rue des Déchargeurs
75 001 Paris
01 42 36 00 50

Wakan Théâtre
30 Rue Pierre le Vénérable
63000 Clermont-Ferrand
04 73 14 23 06

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