Deux beaux livres aux Éditions des Falaises : « Le parc de Saint-Cloud » et « Malmaison, le palais d’une impératrice »

Longtemps spécialisées dans la publication d’ouvrages dédiés à la Normandie dont la qualité ont fait leur notoriété, les Éditions des Falaises ont depuis quelques années décidé d’élargir leur champ éditorial. Une ouverture dont témoigne la publication récente de  « Le parc de Saint-Cloud » et de « Malmaison, le palais d’une impératrice ». Les photos d’Éric Sander invitent à un parcours poétique du parc de Saint-Cloud tel qu’il s’offre aujourd’hui au promeneur, tandis que le texte de Christophe Pincemaille retrace son histoire, celle du château disparu et convoque la littérature pour faire revivre les fêtes somptueuses dont le domaine était le théâtre. C’est aussi la plume de Christophe Pincemaille qui, accompagnée de celle d’Isabelle Tamisier-Vétois et des photographies de Guillaume de Laubier,  nous ouvre les portes de la Malmaison, dans le premier livre entièrement consacré à cette maison de campagne devenue le palais d’une impératrice.

Un parc orphelin de son château, un palais dont le luxe occulterait presque le jardin, venant en second choix pour le visiteur : tel est aussi le paradoxe qui unit ces deux lieux.

L’allée de la Félicité ©Eric Sander – Centre des Monuments Nationaux

Le parc de Saint-Cloud ne renvoie-il pas en effet à celui qui s’y promène, « l’image d’une gloire éteinte », selon la jolie formule de Christophe Pincemaille (1), celle d’un domaine né à partir de 1660 du « désir d’un prince fastueux », Philippe, duc d’Orléans, Monsieur frère unique de Louis XIV.  Devenu maison royale en 1785 par la volonté de Marie-Antoinette, Saint-Cloud a été la résidence d’été officielle de tous les chefs de l’Etat, depuis Bonaparte premier consul jusqu’à Napoléon III, qui affectionnait tout particulièrement y résider.

La Grande Cascade ©Eric Sander – Centre des Monuments Nationaux

Le château disparu par un malencontreux coup du sort (2) c’est désormais au parc seul qu’il appartient d’exprimer l’âme du lieu. Laquelle n’a cessé d’évoluer : « À chaque époque sa signature et ses préférences: au jardin merveilleux de la chorégraphie baroque du “paraître”, succéda le jardin plus brut et moins peigné des fêtes galantes, qui annonçait le jardin romantique du siècle d’après », souligne Christophe Pincemaille. C’est bien l’âme d’un lieu que restituent les belles photographies réalisées par Éric Sander (3) au fil des saisons et qui viennent en regard du texte très documenté de l’historien. Ensemble, au fil des pages, textes et photos invitent le lecteur à un voyage permanent entre passé et présent.

La terrasse de l’orangerie ©Eric Sander – Centre des Monuments Nationaux

Et le livre refermé, il lui vient l’envie, à ce lecteur, de se rendre à nouveau ou pour la première fois dans le parc, afin de ressentir concrètement la beauté du site, le plaisir de parcourir les allées, d’admirer la variété des bosquets, les arbres centenaires, les bassins, les cascades et d’éprouver le saisissant contraste entre le passé et le présent, quand, de la Balustrade, le panorama s’ouvre sur Paris, la Tour Eiffel ou les tours de La Défense…

Changement de décor avec la  Malmaison.  « Une maison de campagne à une demi-heure de Paris. Tel était le château de Malmaison du temps de Joséphine, tel apparait-il encore aujourd’hui. Si l’urbanisation l’a rejoint, la nature est encore présente et une avenue bordée de grands arbres y conduit toujours depuis la route qui mène de Rueil à Saint-Germain », écrit Amaury Lefébure, Conservateur général du patrimoine et Directeur de Malmaison, dans sa préface.

Malmaison, façade principale sur les jardins avec au premier plan les branches du cèdre de Marengo (4) © Guillaume de Laubier

Une fois franchie la grille s’entrée,  « S’ouvre alors un espace hors du temps. Le bruit de la ville voisine paraît de plus en plus lointain au fur et à mesure que l’on pénètre plus avant ». Remettant sa visite du jardin à plus tard, le visiteur  entre dans le château où « l’intérieur lui réserve la surprise d’appartements entièrement meublés, dans l’attente de leurs habitants. Rien ne semble avoir bougé depuis que les plus célèbres d’entre eux ont quitté les lieux ».

Enfilade du rez-de-chaussée © Guillaume de Laubier

Le décor planté, l’atmosphère suggérée, reste à effectuer cette visite guidée extrêmement documentée que propose le bel ouvrage publié par les Éditions des Falaises. Des circonstances – atermoiements et péripéties – qui accompagnent l’achat de la demeure en avril 1799  Christophe Pincemaille nous livre le détail dans la première partie du livre. Si Joséphine est immédiatement tombée sous le charme des lieux avant même qu’ils soient à vendre, il n’en va pas de même pour Bonaparte qui a prospecté du côté de la Bourgogne, avant d’être tenté par le château de Ris-Orangis. Finalement l’achat est conclu et Joséphine s’installe seule à la Malmaison tandis que son général d’époux mène sa campagne d’Égypte.

