« Comme une pierre qui… » : nouveau souffle à la Comédie-Française avec Eric Ruf

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Presque un an après sa nomination, le nouvel administrateur de la Maison de Molière a dévoilé le 15 juin la programmation pour la saison 2015/2016, la première de son cru. Metteurs en scène invités, à commencer par le cinéaste Arnaud Desplechin, entrées au répertoire, adaptation d’oeuvres non théâtrales – dont un livre sur Bob Dylan -, création de nouveaux rendez-vous avec le public : à la tête de cette maison qu’il connait bien pour y être entré il y a plus de vingt ans, et en toute conscience des contraintes, Eric Ruf entend y « pousser le théâtre vers sa modernité« .

Et très symboliquement, cette ambition s’accompagne d’ un nouveau logo. En forme de « cocarde », de « coeur de cible »,  il est rouge sur fond blanc et circulaire comme l’ancien, mais n’enferme plus en son centre la date fondatrice de 1680, y laissant la possibilité pour chaque spectateur de s’y inscrire hic et nunc : « vous êtes ici« , selon la formule  de géo-localisation de nos sorties de métro à laquelle on a envie d’ajouter « chez vous« … avec une pensée pour Antoine Vitez – le nom est évoqué de celui qui fut l’administrateur de la Comédie-Française de 1988 à sa mort deux ans plus tard –  et son « théâtre élitaire pour tous »…

LOGO COMEDIE FRANCAISE-001Autre « création » de cette nouvelle « charte graphique« , une « petite silhouette », empruntée au théâtre italien mais imprimée en filigrane, elle fait le lien entre passé et présent, en signalant sur le programme les nouveautés de la saison.

Et puisque « nous vieillissons tous« , la réalisation d’un nouveau trombinoscope des acteurs du Français a été confiée au photographe Stéphane Lavoué, choisi, explique Eric Ruf, pour sa manière de mettre en valeur « l’humanité » des personnages, dans des portraits qui ont beaucoup à voir avec la peinture classique (Rembrandt, Velasquez…).

logo_comedie_francaise« Au cours d’une saison, la mission de l’administrateur est de rêver les mariages les plus fertiles entre le répertoire choisi et les visions des artistes invités à les mettre en scène« , dit Eric Ruf. Cette mission il la met en pratique avec les trois nouveaux spectacles qui ouvrent la saison 2015/2016 dans les trois salles de la Comédie-Française. Sollicité,  Arnaud Desplechin a choisi pour sa première mise en scène de théâtre une pièce d’Auguste Strindberg, Père, qui traite de l’affrontement d’un couple pouvant mener jusqu’à la folie et la mort. Une oeuvre qui n’a pas été jouée depuis son entrée au répertoire en 1991 et dont le cinéaste est depuis longtemps familier. Comme il l’est de la troupe de la Comédie-Française avec laquelle il a réalisé notamment l’adaptation cinématographique de La Forêt, la pièce d’Alexandre Ostrovski, qu’Eric Ruf dit avoir tout particulièrement appréciée. (1)

Ouverture rock, avec Comme une pierre qui … D’après le livre de Greil Marcus, Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins, relatant la genèse mouvementée en 1965 de ce qui allait devenir l’une des plus grandes chansons rock du XXe siècle. Deux pensionnaires de la Troupe, Marie Rémond et Sébastien Pouderoux, signent l’adaptation et la mise en scène de ce spectacle qui sera présenté au Studio-Théâtre du 15 septembre au 25 octobre.

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Christian Hecq par Stéphane Lavoué © Comédie-Française

La scène du Vieux-Colombier va accueillir du 28 septembre au 8 novembre une version inattendue de 20000 lieues sous les mers  : le célèbre roman de Jules Verne devient théâtre de marionnettes. Pour la réalisation de ce spectacle, le sociétaire Christian Hecq (2), passionné par les marionnettes dont il a appris l’art de la manipulation, s’est associé avec Valérie Lesort qui pratique, elle, celui de leur fabrication… On attend le poulpe géant surgissant des profondeurs …

Retour aux classiques, avec Shakespeare et Roméo et Juliette, mis en scène par Eric Ruf décidé à casser la vision « romantique » d’une pièce finalement mal connue,  la prendre « à bras le corps » et lui redonner « tout ce qu’elle a de terrifiant« . Quant à Stéphane Braunschweig, l’actuel directeur du théâtre de la Colline, qui avait lui aussi postulé à la direction de la Comédie-Française, il livrera  sa version de Britannicus de Racine, abordant, pour sa première mise en scène au Français et à sa demande, le répertoire de la tragédie classique.  (salle Richelieu, de mai à juillet 2016)

