Birck à Brac

On excusera l’intitulé de cette page, mais j’ai été nourrie (côté paternel) par le jeu de mots laid et le calembour bon… Personne n’est parfait !

On trouvera ici des références et commentaires plus personnels – et néanmoins sérieux! – à propos d’articles publiés sur ce blog ou d’autres sujets…

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                   Corset, suite : détours cinématographiques…

L’évocation du corset, à l’occasion du livre récent d’Hubert Barrère et Charles-Arthur Boyer (1), a fait ressurgir deux souvenirs cinématographiques. Tout d’abord, la Princesse de Clèves, de Jean Delannoy, tourné en 1961 avec Marina Vlady (sublime), Jean-François Poron, si beau dans le rôle du jeune Duc de Nemours (2) et Jean Marais, admirable de justesse dans celui du Prince de Clèves.

Les robes corsetées de la princesse – nous sommes à l’époque des Valois – sont de celles qui compriment la poitrine, la taille et les hanches au point de provoquer quelques évanouissements de l’actrice. « Une oppression vestimentaire permanente », pour reprendre l’expression d’Hubert Barrère, un corset « tout à la fois sacrificiel et rédempteur, car la mortification qu’il leur [aux femmes] inflige permet le salut de leur âme ». Il expose aux regards la possibilité de la faute et son interdiction, sachant que la pensée de la faute est déjà celle-ci… Chose apparemment incompréhensible et mortellement ennuyeuse pour certains, quelques siècles plus tard… (3)

L’autre référence est celle de Titanic, le film de James Cameron (1998), avec le couple inoubliable de Rose, fille de la haute bourgeoisie, et Jack, jeune artiste sans le sou, Kate Winslet et Leonardo di Caprio. On est en 1912 et le corset, s’il ne cache plus les attraits féminins et a plutôt tendance à les mettre en valeur, ne bloque plus la respiration et permet à Rose de se livrer à une danse irlandaise endiablée, est encore sinon garant, du moins symbole de vertu. Il n’est qu’à voir l’énergie vengeresse de la mère de Rose à lacer le corset de sa fille lorsque la conduite de celle-ci risque de faire capoter le mariage avec un riche aristocrate… Corsetage vain, les amours interdites seront consommées, avant le naufrage… du Titanic.


(1) Corset, éditions du Rouergue/coll. Bibliothèque du Costume. Pour lire l’article, cliquer ici.
(2) Il fallait être à la hauteur de la description qu’en fait Mme de La Fayette : « Ce prince était un chef-d’œuvre de la nature ; ce qu’il avait de moins admirable, c’était d’être l’homme du monde le mieux fait et le plus beau. Ce qui le mettait au-dessus des autres était une valeur incomparable, et un agrément dans son esprit, dans son visage et dans ses actions que l’on n’a jamais vu qu’à lui seul ; il avait un enjouement qui plaisait également aux hommes et aux femmes, une adresse extraordinaire dans tous ses exercices, une manière de s’habiller qui était toujours suivie de tout le monde, sans pouvoir être imitée, et enfin un air dans toute sa personne qui faisait qu’on ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux où il paraissait. »
(3) http://blogs.rue89.com/mon-oeil/2008/07/25/nicolas-sarkozy-kaercherise-encore-la-princesse-de-cleves

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                      OSCAR WILDE : Please, no more kisses …

La tombe d’Oscar Wilde au Cimetière du Père Lachaise est gravement menacée par les baisers que ses admirateurs de passage y déposent. Le rouge à lèvre se révèle au fil des années pire que les graffitis. Si ceux-ci peuvent s’effacer, la matière grasse du rouge à lèvre s’incruste dans la pierre et y laisse une trace indélébile… A l’occasion du 111ème anniversaire de la mort d’Oscar Wilde, le gouvernement irlandais, représenté par son ministre de la culture, organisait mercredi 30 novembre 2011 une cérémonie officielle pour présenter un nouveau projet de rénovation et de protection de la sépulture, déjà restaurée en 1992 et classée Monument historique depuis 1997. Retour sur une histoire mouvementée…

A sa mort en 1900 Oscar Wilde était totalement ruiné. Le mieux que ses amis pouvaient lui offrir était un enterrement de « 6ème classe » hors Paris, à Bagneux. Au cours des années suivantes, son ami et légataire universel Robert Ross réussit, grâce à la vente de ses œuvres et en particulier De profundis (cette longue lettre adressée à Alfred Douglas depuis sa prison), à effacer les dettes de Wilde et à acquérir une concession à perpétuité au Père Lachaise à Paris.

La tombe en 1995 / Gordon Brentin

L’année suivante, Mrs Helen Carew, une amie de Robert Ross qui avait connu Wilde au temps de sa splendeur, fit un don anonyme de 2000£ pour que le jeune et controversé sculpteur Jacob Epstein réalise une œuvre pour orner la sépulture. Le projet, un ange en vol d’inspiration assyrienne, fut donc réalisé et dévoilé en 1914.

Dans les années 1950/1960, à part l’apparition de quelques graffitis et l’attaque des parties intimes de l’ange par une ou plusieurs personnes, le monument a survécu relativement sans dommages jusqu’en 1985. Puis, les années suivantes les graffitis reprirent de plus belle. Les frais récurrents de nettoyage auxquels étaient confrontés les descendants de Wilde et Ross (Les cendres de ce dernier ont été placées dans la tombe en 1950) les incitèrent à demander le classement du tombeau aux monuments historiques, espérant ainsi dissuader les vandales.

En 1995 après un nettoyage complet et un travail de restauration effectué grâce à la générosité du gouvernement irlandais, les Monuments Historiques acceptèrent d’inscrire le mausolée sur « la liste supplémentaire », l’équivalent du Grade II au Royaume Uni, et suggérèrent qu’une demande soit faite pour l’obtention du statut « Monument Historique » ce qui fut évidemment accordé deux ans plus tard. La tombe de Wilde est donc maintenant clairement répertoriée Monument Historique.

