« Dessiner Cioran » : Dan Perjovschi au Musée de l’histoire de l’immigration.

Dan Perjovisch, "Dessiner Cioran", photos db © CNHI

Dan Perjovschi, « Dessiner Cioran », photos db © CNHI


À l’occasion de l’exposition Albums, Bande dessinée et immigration 1913-2013, le musée de la Porte dorée présente Dessiner Cioran, un ensemble de 71 dessins de l’artiste Dan Perjovschi, réalisés à l’occasion de la commémoration du centième anniversaire de la naissance de l’écrivain et philosophe roumain (1911-1995). Ces croquis, interprétations et mises en image de la pensée de Cioran, avaient envahi l’espace public de la ville de Bucarest au printemps 2011. Ils font désormais partie de la collection du Musée de l’histoire et des cultures de l’immigration où ils sont présentés jusqu’au 16 février 2014.

« L’inconvénient d’être né… Vivre c’est perdre du terrain« , « La seule fonction de la mémoire est de nous aider à regretter« , « Ce que je sais démolit ce que je veux« , « Le fait que la vie n’a aucun sens est une raison de vivre … La seule du reste » : ce sont là quelques aphorismes d’Emil Cioran,  sur les 27 que Dan Perjovschi a choisi d’illustrer de son trait au feutre noir.

Hommage d’un Roumain à un autre Roumain… S’ils ont aussi en commun d’avoir passé leur enfance dans la  ville de Sibiu (1), « c’est avant tout une rencontre esthétique qui les unit ici. Aux aphorismes percutants et sombres de Cioran répondent les « aphorismes visuels » de Perjovschi« . « Aphorismes visuels »,  l’expression convient à ces dessins minimalistes faisant écho – avec souvent la poésie en plus –  à ce mélange de désespérance absolue et d’humour ravageur qui caractérise la pensée de Cioran telle qu’elle s’exprime dans les citations sélectionnées par l’artiste et sans lesquelles ses croquis seraient comme autant de rébus difficilement déchiffrables.

Dan Perjovschi, "Cioran dans la rue". De gauche à droite : "La vie est un plagiat", "Souffrir, c'est produire de la connaissance", montage db ©CNHI

Dan Perjovschi, « Cioran dans la rue ». De gauche à droite : « La vie est un plagiat », « Souffrir, c’est produire de la connaissance », montage db ©CNHI

Cet ensemble de 71 dessins au feutre noir sur papier, 29,7 x 21 cm  a été réalisé en 2011 à l’occasion de la commémoration du centième anniversaire de la naissance de Cioran,  sous le double patronage de l’Ambassade de France en Roumanie et de l’Institut Français de Bucarest, en accord avec la Mairie de Bucarest, qui a permis l’affichage de Cioran dans la rue. Une video dans l’exposition restitue la force et la poésie de la présence de ces dessins en très grand format dans la capitale roumaine. On y voit aussi Dan Perjovschi à l’oeuvre (2).

Dan Perjovisch, intervention sur les vitres du Palais de la Porte dorée, janv.2014 © db

Dan Perjovschi, intervention sur les vitres du Palais de la Porte dorée, janv.2014 © db

L’artiste, qui a joué un rôle important dans la presse roumaine de l’après Ceausescu, se veut l’observateur attentif de la société contemporaine. En témoignent ses interventions sur les portes vitrées de la façade du Palais de la Porte Dorée, réalisées en présence du public les 18 et 19 janvier derniers et qui  restent visibles jusqu’au 27  avril 2014. Cette intervention n’est pas isolée dans la démarche artistique de Dan Perjovschi qui a déjà déployé ses dessins, caricatures et graffitis sur les murs et fenêtres de plusieurs institutions muséales et culturelles dans le monde : San Francisco Art institute, Centre Pompidou Paris, MoMA à New York, Tate Modern à Londres, Musée d’art Moderne de la ville de Paris, Musée d’art contemporain de Marseille, mais aussi les biennales de Lyon et Venise.

En visitant cette exposition de l’artiste roumain, ainsi que celle, très documentée, consacrée à la bande dessinée et l’immigration de 1913 à 2013, Albums, on a retrouvé  le bel espace du Musée de de l’histoire de l’immigration, installé dans le Palais de la Porte dorée. On a eu le plaisir de constater que cet espace repensé par Patrick Bouchain, dans les murs de ce « Palais » édifié à la gloire coloniale en 1931 et classé monument historique, fonctionnait de mieux en mieux, au fil des années : du vaste  atrium au plancher modulable offrant des micro espaces de convivialité ou de tranquillité,  à la circulation fluide dans les expositions permanente et temporaire, en passant par la cafetéria avec ses grandes tables et son buffet accueillants et sans prétention.

Palais de la Porte Dorée, atrium et façade © db

Palais de la Porte Dorée, atrium et façade © db

Le Musée de l’histoire de l’immigration a accueilli 92 080 visiteurs en 2013, soit une augmentation de 30% par rapport à l’année précédente. Un résultat auquel n’est pas étranger le succès de l’exposition ALBUMS, bande dessinée et immigration 1913-2103, ouverte en octobre 2013 et qui avait accueilli plus de 20 000 visiteurs fin décembre, soit le chiffre de fréquentation le plus important pour une exposition temporaire au musée depuis son ouverture. Ni non plus la fusion, effective en 2013, du Musée de l’histoire de l’immigration et de l’Aquarium dans un Etablissement Public unique, qui a également permis de proposer au public un forfait groupé pour l’ensemble du Palais de la Porte dorée. (3)

Enfin, en sortant, on admirera l’imposante étrangeté de la sculpture  monumentale de l’artiste d’origine sénégalaise, Diadji Diop, réalisée en 2009.  « … Dans le bonheur » , représente un homme en train de nager dont on ne voit qu’une partie du corps…

Diadji Diop,  "… Dans le bonheur", 2009 ©db

Diadji Diop, « … Dans le bonheur », 2009 ©db

(1) La ville transylvanienne de Sibiu – où Dan Perjovisch est né en 1961- possède un riche patrimoine architectural et culturel. Elle a été Capitale Européenne de la Culture en 2007 – année de l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne – en même temps que la ville de  Luxembourg. Pour en savoir plus, cliquer ici
(2) On regrettera seulement que cette vidéo ne puisse se regarder qu’accroupi devant un petit écran posé à même le sol, au pied des dessins. Lesquels auraient gagné en visibilité en étant affichés de manière moins dense et moins en hauteur.  Par ailleurs, le 18 janvier on avait du mal à trouver le lieu d’exposition de Dessiner Cioran (Hall Marie Curie, au rez-de-chaussée).
(3) Le 1er avril 2014, la nouvelle Galerie des dons ouvre au public. Installée au cœur du musée, elle présente des archives et objets personnels liés à des parcours de vie. Chacun peut contribuer à cette collection en faisant un don accompagné d’un témoignage. Chaque visiteur souhaitant confier le parcours migratoire de sa famille est invité à offrir au musée une part de son histoire personnelle, qu’elle soit individuelle ou collective, intime et singulière.
À partir de septembre 2014, l’exposition permanente « Repères », proposera une scénographie et un accrochage modifié, enrichis de nouvelles œuvres et contenus historiques. Fin novembre 2014, le Musée accueillera  une importante exposition consacrée à la contribution des couturiers d’origine étrangère à la prestigieuse Haute Couture parisienne, conçue en partenariat avec le Musée Galliera.

Musée de l’histoire de l’immigration
Palais de la Porte Dorée,
293 Avenue Daumesnil 75012 Paris
+33 1 53 59 58 60

Publicités
Cet article, publié dans Culture, Patrimoine, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s