Le MAHABHARATA, de l’Inde au Japon….

Mahabharata, La reine Damayanti © Takuma Uchida

Mahabharata, La reine Damayanti © Takuma Uchida

… en passant par le Théâtre Levi-Strauss du Musée du Quai Branly, où la troupe du Shizuoka Performing Arts Center s’est à nouveau posée, pour cinq représentations de L’histoire du Roi Nala, un épisode de la mythique épopée indienne du Mahabharata,  mis en scène par Satoshi Miyagi, directeur de cette scène japonaise de théâtre contemporain.
Un spectacle total et somptueux, mêlant tradition et modernité, souffle épique et humour, et porté pendant près de deux heures par l’énergie et le talent des 25 comédiens et musiciens  de la troupe.
A voir jusqu’au 10 février 2013.

Créé en 2003 au Musée National de Tokyo, ce Mahabharata japonais avait été présenté à l’ouverture du théâtre Claude Lévi-Strauss en 2006. Son retour sur la scène de cette belle salle du Musée du quai Branly offre une nouvelle opportunité au public parisien de découvrir la beauté et l’originalité de ce spectacle.

D’abord à la tête de sa compagnie Ku Na’uka créée en 1990, ensuite, depuis 2007, à celle du Shizuoka Performing Arts Center où il a succédé à Tadashi Suzuki, Satoshi Miyagi pratique un art dramatique inspiré du théâtre traditionnel japonais et dont l’une des caractéristiques les plus marquantes est l’interprétation d’un même personnage par deux comédiens, un narrateur et un acteur. Une dissociation de la parole et du corps qui démultiplie l’énergie sur la scène et que cet adepte du métissage culturel a souvent mis au service des tragédies grecques, classiques et modernes, de Sophocle à Tennessee Williams en passant par Shakespeare. Sans que ce soit non plus un procédé systématique.

Mahabharata © Takuma Uchida

Mahabharata, le roi Nala et la princesse Dayamanti © Takuma Uchida

C’est d’ailleurs cette souplesse et le mélange des genres qui donnent toute sa richesse, son originalité et sa saveur  à cette mise en scène du Mahabharata,  plus précisément du Nalacharitam ou Épisode du roi Nala. Cet épisode,  relativement court et sans relation directe avec l’histoire centrale de l’épopée-fleuve qu’est le Mahabharata (1), narre l’amour indéfectible que se vouent le valeureux roi Nala et la belle princesse Damayanti dont l’union a été bénie des dieux, mais que la malfaisance d’un démon jaloux va mettre à rude épreuve. Ensorcelé, le roi va perdre au jeu son royaume au profit de son frère, les époux vont errer séparément dans la forêt, se changer en serviteurs, avant de pouvoir enfin se retrouver eux et leur royaume et échapper à ce cycle de tourments.

Tous ces événements se déroulent sur deux plateaux surélevés installés sur la scène; l’un central, autour duquel ont pris place les musiciens avec leurs instruments – essentiellement des percussions de tous horizons (gamelan, djembé, etc.) – l’autre, plus petit, côté jardin. Des marches assurent la circulation entre les deux espaces, comme avec la passerelle en fond de scène.

Mahabharata, les dieux masqués © Takuma Ushida (montage db)

Mahabharata, les dieux masqués © Takuma Ushida

Une scène où se découpent la blancheur des masques de papier et la somptuosité des costumes des dieux et des princes, dans le droit fil de la tradition japonaise où a puisé le metteur en scène. « Si le Mahabharata et l’histoire du Roi Nala (Nalacharitam) s’étaient propagés jusqu’au Japon à l’époque d’Héian (Xe ou XIe siècle) quelles belles peintures sur rouleaux les Japonais auraient-ils dessinés? », s’est demandé Satoshi Miyagi. D’où l’action qui par moments se fige en tableau, la simultanéité des actions qui devient fresque. La beauté visuelle du spectacle doit beaucoup au mélange de somptuosité et de sobriété, de complexité et de simplicité version origami (2) de la scénographie (Jumpei Kizu) et de la mise en scène.

 Le Mahabharata ©MQB

Le Mahabharata ©MQB

Si le souffle épique du Mahabharata est présent, il n’exclut pas  la distance. « J’ai décidé de faire face à cet autre qu’incarne le Mahabharata en respectant une certaine distance, tout comme les Japonais ont su le faire dans leur histoire avec le monde extérieur« , explique le metteur en scène. Une distance qui prend la forme d’un clin d’oeil humoristique au monde contemporain, donc au public, lorsque  l’annonce publique de nouvelles noces par la princesse Dayamanti – stratagème par lequel elle espère faire revenir son royal époux – devient spot publicitaire pour le Dayaman Tea !

Saluons la belle énergie des comédiens et musiciens qui font de ce Mahabharata japonais un spectacle total autant qu’universel.

(Un seul regret : l’indigente banalité de l’affiche du spectacle qu’on croirait avoir été imaginée pour une représentation de Madame Butterfly !)

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(1) Epopée sanskrite de la mythologie hindoue, le Mahabharata, avec plus de 120 000 strophes et 250 000 vers – quinze fois plus que l’Iliade – est souvent considéré comme le plus grand poème jamais composé. « Pour les Indiens c’est la Bible et Shakespeare« , déclarait Peter Brook lors de sa mise en scène du Mahabharata au Festival d’Avignon en 1985. Le spectacle(grandiose) était présenté au fil de trois soirées consécutives dans le décor naturel de la carrière de Callet-Boulbon.
(2) Deux séances d’atelier Origami sont proposées et animées par les artistes du spectacle les samedi 9 février 2013 à 16h et dimanche 10 février 2013 à 14h dans le foyer du théâtre Claude Lévi-Strauss. (accès libre et gratuit. Réservations au 0156 61 71 72.)

Prochaines représentations (1h45 sans entracte):
Les vendredi 8, samedi 9 février à 20hle dimanche 10 février à 17h

tarifs : 15 € / 10 €
A noter que les billets donnent accès au plateau des collections du musée, le jour du spectacle. Lequel, en japonais sur-titré en français, est accessible à partir de 10 ans. 

Le Musée du Quai Branly

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