Malheureusement depuis 1999, les graffitis ont été remplacés par une autre dégradation beaucoup plus sévère : le rouge à lèvre laissé par les baisés des touristes. La matière grasse de celui-ci pénètre dans la pierre et laisse longtemps après que la couleur ait passé, une trace ombrée indélébile. A la base du tombeau une plaque de bronze a été apposée avec cette inscription en anglais et français :

                     RESPECTEZ LA MEMOIRE D’OSCAR WILDE
ET NE DÉGRADEZ PAS SA TOMBE. ELLE EST PROTEGEE PAR LA LOI EN TANT QUE MONUMENT HISTORIQUE ET A ETE RESTAUREE EN 1992

Avertissement malheureusement resté sans effet. « Déposer un baiser sur la tombe d’Oscar » au cours d’un circuit touristique est devenu le passe temps favori et incessant des visiteurs. D’un point de vue technique la tombe est sur le point d’être endommagée de façon irréparable. Chaque nettoyage nécessite une usure de la pierre la rendant encore plus poreuse et de plus en plus difficile à ravaler.

Aujourd’hui une fois encore, les Irlandais viennent au secours de ce monument et financent un ravalement radical et un dégraissement de la tombe, ainsi que la mise en place d’une barrière de verre pour empêcher les fans de baisers au rouge à lèvre de causer plus de dommages.

Ce projet de rénovation et de protection de la sépulture sera célébré au Père Lachaise le 30 novembre, lors du 111e anniversaire de la mort de Wilde en présence du Ministre Irlandais des Arts, de la Culture et du Gaeltacht, Mr Dinny McGinley TD, de l’Ambassadeur d’Irlande et d’officiels français de haut rang. L’acteur Rupert Everett, sera l’hôte d’honneur de cette cérémonie. En espérant que cet événement attirera l’attention sur ce problème et fera prendre conscience aux visiteurs des dommages causés par leurs prédécesseurs et les incitera à respecter ce tombeau.

(source : Association des Journalistes du Patrimoine/AJP)

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     ROLAND PETIT, Le Rendez-vous, Le Loup, Le Jeune homme et la  mort :
                                           souvenir d’une trilogie mythique                                                    

Le portrait de Roland Petit par Jean Cocteau

Avec Roland Petit, décédé le 10 juillet 2011 à 87 ans, disparaît un des plus grands chorégraphes français. Ses créations, dès le milieu des années 1940, se sont inscrites d’emblée dans le foisonnement artistique de cette époque de l’après-guerre. À ses chorégraphies seront associés les noms de grands danseurs, comme Rudolph Nouréev et Margot Fonteyn, Jean Babilée, Nina Vyroubova ou Maurice Béjart, mais aussi ceux de peintres, musiciens et écrivains, comme Picasso, Dutilleux, Prévert, Cocteau, Kosma, Carzou… Une réunion de talents toujours inspirée, comme on avait pu l’apprécier en septembre/octobre 2010 avec la reprise à l’Opéra de Paris des trois ballets, Le Rendez-vous, Le Loup et Le Jeune homme et la mort. Roland Petit avait alors lui-même participé aux répétitions de ces trois créations mythiques, emblématiques de sa vision théâtrale de la danse.

A dire vrai ce n’est pas tant la signature de Roland Petit qui m’avait poussée à l’Opéra Garnier, ce 1er octobre 2010, que celle du compositeur Henri Dutilleux, pour la musique du ballet Le Loup. Dois-je l’avouer, je ne voyais jusque là dans le chorégraphe que l’auteur de la revue musicale Mon truc en plumes, créé en 1961 pour son épouse, la danseuse Zizi Jeanmaire, rencontrée à l’école de l’Opéra de Paris en 1944. Et ce « truc » là n’était pas trop le mien…

J’allais donc à la rencontre de la musique de Dutilleux écrite en 1953 pour Roland Petit. Je ne connaissais pas cette œuvre mais son évocation, par son auteur dans un article du monde, avec notamment la « Plainte du loup, jouée au basson avec accompagnement de contrebasses en pizzicato », m’avait émue. (1) Si l’on ajoute que l’argument était signé de Jean Anouilh et Georges Neveux et les décors et costumes de Jean Carzou, ce Loup là devenait vraiment très tentant. Et sur son chemin, le petit chaperon rouge allait faire de bien belles découvertes….

Roland Petit dans "Le Rendez-vous" /1946

A commencer par Le Rendez-vous…Le deuxième ballet important de Roland Petit, après Les Forains, en 1945. Un rendez-vous avec le destin, donc la mort. Un lieu, Paris. Le Paris à la fois réaliste et baigné d’étrangeté des films de Carné : rien d’étonnant, puisque Jacques Prévert pour l’argument, Joseph Kosma pour la musique et Brassaï pour les décors photographiques – tous trois fidèles collaborateurs du cinéaste – ont participé à l’aventure. Sans oublier le rideau de scène réalisé à partir d’une toile de Picasso. « Sur laquelle on voyait un bougeoir avec la bougie allumée, et à droite, un domino, le tout exécuté dans une harmonie de bleu, mauve, beige et noir » . (2)

Le rideau rouge se lèvera donc sur le rideau de Picasso, en 1945 comme en 2010, pour le rendez-vous d’un jeune homme avec son destin. Lequel prendra l’apparence de « la plus belle fille du monde » qui dans l’étreinte de la danse saisira le rasoir fatal…