Isabelle Tamisier-Vétois (5) prend le relais pour évoquer les transformations successives de Malmaison. Avec un premier tournant décisif : après le coup d’État du 18 brumaire (9 novembre) 1799  qui fait du général victorieux un Premier Consul, « cette simple maison de campagne, où Joséphine apprécie de vivre hors du monde,  devient soudain résidence du chef de l’État. (…) Dès lors Malmaison va vivre ses métamorphoses au rythme de l’Histoire ». Des dépenses somptuaires – avec souvent une frontière assez floue entre bien privé et bien public – vont accompagner ces métamorphoses. On découvre au passage une Joséphine collectionneuse compulsive, avec là aussi une certaine confusion entre bien public et bien privé : « les prises de guerre n’arrivent pas toujours Louvre »…

château de Malmaison, bibliothèque avec au 1er plan le bureau du Premier consul © Guillaume de Laubier

Les photographies de Guillaume de Laubier, d’ensemble ou de détail, mettent en évidence l’opulence de la demeure. Si le style particulier de l’Empire, où le goût pour l’Antiquité, « érigé en symbole du meilleur goût » a régné un temps en maître à Malmaison,  « Les différents ameublements et objets d’art conservés aujourd’hui , confrontés à l’inventaire de 1814, montrent  que Malmaison a toujours reflété l’évolution du gout entre 1800 et 1814 », note Isabelle Tamisier-Vétois. Et ce, davantage encore lorsque Joséphine habitera seule la Malmaison  après la séparation du couple impérial en 1809.

Malmaison, Sur la table de toilette, pot à eau et porcelaine de Sèvres de 1811 © Guillaume de Laubier

Christophe Pincemaille reprend la plume pour cette dernière partie de l’ouvrage où Malmaison devient « le palais d’une impératrice déchue ». Napoléon lui en a reconnu la pleine propriété, ainsi que des meubles et effets s’y trouvant. Un nouveau quotidien s’organise pour celle qui conserve le titre d’impératrice et jouit du service  d’une centaine de personnes. À grands frais… À ce sujet, l’historien s’attarde longuement, documents à l’appui, à nuancer les clichés sur une Joséphine dépensière insouciante. Il n’empêche que « le paraître, ultime rempart dans sa situation de la dignité impériale, ne peut souffrir aucunes économies, car la cour de Malmaison ne saurait être une cour au rabais ».

Malmaison, Détail de la vasque et jeux de miroirs dans la salle à manger © Guillaume de Laubier

Le rang est tenu, chaque journée reçoit son lot de visiteurs et de courtisans, la table du dîner accueille chaque soir entre douze et quinze convives; mais ce « paraître » masque la profonde solitude de Joséphine et « à Malmaison tout est pesant par trop d’étiquette et monotone  par trop d’ennui », comme il ressort de plusieurs témoignages. Tandis que l’empereur accumule les revers … Et c’est un mois après que Napoléon a abdiqué à Fontainebleau que Joséphine meurt, le 29 mai 1814, des suites d’un coup de froid.

Pour accompagner ce crépuscule de la Malmaison, les photographies de Guillaume de Laubier se sont faites plus intimistes, le raffinement des broderies sur les robes de Joséphine s’est substitué au luxe des salons, tandis qu’une dernière image de la Malmaison  montre la demeure sous le soleil hivernal et derrière les branches dénudées des arbres…

Malmaison, vue de l’aile sud depuis le haut du jardin de l’Empereur © Guillaume de Laubier

 

(1) Christophe Pincemaille est historien, spécialiste de l’histoire napoléonienne, attaché à la conservation du musée national du château de Malmaison.
(2) C’est en effet  un obus français, tiré depuis le fort du Mont-Valérien, le 13 octobre 1870, qui l’a réduit en cendres, sous le regard impassible des Prussiens qui assiégeaient Paris. Seule consolation : l’impératrice Eugénie, au vu des premiers résultats militaires peu concluants et bien avant la défaite de Sedan le 2 septembre, avait entrepris dès le mois d’août, de faire évacuer vers le Louvre oeuvres d’art et mobilier précieux…
Une exposition organisée en 2013 au musée d’Art et d’Histoire de Saint-Cloud a mis en évidence les dommages subis par le château et la ville au cours de cette année 1070-1871.(3) On avait découvert Éric Sander avec ses photos du Domaine de Chaumont-sur-Loire dont il est le photographe attitré.
(4) Le 14 juin 1800, Napoléon Bonaparte bat les Autrichiens à Marengo, dans le Piémont italien. Joséphine plante un cèdre à Malmaison , commémorant ainsi, par ce geste symbolique, la première victoire de Napoléon en tant que Premier Consul.
(5) Isabelle Tamisier-Vétois est conservateur en chef du patrimoine, chargée des arts décoratifs au Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau.

ÉDITIONS DES FALAISES
Le parc de Saint cloudédition brochée avec rabats, format 24 x 27 cm, 128 pages
24 
Malmaison, le palais d’une impératrice, édition reliée, format 22 x 29 cm, 176 pages 34 

 

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