Autre grand metteur en scène invité, Anatoli Vassiliev va monter  La musica deuxième  de Marguerite Duras. Ce dialogue entre un homme et une femme dans l’intimité d’un bar d’hôtel de province sera présenté au Vieux-Colombier, du 16 mars au 30 avril 2016. Egalement dans le registre contemporain c’est à Alain Françon, « un grand maître de la scène française » et « grand défricheur » de l’oeuvre du dramaturge britannique,  qu’il reviendra de mettre en scène La mer, d’Edward Bond. Cette pièce, inscrite au répertoire depuis 2011 n’avait pas encore été jouée.  Elle le sera du 5 mars au 15 juin, salle Richelieu.

Véronique Vella, par Stéphane Lavoué © Comédie-Française

Véronique Vella, par Stéphane Lavoué © Comédie-Française

Au programme de cette nouvelle saison, il y aura aussi Goldoni , dont Jean-Louis Benoit va mettre en scène Les rustres, satire de la bourgeoisie commerçante vénitienne, et Michel Vinaver – entré au répertoire en 2009 avec L’Ordinaire – dont La demande d’emploi sera mise en scène par le sociétaire Gilles David. Sans oublier sur la scène du Studio Théâtre – dont Eric Ruf espère que la fermeture annoncée, le sera encore au futur pour la saison 2016/2017 – Le Loup, extrait des Contes du Chat perché de Marcel Aymé et (re)mis en scène par Véronique Vella. (3)

Des nouveaux rendez-vous avec les acteurs sont proposés au public. Le « Grenier des acteurs », sous la blancheur de la Coupole de la Comédie-Française que les derniers travaux de restauration ont permis de dégager,  mettra en contact les spectateurs, un mardi par mois, avec un comédien qui viendra présenter un « livre de chevet« , une « oeuvre fondatrice« . Quant aux « Lectures vagabondes », elles offriront des « pérégrinations vers les dramaturgies étrangères« , avec un premier rendez-vous, le 10 octobre, consacré à l’écrivain congolais Sony Labou Tansi, mort il y a vingt ans.  (4)

Au chapitre des reprises on pourra voir ou revoir Lucrèce Borgia, Le Misanthrope, La maison de Bernarda Alba, La double inconstance, Cyrano, Un chapeau de paille d’Italie et Un fil à la patte. 

Une première saison bien nourrie et équilibrée … Même si le temps a manqué, Eric Ruf  en convient, pour convaincre quelques grands metteurs en scène étrangers de venir travailler dans la Maison de Molière… Et en attendant que la Comédie-Française puisse enfin se doter de la nouvelle salle tant espérée, « pour accueillir un répertoire dont nous avons la mission », souligne le nouvel administrateur,  mais qui ne peut pas être joué salle Richelieu.

L'emblème de la Ruche et la la devise de la Troupe de la comédie-Française: "Simul et singulis" (être ensemble et être soi-même) , initialement gravés sur les jetons de présence distribués aux comédiens, dès 1682

L’emblème de la Ruche et la la devise de la Troupe de la comédie-Française: « Simul et singulis » (être ensemble et être soi-même) , initialement gravés sur les jetons de présence distribués aux comédiens, dès 1682

 

(1) Eric Ruf – après Denis Podalydès et Michel Vuillermoz en 1996 dans Comment je me suis disputé … (ma vie sexuelle) – a joué dans le dernier film d’Arnaud Desplechin, Trois souvenirs de ma jeunesse.  Père, de Strindberg, sera présenté salle Richelieu, du 19 septembre 2015 au 4 janvier 2016
(2) Christian Hecq dont on a découvert le talent avec Un fil à la patte de Feydeau, dans la mise en scène de Jérôme Deschamps à la Comédie-Française en  2011. Un spectacle repris en juin/juillet 2016.
(3) Un spectacle dont on espère qu’il sera aussi réjouissant que Les trois petits cochons dont on s’était régalé en 2012 sur cette même scène du Studio-théâtre. On fait confiance à Vuillermoz dans le rôle du Loup…
(4) Très éclairant et chaleureux avait été l’hommage rendu à l’écrivain et dramaturge congolais sur la scène du Tarmac en février 2015, avec  Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée de Sony Labou Tansi, un texte écrit par Bernard Magnier

 

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