Il y a une belle osmose entre l’atmosphère suggérée par les photographies de Brassaï, la musique et la chorégraphie, à la fois danse et théâtre. « Je ne sais comment l’idée m’était venue, mais j’av ais trouvé des expressions assez poussées, avec des danseurs en pantalon et qui n’exécutaient pas vraiment les pas habituelles des ballets classiques », écrit Roland Petit. Il y a aussi la garçonne aux talons hauts… On pense irrésistiblement à la comédie musicale au cinéma telle que Gene Kelly va la consacrer quelques années plus tard (1951) avec Un Américain à Paris. C’est d’ailleurs dans la capitale française que le danseur et réalisateur américain a repéré Leslie Caron, alors membre du ballet de Roland Petit, pour en faire sa partenaire dans le film…. (3)

Maquette des décors de Wakhevitch pour "Le Jeune homme et la mort"

Pour Le Jeune homme et la mort, créé en 1946, c‘est à Jean Cocteau que Roland Petit est venu demander l’argument d’un ballet destiné à ouvrir la saison au Théâtre des Champs Elysées, après le succès des Forains et du Rendez-vous. « Qui mieux que notre ami magicien, pouvait imaginer la théâtralité du ballet dont nous rêvions pour Jean Babilée, notre grand danseur ? ». (4) L’ami magicien avait ce qu’il fallait : dans un atelier sous les toits de Paris,  un jeune peintre désespéré se pend après avoir été bafoué par, croit-il, la jeune fille qu’il aime… C’était en fait la mort… le décor se soulève, les murs de la chambre s’effacent, faisant place aux toits de Paris où disparaissent les deux personnages…Un moment de magie.

Jérémie Belingard dans "Le Jeune homme et la mort" /2010

« Ce ballet était plus qu’une chorégraphie, il fallait le vivre », se souvient Jean Babilée. (5) C’est en effet un ballet très physique, où le danseur doit faire preuve de capacités acrobatiques. Après Babilée et Nouréev, Stéphane Bullion (en alternance avec Jérémie Belingard) est excellent – en salopette comme il est de rigueur depuis la création du rôle -, tout comme Eléonora Abbagnato, les interprètes de ce 1er octobre 2011. On a aimé aussi la musique, celle de Bach, et les libertés prises avec cette passacaille en do mineur en particulier l’interprétation « jazzy » qui ponctue l’apparition de la jeune fille, en robe jaune et gants noirs, coupe de cheveux à la Juliette Gréco…

Et Le Loup ? Ah, Le loup ! Avec lui, changement radical de décor : forêt et monde rural. Ce qui veut dire fêtes colorées, enchantement possible mais aussi rudesse et cruauté. Car Le Loup est un conte fantastique cruel, une sorte de variante tragique de La Belle et la bête où l’amour ne transforme pas la bête en homme et où tous deux meurent sous les coups de fourche des villageois, horrifiés par cette union « contre nature ». La chorégraphie de Roland Petit nourrit de sensualité et de poésie la progression dramatique de cette histoire –  encore une – d’amour et de mort. Sans qu’on sache, de la musique – sublime – et de la danse, laquelle inspire l’autre, tant l’accord est parfait. Il faut savoir qu’Henri Dutilleux a composé la partition en trois mois apportant chaque jour à Roland Petit quelques minutes de musique sur lesquelles celui-ci réglait sa chorégraphie. Une musique que Dutilleux dit avoir écrite « dans un style volontairement expressionniste » et qui est à ses yeux « indissolublement liée aux autres éléments du ballet : argument, chorégraphie, décors ». Au point qu’il ne voulait pas la faire jouer en concert, ce qui explique la difficulté à trouver un enregistrement.

"Le Loup", Benjamin Pech et Laetitia Pujol en répétition / Anne Deniau

Roland Petit dans "Le Loup" / 1953 / Roger Viollet

Mais revenons au Loup. Si les crocs dont Roland Petit était affublé lors de la création du ballet en 1953 nous semblent aujourd’hui un brin ridicules, délaissant cet attribut, Benjamin Pech réussit un formidable Loup, exprimant par les mouvements de son corps  – ah, ce subtil frémissement de la jambe/patte ! – à la fois l’animalité du loup et ses sentiments de désir ou de peur.

Comme on comprend La Jeune fille – très sensible Laetitia Pujol – qui préfère la sincérité du Loup à l’inconstance du Jeune homme, lequel s’enfuit avec la Bohémienne, le jour même de ses noces…

A méditer.

Maquette de Carzou pour le 1er tableau de Le Loup / ADAGP, Paris 2010

(1) Dans un article de Pierre Gervasoni in Le Monde daté du 27/8/2010
(2) Douglas Cooper, Picasso Théâtre, Le Cercle d’art, Paris 1987
(3) Leslie Caron, Une Française à Hollywood, éditions Baker Street
(4) Roland Petit, J’ai dansé sur les flots, Grasset Paris, 1993
(5) La Croix, 26 mai 2010

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 ANNIVERSAIRE

Il y a 300 ans, le 26 avril 1711, naissait Jeanne-Marie Leprince de Beaumont…                                                   

…. ça ne vous dit rien?
Si on ajoute La Belle et la Bête, ça se précise?

Mme Leprince de Beaumont est en effet l’auteure de ce conte célèbre. Ou plutôt celle par qui cette histoire connue depuis l’Antiquité (Apulée et son Ane d’Or) et apparue pour la première fois en France sous la plume de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, en 1740, dans le recueil la Jeune Amériquaine et les contes marins, connut le succès, grâce à la  version abrégée qu’elle en fit et publia à son tour en 1757 dans un recueil intitulé Magasin des enfants. Une version qui sera la base de toutes les adaptations ultérieures.

Bien sûr, on ne peut s’empêcher d’évoquer celle de Jean Cocteau pour le cinéma en 1946, en vertu de laquelle pour bon nombre d’entre nous la Bête a désormais la voix de Jean Marais, derrière son masque de fauve douloureux.

