« 1870-1871, Saint-Cloud l’Année Terrible » au musée des Avelines

Mise en page 1Fidèle à sa double vocation, le Musée d’art et d’histoire de Saint-Cloud, évoque cette  « année terrible » – l’expression est de Victor Hugo – de la guerre de 1870/71 qui vit la destruction du château impérial et l’incendie systématique de la ville. Après Un dimanche à Saint-Cloud en 2012, cette nouvelle « exposition-dossier » est pour le musée l’occasion de mettre en valeur ses collections et d’éclairer le public sur un épisode peu ou mal connu du siège de Paris par les Prussiens. Pour le visiteur, c’est aussi l’occasion de goûter au charme de ce musée dans la verdure.
A voir jusqu’au 24 mars 2013. 

Cet épisode de l’histoire est bien sûr inséparable de celui de la Commune de Paris, de l’espoir qu’elle fit naître, des destructions qui l’accompagnèrent et de la répression sanglante dont elle fut l’objet. Ce qui nous est rappelé d’entrée avec l’imposante reproduction sur toile d’une photographie des Gisants d’Ernest Pignon-Ernest, déployée sur les premières marches de l’escalier monumental qui mène aux salles d’exposition, comme l’avait été sur les marches du Sacré-Coeur l’installation conçue par l’artiste pour la commémoration du centenaire de la « Semaine sanglante de la Commune de Paris », et dont cette photographie est la seule trace.(1)

Installation "Le gisant", reproduite au musée des Avelines. À droite photo originale Paris 1971 © E. Pignon-Ernest

Installation « Le gisant », reproduite au musée des Avelines. À droite photo originale Paris 1971 © E. Pignon-Ernest

Autres traces photographiques, celles laissées par une collection de onze vues  stéréoscopiques du château datant du milieu du XIXe siècle, présentées dans une salle de l’exposition permanente. Elles ont été restaurées et des lunettes sont mises à la disposition du visiteur pour les visualiser en relief. Elles permettent d’apprécier l’édifice du temps de sa splendeur, avec notamment l’escalier d’honneur et la galerie dite d’Apollon au plafond peint par Mignard.

Galerie d'Apollon, vue stéréoscopique Second Empire © Musée des Avelines

Galerie d’Apollon, vue stéréoscopique Second Empire © Musée des Avelines

Tandis que la maquette du château et du parc réalisée sous le consulat et exposée en permanence dans le musée donne une idée de l’ensemble du domaine, tel qu’il avait été réaménagé au XVIIe siècle par « Monsieur », frère du roi Louis XIV, qui en avait fait sa demeure, avec les jardins dessinés par Le Nôtre, la Grande Cascade de Le Pautre, qui existe toujours, et le château en forme de « U ».

Ce château où Napoléon III – qui en a fait de 1848 à 1870 sa « résidence affectionnée » – signe la déclaration de guerre à la Prusse le 18 juillet 1870 et d’où il partira pour le front dix jours plus tard…

« On ne peut, sans l’avoir vu, se faire l’idée d’un pareil désastre, et l’on devrait garder Saint-Cloud comme une Pompéi de la destruction« , écrit Théophile Gautier en mars 1871 dans Tableaux de siège. Si, contrairement au château, Saint-Cloud fut reconstruite,  gravures et photographies sont là pour témoigner de l’ampleur du « désastre ». Des documents qui appartiennent à 90% au fonds du musée :  « C’est là un aspect fondamental de cette exposition-dossier, car elle est le fruit d’un  important travail de récolement thématique des collections« , souligne Emmanuelle Le Bail, directrice du musée des Avelines.

"Château de Saint-Cloud incendié par les Prussiens", Léon J.B. Sabatier, Lithographie 1872 © Musée des Avelines

« Château de Saint-Cloud incendié par les Prussiens », Léon J.B. Sabatier, Lithographie 1872 © Musée des Avelines

La première salle est consacrée à la destruction du château. Ironie du sort : il est maintenant avéré que c’est un obus français tiré du Mont Valérien le 13 octobre 1870 et visant les batteries prussiennes installées dans le parc de Saint-Cloud qui  en tombant dans la chambre de l’empereur Napoléon III a déclenché l’incendie… Pendant deux jours les flammes vont ravager le château, sans doute avec la « collaboration » des Prussiens…

Dans une vitrine quelques objets – dons de Clodoaldiens qui sont autant de témoignages archéologiques – portent les traces du feu, tandis que des gravures et lithographies se font l’écho de l’intensité des flammes et que les photographies restituent la désolation des ruines…

