« États de Sièges » et « Ouvrage(s) » : Deux expositions au Château de La Roche-Guyon…

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La première aurait pu tout aussi bien s’appeler « Le siège dans tous ses états« , mais s’agissant d’un édifice ayant dû résister du haut de son donjon à de multiples assauts, ces « États de Sièges » sont un joli clin d’oeil au lieu. Le dernier de ces assauts, non guerrier mais non moins dommageable, a consisté, fin 1987, à vider le château de tout son mobilier et de ses objets précieux, mis aux enchères. Au moins cent vingt sièges ont ainsi quitté pour toujours le château de La Roche-Guyon. Quelque trente ans plus tard, ils sont presque autant, de toutes les époques, à être rassemblés le temps d’une exposition.
Quant aux « Ouvrage(s) » de Pierre Bernard, c’est l’occasion de découvrir le travail très particulier de ce sculpteur qui a fait du fil  tricoté au crochet la matière d’une oeuvre aux multiples dimensions.
À voir jusqu’au 27 novembre 2016. 

Oui, un véritable « cataclysme » cette dispersion du « trésor » que depuis la fin du XVIIe siècle, les générations successives avaient fait de ce château avec son mobilier, sa bibliothèque, ses instruments scientifiques et les fameuses tapisseries d’Esther.  Si le mobilier du Grand Salon est aujourd’hui au Louvre et dans le salon d’honneur d’Axa, « les tapisseries sont revenues au château dix ans plus tard, rachetées par le département à Karl Lagerfeld« , rappelle Yves Chevallier, directeur de l’Établissement public de Coopération culturelle (EPCC) du Château de La Roche-Guyon et commissaire de l’exposition.

ETATS DE SIEGESQuelques rachats, mais surtout, depuis douze ans, le château « fantôme » se relève de la dévastation de son patrimoine par une intense activité culturelle – expositions d’art,  manifestations artistiques, éditions, etc. –  qui redonne vie et sens à ce qui fut un haut lieu des Lumières (1)

"Hardrocking chair extrem", Vincent Mauger, 2007/photo db

« Hardrocking chair extrem », Vincent Mauger, 2007/photo db

Il en est ainsi de cette nouvelle exposition États de sièges, « un geste d’amour envers le château » puisqu’elle lui offre « en souvenir de son mobilier perdu, des dizaines de sièges, cathèdres et autres tabourets, sans souci chronologique, mais tous chargés de l’habilité, de la passion, du savoir-faire, du doigté des artisans ébénistes et des designers qui les ont créées », explique Yves Chevallier. (2)

Ni chronologie, ni thématique … C’est plutôt un esprit ludique qui a présidé à l’organisation de l’exposition dont le commissaire revendique « le caractère a priori non scientifique mais créateur d’émotions« . Ainsi, la chaise à porteurs de Ninon de Lenclos prêtée par le château de Villarceaux pourrait-elle dialoguer avec le fauteuil en osier du film Emmanuelle et la chaise de Niki de Saint Phalle, tandis que le tabouret Napoléon de Philippe Starck vient servir d’assise au trône réalisé en 1812 pour Napoléon 1er pour le palais de Monte Cavallo à Rome.  De même qu’on n’a pu s’empêcher de considérer un brin humoristique la présence d’un fauteuil roulant de 1930 (oeuvre conservée au musée de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris) sous la tapisserie Le dédain de Mardochée (troisième pièce de la Tenture d’Esther), le dit fauteuil semblant attendre le vieillard prosterné sur les marches…

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Mais l’exposition est aussi une façon de faire « comme si le château n’avait cessé de se meubler de façon contemporaine par les générations successives dans un esprit de modernité jusqu’à aujourd’hui. Comme si le temps ne s’était pas arrêté. », souligne Yves Chevallier

ETATS DE SIEGESDes sièges,  il y en a aussi dans la bibliothèque. Grandeur nature dans l’espace central, en miniatures, sur un rayonnage où l’on reconnait, entre autres, le canapé de Pierre Paulin. Tout autour, les livres « fantômes » de l’installation permanente réalisée par Alain Fleischer font écho aux 12000 ouvrages de la bibliothèque vendus en 1987…