C’est un conte qui m’a toujours beaucoup émue. Pourquoi ? J’ai tenté de m’en expliquer il y a une quinzaine d’années dans la préface à une édition portugaise des contes de Mme de Beaumont.(1)

Peut-être parce qu’il s’agit d’une histoire qui raconte la naissance de l’amour. Où, plus que les enchantements propres aux contes, ce qui domine, c’est le cheminement solitaire vers la capacité d’aimer  (…) Histoire exemplaire, il est vrai, du passage de l’enfance de l’amour à la maturité de l’amour. La belle aime son père d’un amour exclusif – fixation oedipienne pourrait-on dire – contrairement à ses sœurs qui vont faire la fête avec leurs galants, elle reste à la maison et écarte ses prétendants sous le prétexte qu’elle est trop jeune pour se marier. Son père ruiné, elle continuera à refuser les demandes en mariage, affirmant qu’elle ne peut se résoudre à l’abandonner dans son malheur. Un père pour lequel elle sera prête à se sacrifier, après qu’il a cueilli la rose fatidique qui fera apparaître la Bête….Une bête que la Belle apprendra à aimer pour elle-même, sans pour autant renier l’amour filial qu’elle porte à son père, tandis que la Bête aura su attendre la naissance de cet amour, ayant sans doute appris de son expérience passée d’homme qu’il n’y a d’amour que véritablement consenti et que seul celuici pourra lui redonner sa forme humaine… quant aux sœurs égoïstes et frivoles, leur transformation en statues leur donnera le temps de la réflexion… Histoire exemplaire, mais aussi très morale, pour ne pas dire moralisante « …

« Car c’est bien là le but de Mme Leprince de Beaumont, dont la biographie est assez édifiante : « Orpheline de mère, elle aura passé les années d’éveil à la vie dans une institution religieuse où elle s’exerce à la pédagogie, avant de faire un mariage … malheureux. Le mariage annulé, elle reproduit ce qu’elle a vécu : elle lace sa fille dans un pensionnat de religieuses et part pour Londres où elle trouve ‘l’enfant de son cœur’, une petite fille de la haute société dont elle est la gouvernante. Sa vie sera désormais vouée à l’éducation et à la rédaction  d’œuvres pédagogiques qui prendront parfois la forme de recueils de contes comme ce Magasin des enfants, où figure La Belle et la bête. »

Mais par le biais de ces contes pour l’édification des petites et jeunes filles, Mme de Beaumont règle aussi quelques comptes avec son époque, ses mœurs et ces femmes qui tenaient salon et faisaient profession d’esprit : « Vous avez préféré la vertu à la beauté et à l’esprit », dit la fée à la belle après la métamorphose de la Bête en prince. Il y a aussi cette manière d’opposer le bon sens à l’esprit : « tous les soirs, la Bête lui rendait visite et parlait avec elle pendant le souper avec assez de bon sens, mais jamais avec ce qu’on appelle esprit dans le monde »… Quelques pierres jetées au passage dans le jardin de ces femmes qui à l’époque de Mme Leprince de Beaumont (1711-1780), en brillant par leur esprit,  « avaient ainsi conquis espace et reconnaissance dans une société qui les privait d’autonomie, faute de formation et d’activité professionnelle et donc de ressources économiques propres. Une revanche par l’esprit qui allait souvent de pair avec la remise en cause de certains modèles traditionnels. Comme Madame du Deffand, née quasiment avec le siècle et qui mlit tout en œuvre pour échapper aux tutelles parentale puis conjugale en se rendant, par son esprit et son goût du langage, indispensable dans certaines cours du bel esprit et en se liant au grands penseurs et écrivains de ce siècle des Lumières »…

On comprendra aisément pourquoi Mme de Beaumont, avec ses traités d’éducation, dialogues pédagogiques et contes à visées moralisatrices et instructives, suscitera la la moquerie de Voltaire : « Une Madame de Beaumont-le-prince, qui fait des espèces de catéchismes pour les jeunes demoiselles », peut-on lire dans la correspondance du philosophe.

Un jugement lapidaire, que le travail de chercheurs sur l’ensemble de l’activité littéraire de Madame de Beaumont tendrait à nuancer….(2)

Quoiqu’il en soit, le conte de La Belle et la Bête, au su et à l’insu de son auteure, aura traversé les siècles fort de sa richesse symbolique…

La belle et la Bête Walter Crane 1874 /DR

(1) Colares Editora, Sintra, 1996
(2) A ce sujet consulter “La vulgarisation scientifique dans Le Nouveau magasin français de Madame de Beaumont” 

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                                         Eclipse au Jardin des Plantes

Ma visite au Cabinet d’Histoire du Jardin des Plantes à l’occasion de l’exposition Dessins de Champignons d’Aubriet (1) a ravivé quelques souvenirs de ce lieu au charme si particulier dont je suis familière depuis mon installation dans l’arrondissement voisin, il y a une bonne trentaine d’années maintenant. Un lieu que j’ai d’abord connu moribond avec ses bâtiments délabrés et sa ménagerie mal entretenue, avant de le voir renaître progressivement. Notamment, le grand édifice central a été entièrement réhabilité pour abriter la Grande galerie de l’évolution, la ménagerie a été réorganisée et, enfin, les serres entièrement rénovées.

Parmi ces souvenirs il y a celui d’une journée d’été, de la toute fin du XXe siècle…

Le 11 août 1999, nous avions été nombreux à venir au Jardin des Plantes pour assister à l’éclipse totale de soleil, exceptionnellement visible dans la partie nord de la France, très exactement selon une bande d’une centaine de kilomètres allant de Cherbourg à Strasbourg. A Paris, le soleil ne serait caché qu’à 99% – très exactement 99,3% selon l’Observatoire de Paris -, mais l’expérience n’en était pas moins unique… D’autant qu’il faudra attendre 2081 pour la prochaine éclipse totale de soleil visible dans l’hexagone…

Le flot des curieux  – munis des lunettes spéciales qui avaient été abondamment distribuées – avait progressivement grossi sur la vaste esplanade centrale du Jardin des Plantes, dont les pelouses avaient été exceptionnellement investies pour l’occasion.

