Exposition « De l’immersion à l’osmose, Chaosmose » au Château de Rentilly

Bojan Sarcevic, coll. IAC/ Photo Bernd Borchardt ©Bojan Sarcevic

Le Frac Ile-de-France accueille sur son site du Château de Rentilly une exposition réalisée à partir d’oeuvres issues de la collection de l’Institut d’art contemporain (IAC) Villeurbanne/Rhône-Alpes. Une interrogation sur les modalités et les bouleversements de notre présence au monde constitue le fil conducteur de « Chaosmose, de l’immersion à l’osmose » . Dépassant une vision anthropomorphe et anthropocentrique, les artistes explorent la relation de l’homme au monde, au cosmos,  en faisant appel à toutes les formes d’expression : vidéo, sculpture, installation, photo, dessin…
À voir jusqu’au 21 juillet 2019

Minot-Gormezano, « Antres UI », Coll. IAC/ Photo Yves Bresson/MAMC Saint-Étienne

Cette nouvelle exposition s’inscrit dans le projet du Frac Île-de-France-Château de Rentilly, de faire connaître les grandes collections, notamment publiques, d’art contemporain. C’est ainsi que les deux vastes plateaux aménagés par Xavier Veilhan (1) accueillent alternativement des oeuvres de la collection du Frac Île-de-France  et des oeuvres de la collection d’une autre institution. Après le Centre National des Arts Plastiques, le Musée de la chasse et de la Nature, le Centre Pompidou et, en 2018, le Frac Grand Large de Dunkerque (2),  c’est aujourd’hui l’Institut d’Art Contemporain (IAC) Villeurbanne/Rhône-Alpes, qui est invité à présenter une sélection de sa collection.

L’IAC  s’efforce, depuis sa création il y a une une dizaine d’années, de « mettre en avant la création et la recherche », explique sa directrice, Nathalie Ergino. Ce qui s’est traduit notamment par la création d’un Laboratoire espace cerveau.  Interdisciplinaire, ce Laboratoire rassemble les réflexions et les expériences d’artistes et de scientifiques (neurosciences, physique, astrophysique) ainsi que celles de philosophes, d’anthropologues, de théoriciens et d’historiens de l’art. La collection de l’IAC, qui est aussi celle du Fonds régional d’art contemporain (Frac) Rhône-Alpes, reflète cette démarche expérimentale, comme on peut le constater au fil de l’exposition.

Rentilly, Joachim Koester / Photo db

Au premier étage, le parcours s’effectue en grande partie dans la pénombre. Celle-ci, voulue par la nature des oeuvres exposées, essentiellement des vidéos, crée une ambiance particulière, offrant aux visiteurs une « immersion intérieure », pour reprendre l’expression de Nathalie Ergino, directrice de l’IAC, Villeurbanne/Rhône-Alpes.

Il y a en effet un côté fascinant, quasi hypnotique, de certaines oeuvres. Comme celle de Hicham Berrada (Casablanca,1986) qui, en filmant des réactions chimiques, crée l’illusion d’un paysage naturel toujours en mouvement; ou de Joachim Koester (Copenhague, 1962) qui filme les mains d’un acteur en train de reconstituer des figures géométriques (Variations of incomplete Open Cubes). Avec cette vidéo en noir et blanc le visiteur fait aussi l’expérience d’une sorte d’osmose entre l’oeuvre et le lieu : le mouvement des feuillages  du cèdre qu’on aperçoit au travers de l’une des larges fenêtres donnant sur le parc est comme un écho au mouvement des mains sur l’écran…

Quant à Bojan Sarcevic (Belgrade, 1974), c’est la relation à la sculpture et à l’espace qu’il met en scène dans son film Only After Dark (2007), dans un agencement subtil de matériaux : plexiglas,  feuilles de cuivre et  fine branche d’arbuste avec ses bourgeons.

