Sophie Paul Mortimer interprète « Les règles du savoir-vivre dans la société moderne » de Lagarce

Sophie Paul-Mortimer, « Les règles du savoir vivre dans la société moderne », Salle Panopée, Juin 2017 / photo Richard Baltauss


Du 28 au 30 mai 2018, la comédienne Sophie Paul Mortimer revient sur la scène de la Salle Panopée à Vanves pour trois nouvelles représentations de la pièce de Jean-Luc Lagarce. En juin 2017 on avait apprécié l’interprétation ardente qu’elle avait donnée, seule en scène, de ce texte singulier, un des derniers de l’auteur, écrit et créé en 1994. « Les règles du savoir vivre dans la société moderne » est inspiré de l’ouvrage éponyme – et à succès – de la baronne Staffe publié en 1889. Ce manuel des convenances dans le monde de la haute bourgeoisie, Jean-Luc Lagarce en a dynamité le verbe et la syntaxe pour livrer un texte drôle et corrosif où il pointe avec une ironie mordante la famille, l’amour, la mort, la solitude et les faux-semblants de la société.

«Ainsi que cela n’en finit jamais de se passer »….

Sur la scène où une méridienne constitue le seul décor, la comédienne est pieds nus, revêtue d’une robe longue de satin, décolletée, légèrement évasée tout en épousant les formes du corps; sur ses épaules une grande étoffe de soie rose qui sera étole, cape, voile… accompagnant la gestuelle et les déplacements dans l’espace, les variations d’humeur et de ton de cette Dame en rose dont on ne sait trop qui elle est, mais qui se révèle – oratrice ou pythonisse – totalement investie, passionnée même, dans l’énoncé de ces Règles du savoir-vivre dans la société moderne. 

De la naissance au deuil, en passant par les fiançailles, le mariage, les noces d’argent et d’or, l’ouvrage de la Baronne Staffe a décrit avec force détails la conduite à tenir pour tous ces moments importants de la vie dans la haute bourgeoisie en cette fin du XIXe siècle. (1) Tout en conservant des passages entiers du manuel de la Baronne, Jean-Luc Lagarce y a glissé des commentaires implicites ou explicites, sous forme d’apartés de l’oratrice, d’hésitations, de répétitions, d’énumérations – notamment le catalogue des prénoms féminins et masculins à choisir pour le baptême, aussi interminable que loufoque… Ce texte, Sophie Paul-Mortimer l’a découvert grâce à Jean-Louis Grinfeld, qui a fait partie de la troupe d’acteurs « historiques » autour de Jean-Luc Lagarce (2) et a mis en scène la comédienne dans un étonnant Dom Juan de Molière où elle interprète tous les rôles. (3)

« Ces règles, je les connaissais par coeur … Tout ce manuel aurait pu être écrit par ma grand-mère ! J’étais plongée dans quelque chose que je connaissais mais avais rejeté… En lisant Lagarce, j’ai pleuré de rire », confie Sophie Paul Mortimer.

Restait à construire la pièce. La dramaturgie, la mise en scène, la gestuelle ont été le fruit d’un travail collectif avec la comédienne, Roger-Daniel Bensky, critique et professeur à la Georgetown University à Washington – où la pièce  a été créée –  et Gérald Karlikow aux lumières.

« Le travail que nous avons fait avec Sophie Paul Mortimer vise à la fois à contre-mailler le texte afin de structurer clairement les étapes de la narration et à le démailler avec un brin de folie pour laisser s’ouvrir des espaces d’interrogation et de vide fécond où le jeu puisse rejaillir », explique Roger-Daniel Bensky. Justement, dans ces « espaces d’interrogation et de vide », la comédienne a vu comme une « faille » du personnage, « une douleur sous-jacente » au discours. Ce qui fait que son interprétation ajoute une dimension inquiète, fébrile à ce que peut avoir de comique, d’absurde, l’énoncé des préceptes de bienséance. Surtout lorsque cet énoncé commence, cela vaut d’être souligné, par ces mots : « Si l’enfant naît mort, est né mort »… Eh bien, « il faut quand même, tout de même, déclarer sa naissance  (…) et un médecin devra attester que sa mort a précédé sa naissance ». La baronne avait vraiment pensé à tout…

Ponctuant le texte de ses respirations, la musique joue aussi un rôle important dans la mise en scène, avec un choix aussi éclectique que pertinent, de Gounod aux chants mongols, en passant par Saint-Saëns, Elgar et des musiques de film – Marx Brothers ou Vicente Minelli.

Si « le Théâtre nous offre aussi des ovnis de scène qui donnent aux bateleurs bien du fil à retordre. Cette pièce, sans conteste, en est un », écrit Roger-Daniel Bensky. Disons qu’en l’occurrence les « bateleurs » s’en sont remarquablement sortis, et qu’une fois encore Sophie Paul-Mortimer impose sa présence et son jeu seule sur scène. Et que ce serait dommage de ne pas aller à la rencontre de cet « ovni de scène » posé à la Salle Panopée du théâtre de Vanves du 28 au 30 mai 2018.

Sophie Paul Mortimer pendant une répétition du spectacle © Richard Baltauss

 

(1) Nul doute que le pseudonyme aristocratique utilisé par l’auteure – Blanche-Augustine-Angèle Soyer (1843-1911) – aura contribué au succès de l’ouvrage auprès d’une classe soucieuse de sauvegarder les apparences dans un monde où les préoccupations liées à l’argent sont omniprésentes, régissent l’existence, mais doivent être exprimées avec élégance…
(2) Jean-Louis Grinfeld a notamment été le Mr Smith de La Cantatrice chauve de Ionesco, mise en scène par Lagarce en 1991 et reprise au théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet en janvier 2018.
(3) Un spectacle présenté en octobre 2012 au théâtre Panopée à Vanves. Pour en savoir plus, cliquer ici

Jean-Luc Lagarce (1957-1995) est un des auteurs les plus joués… On pourra notamment voir au théâtre de l’Odéon en mars 2019, le pays lointain, sa dernière pièce.

 

Salle Panopée
11 avenue Jacques Jezequel
92170 Vanves
Tél : 01 41 33 92 91

Accès :
Métro ligne 13 : Malakoff – Plateau de Vanves (puis 6 mn à pied)
Bus 89 : Square de l’Insurrection
Bus 126 : Carrefour de l’insurrection
Train : Gare SNCF Vanves-Malakoff (5 mn depuis Montparnasse)
Voiture : Périphérique, sortie Porte Brancion.
Vélib – Autolib

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