C’était la mi-journée. Nous étions pour la plupart silencieux, dans l’attente du moment fatidique, ce qui rendait les bavards particulièrement importuns…

C’était très étrange de voir le ciel commencer à s’obscurcir en plein midi, avec une sensation de fraîcheur, qui n’était pas qu’une impression… Puis on vit le soleil disparaître progressivement, puis réapparaître. Et avec lui la pleine lumière d’été et le temps un moment suspendu reprenant son cours.
Il n’y avait plus qu’à quitter le jardin, remonter le boulevard, avec les terrasses de café bruissant des commentaires de ceux qui avaient eu le sentiment de vivre un moment aussi éphèmère qu’intense…


(1) Pour lire l’article, cliquer ici
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“2010  BLOG REVIEW”,  ou un peu d’auto-satisfaction…

… que je tenais à partager avec les abonné(e)s de ce blog, et autres lecteurs (ceux que la langue de Shakespeare, qui est aussi celle de WordPress, ne rebute pas). Merci à tous!

Crunchy numbers

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A Boeing 747-400 passenger jet can hold 416 passengers. This blog was viewed about6,900 times in 2010. That’s about 17 full 747s.

In 2010, there were 39 new posts, not bad for the first year! There were 325 pictures uploaded, taking up a total of 149mb. That’s about 6 pictures per week.

The busiest day of the year was October 11th with 106 views. The most popular post that day was CHIOTISSIME! ou le tour du monde en 46 toilettes….

Where did they come from?

The top referring sites in 2010 were WordPress Dashboardmail.yahoo.com,facebook.compatrimoine.blog.pelerin.info, and mail.live.com.

Some visitors came searching, mostly for chiotissimedanielle bircklucie froletde belles choses, and eva jospin.

Attractions in 2010

These are the posts and pages that got the most views in 2010 :

1- CHIOTISSIME! ou le tour du monde en 46 toilettes… September 2010 /      1 comment

2 – Boutons, de la passion à la phobie June 2010  /2 comments


4- Birck à Brac May 2010 / 2 comments

5 - La petite danseuse sur grand écran July 2010 / 1 comment

The stats helper monkeys at WordPress.com mulled over how this blog did in 2010, and here’s a high level summary of its overall blog health:

Healthy blog!

The Blog-Health-o-Meter™ reads Fresher than ever.  We think you did great!

En route pour 2011 !

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L’Illusion comique de Corneille: une réjouissante version filmée

Denis Podalydès/Matamore sur les toits de l'Hôtel du Louvre/Photo écran TV/DB

Les téléspectateurs curieux qui auront su lire entre les lignes de leur programme TV et  eu la patience d’attendre 22h50, le 17 décembre, pour découvrir sur France2 l’adaptation cinématographique de l’Illusion comique de Corneille réalisée par Mathieu Amalric pour la Comédie-Française, n’auront pas été déçus.

« Gonflé », « barré », a-t-on pu lire dans la presse pour qualifier cet objet insolite, on peut ajouter parfaitement décalé et hautement réjouissant.

Suliane Brahim/Isabelle - Photo écran TV/DB

Il faut dire qu’avec Amalric derrière la caméra (alors en plein tournage de Tournée) et Denis Podalydès dans le rôle de Matamore, on pouvait déjà compter sur deux artistes particulièrement « habités ». Et tous les autres sont excellents, la distribution étant quasiment la même que celle de la pièce créée salle Richelieu en 2008 (1): Loïc Corbery en Clindor, Hervé Pierre en magicien (alias Alcandre, alias Clés d’or), Julie Sicard incarne Lyse, la servante et rivale d’Isabelle, la très photogénique Suliane Brahim… Citons Alain Lenglet (Pridamant), Jean-Baptiste Malartre, Adrien Gamba-Gontard et Muriel Mayette.

Rappelons l’intrigue de cette pièce un peu particulière dans le répertoire cornélien, que l’auteur lui-même qualifiait d’« étrange monstre », oscillant entre comédie et tragédie (2): un père (Pridamant) cherche son fils (Clindor) que sa sévérité a fait fuir et qu’il n’a plus vu depuis dix ans. Sur les conseils d’un ami (Dorante), il se rend dans la grotte d’un magicien (Alcandre) qui a le pouvoir de lui montrer la vie menée par son fils. Une vie de bohème au service de Matamore (le nom dit tout) et de l’amour pour la belle et vive d’esprit Isabelle.

Hervé Pierre- Alcandre / Photo Ecran TV/DB

L’adaptation cinéma de Mathieu Amalric transpose l’action sur le mode série noire dans la société contemporaine, plus précisément le monde industrialo-financier (avec quelques Japonais en prime !). Clindor est un jeune cadre et le magicien est devenu le concierge régnant sur les caméras de surveillance d’un grand hôtel parisien – l’Hôtel du Louvre, en face du Français – qu’Amalric filme nerveusement des toits aux sous-sols, en passant par le parking, la réception, le bar et les chambres.

Quant à la langue, c’est bien sûr celle de Corneille et ses alexandrins, qui « passent » admirablement bien, que ce soit en voix-off ou dans les dialogues, notamment de dispute amoureuse… Avec des moments de savoureux décalages, comme lorsque le texte de Corneille devient celui d’un mail en train d’être rédigé sur l’ordinateur de Julie Sicard/Lyse… Il y en a d’ailleurs quelques-uns, de ces alexandrins, qu’on a envie de grappiller pour notre usage quotidien :« Voici mon importun, souffrez que je l’évite » ou « Que vous auriez d’esprit, si vous saviez vous taire »…

Julie Sicard/Lyse /Photo écran TV/DB

En produisant chaque saison des films dirigés par des réalisateurs de cinéma, il s’agit pour la Comédie-Française de constituer une nouvelle collection de son répertoire. Une initiative de sa directrice Muriel Mayette : « Nous voulons, explique-t-elle, enrichir notre programmation en y inscrivant une œuvre cinématographique singulière, qui témoignera des différentes écritures, des différents styles, des différents thèmes des auteurs dramatiques ».