Berdaguer & Péjus, Courtesy des artistes et galerie Papillon, Paris © ADAGP, Paris, 2019

Le visiteur passe brusquement de la pénombre à la lumière, en franchissant le sas qui mène à l’espace dévolu aux Arbres de Christophe Berdaguer et Marie Péjus. Dans cet espace clos à la blancheur éblouissante, les deux sculptures de résine ont un aspect à la fois irréel et inquiétant. Intéressé par les pathologies mentales, le duo d’artistes a produit une série d’Arbres à partir de dessins réalisés lors d’un teste psychiatrique.

Sigmar Polke, coll. IAC / Photo Yves Bresson, MAMC Saint-Étienne © The Estate of Sigmar Polke, Cologne/Adagp, Paris, 2019

« De la perception de l’espace à la fusion avec l’environnement, les oeuvres rassemblées dans la seconde partie du parcours interrogent les limites entre l’humain et et le non humain », explique Nathalie Ergino. « Fusion avec l’environnement », c’est bien ce qu’expriment les photographies en noir et blanc de Pierre Minot (Lyon,1948) et Gilbert Gormezano (Portugal, 1945-2015) dans lesquelles paysage minéral et corps humain semblent littéralement ne plus faire qu’un. (Voir plus haut)

Autre démarche chez Sigmar Polke (Pologne, 1941- Allemagne, 2010) où  la fusion avec l’humain se fait par le biais d’une illusion anthropomorphe : dans la série de photographies de paysages, Les Olgas (1981), un sexe féminin semble à chaque fois apparaître sur les falaises et collines photographiées.

Avec Chronographie de robe de goutte d’eau (2014), Linda Sanchez (Thonon-les-Bains, 1983)  transforme la trajectoire d’une goutte d’eau filmée au ralenti en un dessin tracé à l’encre qui, agrandi soixante fois, évoque « aussi bien le passage d’une comète, qu’un écoulement géologique ».

Giuseppe Penone, « Propagazione », coll. Frac Corse/ Photo db © Adagp, Paris, 2019

De tracé il est aussi question avec Giuseppe Penone (Garessio, Italie, 1947) qui, dans Propagazione (1995) fait déborder les lignes concentriques de ses empreintes digitales au delà de la feuille, puis  sur toute l’étendue du mur, faisant penser aux anneaux de croissance d’un arbre où aux ondes de propagation dans l’eau… (3)

Ce sont là quelques oeuvres parmi la dizaine exposées dans ce second parcours qui se referme sur Chanson florale, le jardin méditerranéen réalisé en 2018 par Maria Tereza Alves (São Paulo, 1961). L’installation s’accompagne d’un dispositif sonore énonçant le nom des plantes, réalisé avec les voix de l’équipe de l’IAC.

Hicham Berrada, « Présage » 04/10/2014, 22h09 © Adagp, Paris 2019


(1)
Situé au coeur du Parc culturel de Rentilly (Seine-et-Marne), le château a rouvert ses portes en novembre 2014 après d’importants travaux de réhabilitation. C’est une véritable métamorphose de l’édifice qui a été accomplie par l’artiste Xavier Veilhan et son équipe. Une façade-miroir en acier inoxydable a fait de ce château une sculpture, en totale cohérence avec un lieu dédié à la diffusion de l’art contemporain auprès du grand public. Pour en savoir plus, cliquer ici.
(2) On avait rendu compte ici-même de l’exposition du Frac Grand Large de Dunkerque Le paradoxe de l’Iceberg.
(3) Propagazione fait penser à d’autres oeuvres de Giuseppe Penone : les « Anatomies » sculptées dans le marbre blanc, sortes d’empreintes fossiles de la nature végétale, ou du réseau veineux humain, ou encore empreintes digitales. On avait pu les voir en 2013 dans les jardins de Versailles l’artiste avait été invité à exposer, à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance de Le Nôtre.   

Château de Rentilly / Frac Ile-de-France © db

Domaine de Rentilly
1 rue de l’étang
77600 Bussy-Saint-Martin
Tél.:01 60 35 46 72Accès

RER A : arrêt station Torcy puis à pied
(15 minutes)
Bus : PEP’S lignes 46/25/13 (arrêt Cèdre

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