CHÂTEAU de la ROCHE- GUYON : Oh, que c’est beau !

Le château de La Roche Guyon vu du jardin potager / DB

Le Château de la Roche-Guyon dans le Val d’Oise, c’est d’abord un site exceptionnel. Adossé depuis le Moyen-Âge à une falaise de craie surmontée par l’un des plus anciens donjons de France, situé en bordure d’une boucle de la Seine, l’édifice est à lui seul un parcours d’architectures, sans oublier ses jardins, anglais et potager. C’est aussi un lieu habité par la pensée des Lumières et animé d’un souci citoyen. Nombreux sont les prétextes au fil de l’année pour en faire la découverte : parcours d’art contemporain dans le domaine, Fête des plantes en mai, Journées européennes du patrimoine en septembre, ou encore la manifestation OKSEBÔ LES DUOS. La troisième édition, du 29 septembre au 7 octobre 2012 rassemblera dans les anciennes écuries du château une dizaine d’œuvres réalisées par autant de duos artiste-artisan.

Mais auparavant, le château aura ouvert grand ses portes les 15 et 16 septembre pour les JEP, placées cette année sous le signe des « patrimoines cachés »…

S’il est loin d’être « caché », c’est très progressivement que le château de la Roche-Guyon se dévoile au visiteur. C’est là le fruit d’une histoire de dix siècles, de la forteresse primitive creusée dans la craie aux casemates aménagées par Rommel durant la seconde guerre mondiale en passant par les pavillons et jardins aménagés au siècle des Lumières par la famille de La Rochefoucauld (1) et la duchesse d’Enville, le tout dominé au sommet de la falaise par un donjon offrant une vue imprenable sur la Seine…

Le jardin Potager vu du Donjon / DB

… Et aussi sur l’impeccable géométrie du jardin potager. Aménagé au XVIII siècle à l’initiative du duc Alexandre de La Rochefoucauld et de sa fille la duchesse d’Enville, proches des milieux de l’Encyclopédie et du mouvement des physiocrates, il déploie en bordure de Seine sur 3,5 hectares son dessin rigoureux : quatre carrés divisés chacun en huit triangles rectangles séparés par des allées convergeant vers le centre.

Le jardin, redevenu entre temps un terrain vague, a fait l’objet d’une première restauration en 2004. « Un peu radicale » – le terme est du paysagiste et urbaniste Thierry Hau qui accompagne notre visite – pour avoir collé trop étroitement à un plan du XVIIIe siècle, inadapté aux conditions actuelles d’entretien et de gestion.

Sculpture de Bernard Pagès, « L’échappée III, dans le potager fruitier / DB

La démarche de restauration sera infléchie à partir de 2008, sous le parrainage de Gilles Clément, avec un projet de remise en culture prenant en compte l’écologie et la bio-diversité, ainsi qu’une fonction sociale – « citoyenne » –  avec la mise en place en 2009 d’un chantier d’insertion. Soutenu par le Conseil Général du val d’Oise et porté par l’association VieVert, il emploie une douzaine de personnes. Et désormais, légumes et fruits du potager-fruitier, ainsi que confitures et jus fabriqués sur place sont vendus au château. On recommande la confiture pomme-citron…

On change radicalement de décor avec le jardin anglais. Vestige des « promenades sublimes » de la duchesse d’Enville, la végétation y a repris ses droits, dans un entrelacs de verdure au milieu duquel serpente un chemin en lacets débouchant sur un belvédère. Habituellement fermé au public, il sera ouvert pour des visites guidées les samedi 15 et dimanche 16 septembre à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine. (2)

Une allée du jardin anglais / DB

On admire la vue, puis on gagne le donjon en franchissant ses trois enceintes, avant de redescendre vers le château au fil des 259 marches d’un souterrain creusé dans la falaise. On suspend un instant la descente pour s’arrêter au pigeonnier où Ernest Pignon-Ernest a installé dans chaque niche un crâne sérigraphié, transformant en vanité cet ancien symbole de la richesse des propriétaires. Un avant goût du musée éphémère d’art contemporain installé dans le château et ses dépendances et dont les œuvres se découvrent tout au long du parcours de visite. (3)

Les « Vanités » d’Ernest Pignon-Ernest dans le Pigonnier / DB

Cette « exposition » d’un genre assez particulier résulte d’un projet au long cours, d’après une idée de Jean Le Gac. Invité lui-même à la fin des années 2000 à exposer dans le Château, l’artiste a renoncé à se lancer dans cette aventure en solitaire et proposé dans une lettre titrée « On emménage au Château » et adressée à une liste d’amis, de réunir les artistes français de la génération des années 1970 sans qui l’art contemporain ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.