L’Illusion comique est le troisième titre de cette nouvelle collection, après Partage de midi, réalisé par Claude Mouriéras d’après l’œuvre de Paul Claudel, et Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce réalisé par Olivier Ducastel et Jacques Martineau.

On attend la suite ….

Denis Podalydès-Matamore / Photo écran TV/DB

(1) Et dont la mise en scène, signée Galin Stoev, nous avait alors bien déçus. Session de rattrapage réussie avec le film!

(2) Voici ce qu’en disait Corneille lui-même dans le prologue de la pièce : «Le premier acte n’est qu’un prologue, les trois suivants font une comédie imparfaite, le dernier est une tragédie, et tout cela cousu ensemble fait une comédie».

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Encore une histoire de … toilettes !

Cette photo-ci ne figurait pas  dans  dans l’exposition Chiotissime (voir aussi ci-dessous), et pourtant, elle aurait attiré l’attention sur ceux et celles qui les fabriquent, nos toilettes de  céramique blanche, sur la précarité du siège, pourrait-on dire ! 139 cuvettes très exactement, alignées sur l’herbe, avec chacune une croix  portant le nom d’un des 139 salariés de l’entreprise Jacob Delafon, à Brive-la-Gaillarde en Corrèze. “On fabrique des WC mais nous ne sommes pas de la merde” ! Des salariés “en Kohler” (Le Monde Magazine en date du 10 avril 2010 n’a pas résisté! ) qui protestent contre la décision du groupe Kohler France de fermer leur usine à la fin de l’été!

La nouvelle était tombé fin mars. Les ouvriers en état de siège ont installé leur cimetière de victimes du système libéral, bloqué l’usine, retenu trois cadres, jusqu’à ce que fin juin,  un compromis ait pu être trouvé sur les indemnités de licenciement.

Reste cette photographie, témoignage d’un combat inégal et de l’humour féroce et désespéré de ses victimes ….

Chiotissime, suite : un petit coin de lecture….

Henry Miller, disions-nous, a écrit Lire aux cabinets. Comment résister à un pareil titre? Qu’un grand écrivain cautionne de sa réflexion une pratique somme toute banale mais dont personne ne songerait à faire état en société et sur laquelle “on a dit bien peu de choses” , suffit à éveiller une curiosité que la petite édition Folio à deux euros nous permet de satisfaire à peu de frais…

Si Henry Miller dit préférer désormais aller dans les bois, “de préférence auprès d’un torrent“, quand il cherche  ”la paix et la  tranquillité pour lire“, il n’en a pas toujours été ainsi. “Quand j’étais jeune garçon, et que je cherchais un endroit où dévorer en paix les classiques  interdits, je me réfugiais parfois aux cabinets“, confie-t-il.

Lire aux cabinets serait donc un péché de jeunesse, en conclut un peu rapidement le lecteur, encore que le mot de péché convienne bien peu à ce pourfendeur de l’hypocrisie et du puritanisme américains qu’est Henry Miller. Avec l’âge adulte, il semblerait – selon les informations que Miller a pu “glaner au cours de conversations avec [des] amis intimes” – que les cabinets deviennent le lieu non plus de l’interdit, mais de la futilité : digests, magazines illustrés, feuilletons, romans policiers ou d’aventures, bref, “tout le rebut de la littérature“. C’est dit.

Suit une digression assez inattendue sur les “mères de famille”.  Certaines d’entre elles n’affirment-elles pas que “les cabinets sont le seul endroit où elles aient la possibilité de lire“? Une douzaine d’années après Le Cauchemar climatisé (publié en 1945), Henry Miller poursuit sa dénonciation du conformisme d’une société américaine obsédée par l’aspiration au confort matériel.

Une pièce comme une autre Jeune femme lisant dans une salle de bain. (Milan – 1997) Ferdinando Scianna / Magnum Photos

Pauvres mères, se gausse-t-il, la vie est vraiment dure pour vous à notre époque“. Et de se demander à quoi servent tous ces “économiseurs de travail” que sont les appareils électroménagers… sans oublier les baby-sitters! Un peu sévère, et surtout facile, dira-t-on. Certes. Mais le plus drôle est à venir, quand Miller se tourne vers les pères américains – “ces pauvres diables qui n’arrivent pas à savoir quel est leur véritable rôle” – pour leur suggérer la conduite à tenir  lorsque leurs épouses jouent les prolongations au “petit coin” , mettant leurs nerfs à dure épreuve : “Mais alors qu’est-ce qu’elle fait la-dedans, bon Dieu“! S’ensuivent des dialogues  désopilants entre monsieur et madame au travers de la porte des chiottes, et des propositions non moins désopilantes d’ouvrages à mettre dans celles-ci pour tenter d’enrayer la funeste addiction de l’épouse… Certains auteurs en prennent pour leur grade, au passage.

Mais, tout compte fait, ne serait-il pas préférable de profiter de ce moment d’accomplissement de nos fonctions naturelles pour “méditer“, tout simplement ? Sur le temps libre, par exemple, ou sur la manière dont nos intestins fonctionneront lorsque nous voyagerons dans l’espace et ne serons plus soumis à la pesanteur?

Quoiqu’il en soit, un conseil “sûr”: “si vos intestins refusent de fonctionner, allez consulter un médecin herboriste chinois! Ne lisez pas pour distraire votre esprit de l’opération en cours“…

Si Lire aux cabinets, de Henry Miller est “le seul livre consacré explicitement à cet exercice par un écrivain renommé“, explique-t-on dans le catalogue de l’exposition Chiotissime!, “rares sont les écrivains qui n’aient pas abordé la question au fil de leurs oeuvres”. Et de citer Proust, Balzac, Céline…. Libre à ceux que ça tente de mener l’enquête!