Quelques objets après l'incendie du château © db

Quelques objets portant la trace des flammes © db

Photographie de la façade du château en ruines, Inconnu © Musée des Avelines

Photographie de la façade du château en ruines, Inconnu © Musée des Avelines

Sans oublier un portrait de l’impératrice Eugénie qui, au vu des premiers résultats militaires peu concluants et bien avant la défaite de Sedan le 2 septembre, avait entrepris dès le mois d’août, de faire évacuer vers le Louvre oeuvres d’art et  mobilier précieux. (2)

Quelques mois plus tard, la désolation s’étendra à la ville entière puisqu’à   partir du 23 janvier 1871, au lendemain de l’échec des troupes françaises à la bataille de Buzenval-Montretout, sur les hauteurs de Saint-Cloud, et alors que s’engagent les négociations pour l’armistice, les Prussiens procèdent à l’incendie systématique de la ville où sur quelques 600 maisons seules 23 seront épargnées, ainsi que l’Eglise qui « seule veillait sur ce cadavre de ville« , écrit Théophile Gautier.

Volet de la maison "Barba" avec inscription prussienne manuscrite 1871© Musée des Avelines

Volet de la maison « Barba » avec inscription prussienne manuscrite 1871© Musée des Avelines

A ce sujet, l’exposition présente un document historique très particulier : le volet d’une maison. Située à côté de l’Eglise, sa cave avait servi de refuge à un couple, M. et Mme Barba. Emmanuelle Le Bail raconte : « lorsque le 28 janvier 1871 les Prussiens commencent à incendier l’église, Monsieur Barba, ancien maître couvreur et très attaché à cette église, fruit d’une souscription locale et récemment inaugurée en 1863, se précipite aux pieds du major Jacobi, Prussien catholique, pour le supplier d’épargner l’édifice. Touché, le major fait éteindre le début d’incendie et écrire au charbon de bois sur le volet : « cette maison sera épargnée jusqu’à nouvel ordre ». La maison ne brûlera pas et son propriétaire fera don de ce volet à la Mairie de Saint-Cloud, qui le confiera au Musée« .

Dans cette seconde salle, des gravures – notamment un ensemble exceptionnel d’eaux-fortes de François Pierdon tiré du recueil Saint-Cloud brûlé (1871)  -, photographies, cartes postales, documents d’archives témoignent de la destruction de la ville et de sa reconstruction. Laquelle, essentiellement grâce à la solidarité des habitants, sera relativement rapide,  comme en témoigne un article de journal de 1874 mentionnant Saint-Cloud comme destination de loisir des Parisiens. « S’il n’y avait pas ces photos des ruines, l’événement serait  presque oublié « , souligne Emmanuelle Le Bail, qui souhaite que l’exposition permette précisément de tirer d’un quasi oubli cette « année terrible » à Saint-Cloud.

À gauche, "rue de l'Eglise", François Pierdon (1821-1904), Eau-forte / À droite "Désastres de la guerre. Saint-Cloud incendié après l'armistice, Jean Andrieu (1816-1874), photographie © Musée des Avelines

À gauche, « rue de l’Eglise », François Pierdon (1821-1904), Eau-forte / À droite « Désastres de la guerre. Saint-Cloud incendié après l’armistice, Jean Andrieu (1816-1874), photographie © Musée des Avelines

Mission accomplie. Avant de redescendre vers la rotonde, un dernier regard plongeant  sur les gisants de Ernest Pignon-Ernest…

… en attendant la prochaine exposition, du 11 avril au 13 juillet 2013. Dans la série « Un artiste-Un univers », carte blanche sera donnée à l’artiste contemporain Coskun, dont les sculptures orneront également le jardin.

Le musée des Avelines © db

Le musée des Avelines © db

(1) Cette empreinte d’un gisant, sérigraphiée à partir de la photographie du cadavre d’un communard, Ernest Pignon-Ernest l’avait étalée sur une vingtaine de lieux de Paris, des marches du Sacré-Coeur à la Butte-aux-Cailles, « mais aussi autour du Père Lachaise et dans les escaliers du métro Charonne où périrent neuf manifestants en 1962 (anachronisme volontaire de l’artiste qui rentrait de la guerre d’Algérie) … « , précise Emmanuelle Le Bail dans le catalogue de de l’exposition.

(2) Le mobilier Boulle, qui se trouvait dans la galerie d’Apollon, est actuellement au Louvre, le trône de l’empereur à Fontainebleau, une Psyché à Compiègne, il y a aussi des pièces de mobilier à Versailles et à la Malmaison…Pour Emmanuelle Le Bail, « évoquer le château de Saint-Cloud sous le Second Empire au travers de son mobilier serait un beau sujet d’exposition, mais un projet ambitieux« …
Quant aux ruines du château, elles seront conservées une vingtaine d’années, puis vendues à un entrepreneur qui fera commerce de leur dispersion…

Pour lire l’article sur la précédente exposition-dossier Un dimanche à Saint-Cloud, cliquer ici

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