En six « emménagements », d’avril 2010 à mars 2012, une petite trentaine d’artistes invités (4) ont décidé d’installer ou de réaliser une œuvre dans un des espaces du château, créant ainsi une sorte d’exposition-musée.

Les livres fantômes d’alain Fleischer / DB

Les œuvres présentées – ou plutôt « présentes » – dans On emménage au château ne relèvent d’aucune thématique commune imposée ou suggérée, d’aucune cohérence délibérée. Elles habitent l’espace, les espaces, avec bonheur et cohabitent pacifiquement avec les rares pièces anciennes qui subsistent – comme la tapisserie des Gobelins de la reine Esther dans la salle de la duchesse d’Enville – ou parfois les remplacent, comme les ouvrages « fantômes » installés par Alain Flescher pour évoquer les 12000 ouvrages de la bibliothèque vendus en 1987 par les propriétaires du château. S’il s’avère difficile de tout voir en une seule visite, ce musée éphémère donne une respiration particulière à la visite du château de la Roche-Guyon…

Le château adossé à la falaise avec son portique monumental sur la cour d’honneur / DB

On pourra aussi profiter de la troisième édition de OKSÉBÔ LES DUOS  pour se lancer dans l’aventure de la découverte du site. Cette année, c’est sous le thème « Emerger-Disparaître » qu’une dizaine de nouveaux duos artiste-artisan unissent unissant leur différence ou leur complémentarité pour donner naissance à des créations conjuguant des formes artistiques variées : peinture, gravure, céramique, textile, photographie, ébénisterie, dorure sur bois, reliure dorure sur cuir, enluminure, verre, mosaïque et sculpture.

A l’origine de la manifestation, l’association Oksébô qui s’est donné pour but de « tisser des liens durables et de qualité entre créateurs issus de pratiques artistiques ou artisanales diverses et de les conduire à la rencontre du public, du territoire et de ses acteurs, dans un esprit de partage et de décloisonnement des techniques »..

Et pourquoi pas terminer par une balade dans le village de La Roche-Guyon, le seul en Île- de-France à être classé parmi les plus beaux villages de France…

Vue sur la Seine, du Belvédère / DB

(1) A laquelle le domaine appartient toujours, cédé en bail emphytéotique à l’Etablissement Public de Coopération Culturelle (EPCC) du château de La Roche-Guyon.
(2 ) visites guidées à 14h, 15h45 et 17h, comprises dans le droit d’entrée à 2€ / durée : 1h30 (pas de sortie anticipée possible, chaussures de marche recommandées) / jauge limitée à 25 personnes.
(3 ) Des médiateurs accueillent les visiteurs dans les salles, l’après midi. Par ailleurs des visites guidées en compagnie d’artistes ou d’amateurs éclairés auront lieu les dimanches 29 septembre, 21 octobre et 18 novembre.
(4) Il s’agit de : Jean-Pierre Bertrand – François Bouillon – Pierre Buraglio – Daniel Buren – André Cadere – Louis Cane – Gérard Collin-Thiébaut – Daniel Dezeuze – Alain Fleischer – Paul Armand Gette – Toni Grand – Christian Jaccard- Lefevre Jean Claude – Jean Le Gac – Jean-Michel Meurice – Bernard Pagès – Gina Pane – Jean-Luc Parant – Ernest Pignon-Ernest – Jean-Pierre Pincemin – Anne et Patrick Poirier – Claude Rutault- Patrick Saytour – Pierre Skira – Gérard Titus-Carmel – André Valensi – Claude Viallat.
Inaugurée le 10 mars 2012, l’exposition est ouverte jusqu’au 25 novembre 2012.

E.P.C.C du Château de La Roche-Guyon 
1 rue de l’Audience
95780 La Roche-Guyon
Tél. 01 34 79 74 42
Courriel : information@chateaudelarocheguyon.fr

 

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3 commentaires pour CHÂTEAU de la ROCHE- GUYON : Oh, que c’est beau !

  1. Françoise Bossoutrot dit :

    Un lieu exceptionnel…. dont la vie s’est amplifiée et embellie avec l’animation de son Directeur Yves Chevallier, depuis qu’il a rejoint le Château…. Un joyau du Parc Naturel régional du Vexin français, lui-même à visiter tout entier!

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  2. Ping : « États de Sièges  et « Ouvrage(s)  : Deux expositions au Château de la Roche-Guyon… | «De Belles choses

  3. Très bel endroit et magnifique travail d’Ernesrt Pignon Ernest !

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