Et qu’on ne dise pas de cet article, que “franchement il est bon à mettre au cabinet “, comme le dit Alceste du sonnet d’Oronte…  Même si au temps de Molière, le mot ne désignait pas tout à fait le même endroit, ce n’en était pas moins extrêmement désobligeant pour l’auteur …

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Abbaye de Fontevraud, histoires de femmes, d’Eve à Nannerl

On l’a vu (1), ce qui fait entre autres l’originalité de l’abbaye de Fontevraud, c’est que, dès sa fondation au XIIe siècle, elle a été placée sous l’autorité d’une abbesse. Trente six s’y succédèrent – dans leur grande majorité de sang royal – jusqu’en 1792. Il s’agissait pourtant d’un ordre double (mixte si l’on préfère) avec trois monastères de moniales et un de moines. Si l’abbaye relevait de l’autorité ultime et exclusive du roi et du pape, en interne, si l’on peut dire, “les femmes commandaient aux hommes“, résumera notre guide.  Cette véritable cité monastique était donc organisée autour du monastère principal des femmes, le Grand-Moûtier.

C’est dans celui-ci que se trouve la salle capitulaire, et ses fresques magnifiques. On y accède par un  portail sculpté, où sont représentées les principales scènes de l’ancien testament.

Le pouvoir des femmes, oui. Mais il ne faudrait pas oublier que la première d’entre elles a quand même fait une grosse bêtise en mangeant du fruit défendu ! Et la petite Eve à droite dans la voussure du portail, toute mignonne en ses courbes, vient de s’en rendre compte. Aïe! Pauvre de moi, qu’ai-je fait ? …  Tandis qu’en face Adam, tout en muscles, maîtrise  le serpent qui s’est enroulé autour de sa jambe en le maintenant à hauteur d’homme d’une poigne ferme – style “moi tu ne m’auras pas” – le regard tourné vers Eve…

Il ne manque que les bulles …. à chacun d’imaginer!

Revenons à l’Histoire.

Fontevraud, abbaye royale, gouvernée par une abbesse, accueillit beaucoup de filles de sang royal. Les plus illustres pensionnaires ont été les quatre dernières filles de Louis XV (sur les huit qu’il eut de Marie Leszczynska) : Victoire (cinq ans à son arrivée), Sophie (quatre ans), Thérèse-Félicité (deux ans) et Louise-Marie (onze mois).  Trop de filles royales à Versailles aurait donné un pouvoir excessif à la reine… Un logis spécial “dit des “Filles de France” sera construit. Elles resteront à Fontevraud de 1738 à 1750.

Un épisode que connaissait le réalisateur René Feret, et dont il s’est inspiré dans son dernier film (splendide), Nannerl, la soeur de Mozart.

Féret scénariste a pris des libertés avec la chronologie,  et avec l’Histoire en imaginant une rencontre entre Nannerl (la soeur ainée de Mozart est née en 1751) et les filles de Louis XV à Fontevraud pendant la tournée européenne de la famille Mozart au milieu des années 1760.  Autre liberté : la rencontre n’a pas été filmée à Fontevraud, mais dans l’abbaye de Valloires, dans le  nord.

C’est en lisant les lettres de Léopold Mozart écrites lors cette tournée que René Feret a été interpellé par le personnage de Maria Anna Mozart, surnommée Nannerl et elle aussi remarquable musicienne.  Elle a d’ailleurs été le premier enfant prodige de la famille, avant que Wolfgang n’occupe toute la place et que Nannerl ne soit écartée de la création artistique par son père qui refuse de lui enseigner la composition…

L’air du temps : c’est habillée en homme que Nannerl devra assister aux cours de composition de l’Académie de musique à Paris où les femmes n’étaient pas admises …

Au fait, c’est en 1980 que l’Académie Française accueillait pour la première fois une femme, Marguerite Yourcenar…

Abbaye de Fontevraud, entrée et intérieur de la salle capitulaire/Photo DB

(1) voir article : http://debelleschoses.com/2010/07/08/abbaye-de-fontevraud-la-french-multitouch/

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“Ma” Petite Danseuse

Il m’a fallu attendre un peu avant d’évoquer ma relation personnelle avec La Petite Danseuse de Degas. Le temps de recevoir l’ouvrage commandé sur internet et dans lequel je l’avais découverte, parmi les Cent Merveilles, choisies par Sacha Guitry.

J’ai donc retrouvé ce livre. Un livre d’occasion, défraichi,  papier jauni, peut-être celui-là même que j’avais longtemps eu dans ma bibliothèque avant qu’il n’en disparaisse, sans savoir comment. Je l’ai feuilleté avec une certaine émotion.
C’était au milieu des années 1950, bien avant que la produits-dérivées-mania ne s’empare de l’étrange sculpture. Etrange, oui. Car pour moi, petite fille d’une huitaine d’années qui s’essayait à la danse classique et dont le corps et le coeur frémissaient devant chaque image de danseuse, celle-là  - que quatre pages de photographies en noir et blanc montraient de face, de profil, de dos  - me déroutait par son manque de grâce.

J’aimerais bien pouvoir réentendre aujourd’hui ce qu’en avait dit alors Sacha Guitry. Car les très exactement cent quatre images contenues dans ce livre correspondaient aux cent quatre sujets évoqués dans autant d’émissions radiophoniques par l’acteur et auteur dramatique, à raison de deux programmes hebdomadaires d’environ huit minutes chacun.