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À l’occasion de l’exposition, l’artiste aux multiples facettes qu’est Alain Fleischer  a écrit une nouvelle, L’Inventaire, publiée dans le catalogue avec des photographies de l’auteur. Il y est question d’un Château du Siège où le narrateur venu faire l’inventaire – c’est son métier – ne trouvera guère que … des sièges, tandis que des fantômes auront « impressionné » la pellicule de son appareil photo. Une pépite ce petit livre/catalogue. (3)

Le visiteur pourra, à sa guise, convoquer les siens – de fantômes – en visitant l’exposition et qu’il soit rassuré : certains sièges sont à sa disposition pour s’y délasser… avant de repartir à la rencontre des Ouvrage(s) de Pierre Bernard, présentés à partir du 10 septembre dans le cabinet de curiosité(s) – juste à côté de la Bibliothèque – et les salles des communs du château.

Pierre Bernard, "Méduses" / DR

Pierre Bernard, « Méduses » / DR

Heureux, ceux qui auront attendu ce début d’automne pour se rendre à La Roche-Guyon, car ils pourront découvrir le travail très particulier de ce sculpteur qui, pendant une trentaine d’années,  a fait  de la maille crochetée la matière de son oeuvre.

Des ouvrages « réalisés pour une grande part, chaque jour dans les transports en commun, entre Jouy le Moutier où j’habite et la Défense où je travaille mais également lors de mes déplacements en province », expliquait-il en 2011, présentant ainsi son travail : « C’est un moyen que j’ai choisi pour mener une recherche sur les formes : essayer de comprendre de l’intérieur l’ondulation d’une feuille de houx, la règle de croissance de la coquille d’escargot, la structure d’une oreille… Les mailles qui se suivent, sont pour moi comme un chapelet que l’on égraine ; ce sont des parcelles de temps qui prennent corps. C’est un travail sur la limite, sur le bord : dans le même temps se constituent un intérieur et un extérieur. »

Pierre Bernard, Exposition "Ouvrage(s)", Château de la Roche-Guyon /Photos Amand Berteigne

Pierre Bernard, Exposition « Ouvrage(s) », Château de la Roche-Guyon /Photos Amand Berteigne

Cette exposition, Ouvrage(s), réalisée par sa femme, Christine Bouvier-Bernard – artiste-graveur – sa « tribu » et ses amis, n’est pas la première rencontre des oeuvres de Pierre Bernard avec le château de la Roche-Guyon. En 2010, avec la chorégraphe Martine Hamel, il avait créé des formes habitées par des danseurs et habillé des arbres au jardin anglais, « suivant un fil continu de la matière au mouvement, du mouvement à la nature« .

Ce mouvement, c’est aussi celui des mains, que Christine Bouvier-Bernard a su saisir par le dessin…

PIERRE BERARD MAINS

« Au fil du temps » , 2006 / Photo Henri Delage

(1) Quelques expositions et manifestations :
Être et Paraître, la vie aristocratique au XVIIIe siècle
Le jardin anglais: Ici sont passés
Oksebo: duos d’artistes et artisans

(2) L’exposition États de Sièges, sur une idée de Christian Olivereau, conservateur des antiquités et objets d’art du Val d’Oise, a été réalisée avec le concours des institutions et musées : Mobilier National, Centre national des Arts plastiques (CNAP), Musée des Arts Décoratifs, Musée de Saint Quentin-en-Yvelines, Musée national de la Renaissance, Parc naturel régional du Vexin français, Château de Villarceaux, Maison-Musée Chataubriand, Assistance Publique-Hopitaux de Paris, Vitra.

Le château de La Roche-Guyon © db

Le château de La Roche-Guyon © db

(3) États de sièges, Éditions Château de la Roche-Guyon/Artlys 18 Euros.
Alain Fleischer est écrivain – il a publié à ce jour une cinquantaine d’ouvrages – , cinéaste et photographe, créateur du Fresnoy – Studio national des arts contemporains.

Le chateau de La Roche-Guyon
1 Rue de l’Audience
95780 La Roche-Guyon

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