Je soupçonne fort mon père d’avoir  acheté le livre davantage en hommage à la misogynie légendaire de son auteur qu’une voix et un ton inimitables rendaient encore plus féroce, que par un goût de l’art qui n’était pas trop le genre de la maison familiale. Quoiqu’il en soit, j’ai le souvenir de quelques soirées où lui (mon père) et moi, assis à la table de la cuisine, le livre ouvert à la page du jour, nous écoutions Sacha Guitry commenter La Joconde et son sourire (c’était bien sûr, la première de ces Cents Merveilles), Les Nymphéas de Monet, le château de Versailles, ou une lettre d’Anatole France, et bien d’autres choses encore.

Je me souviens aussi que l’ordre de diffusion des émissions ne correspondait pas forcément à celui des pages, ce qui a parfois compliqué notre écoute.

Et puis la Petite Danseuse a disparu pendant quelques décennies de mon horizon -peut-être l’ai-je entraperçue, distraitement, lors d’une visite au Musée d’Orsay – jusqu’à ce que je la retrouve, de manière a priori inattendue, au printemps 2010 à l’occasion de l’exposition Crimes et Châtiments, dans ce même musée.

La Petite Danseuse de quatorze ans, y était devenue un exemple de cette “criminalité” en devenir, selon les théories de science  et d’anthropologie criminelles en vogue au XIXe siècle, phrénologie et physiognomie, et autres doctrines de l’atavisme qui prétendaient expliquer les liens permanents entre physiologie animale et visage humain. La statue était là, avec d’autres tableaux et dessins de Degas, comme illustration de la curiosité de l’artiste pour ces doctrines, alimentée par sa fréquentation des  prétoires et des bordels. Comme aussi de l’Opéra “tout autant antichambre de l’art que de la luxure“, dont l’atmosphère a été si bien restituée dans le ballet La Petite danseuse de Degas (voir article).

Produits-dérivés-mania/photo DB

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Des boutons et des mots

On a pu le vérifier avec l’exposition de la Fondation Mona Bismarck : les boutons ça a sacrément à voir avec l’enfance. Qu’on les aime… ou qu’on en ait peur. Car on aura découvert à cette occasion que la buttons phobia est plus répandue qu’on ne pourrait l’imaginer. Et tant mieux, parce qu’en français, c’est vraiment un très joli mot : fibulanophobie. Mais très difficile à placer dans la conversation sans avoir l’air un tantinet pédant.

Boutons en corozo/ DR

Mieux vaut en revenir à l’enfance. Celle de beaucoup de baby-boomers qui ont souvent renversé la boite à boutons de leur mère ou grand-mère pour s’amuser à regarder, trier, classer ces petits objets de nacre, de métal, de cuir, de tissu, de plastique… Mais avant le plastique, il y a eu le corozo. Cet ivoire végétal, issu d’un fruit à coque des forêts équatoriennes. Bien avant d’en connaître l’origine exotique ce mot m’a enchantée. Un mot en “o” qui allait bien avec les habits masculins : veston, pantalon, gabardine dont ma mère recousait ou changeait les boutons. la gabardine, c’était joli aussi – le vêtement prenant le nom du tissu dont il est fait. (métonymie ou synecdoque?) Plus tard,  on dira “imperméable”, puis “imper” …

Quand j’étais petite on “boutonnait” beaucoup : “Boutonne ton manteau, ton gilet, etc… ” Au lycée, ce sera : “boutonnez votre blouse”! En fait on omettait volontairement de boutonner le premier bouton de la blouse obligatoire, pour masquer nos nom et classe brodés sur l’empiècement.

Il y avait aussi la chanson La Môme aux boutons, de et par Lucette Raillat, qu’interprétera également Bourvil… Quasiment la préhistoire!  Allez, pour vous faire une idée, juste le refrain :

C’est la môme aux boutons – ton / Aux boutons de culottes / Pauvre môme pâlotte / Qui vendait sans façon /Qui vendait du bouton – ton / Pour sauver – quel apôtre – / Toutes les culottes des autres / Et gagner son croûton…

Mais, on s’en doute,  ça va très mal se terminer pour la Môme aux boutons qui va donner son coeur à un garçon qui est dans la fermeture Eclair… (pour écouter cliquer ci-dessus)

Et puis,  trois ou quatre ans plus tard, au tout début des années 1960, il y aura  La guerre des boutons, le fameux film d’Yves Robert qui a franchi allègrement décennies et générations…

Encore un mot lié à l’univers d’enfance des boutons : “Ovomaltine”. C’est une boite en fer de cette poudre cacaotée à base de malt d’orge dont on faisait – fait encore? – les petits déjeuners  des enfants, qui contenait la réserve de boutons avec laquelle je me suis longtemps amusée…

Enfin, pour ceux, qui devenus adultes, ont gardé ou acquis  le goût des boutons et de leur collection,  j’ai découvert en furetant sur internet, le très intéressant site d’un fibulanomiste (ce sera le mot de la fin).

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A propos des contes de Grimm

Colares Editora / Portugal

J’ai un tropisme certain pour les contes, en particulier pour ceux recueillis par les frères Grimm au XIXe siècle. Non que l’on m’en ait lus beaucoup quand j’étais petite. Cela a commencé beaucoup plus tard, un été au début des années 1970, par l’achat dans une librairie d’Issoire (ville du centre de la France) d’une édition en deux volumes de ce qui apparaissait comme une version intégrale, non édulcorée et sans illustrations, des “Contes de Grimm”. Pourquoi cet achat? J’ai un peu oublié, mais cela avait certainement à voir avec mes lectures et études d’alors sur la psychanalyse et le langage. Quoiqu’il en soit je me suis plongée dans  ces Kinder-und-Hausmärchen (Contes de l’enfance et du foyer), restitués sans en atténuer la dureté ou la bizarrerie.

Inutile de dire que la férue d’analyse freudienne y a trouvé son jus, comme ma fille son plaisir, quelques années plus tard. En témoigne l’affaissement de la reliure de toile verte des deux volumes, qui ont déserté mes étagères pour celles de la dite fille lorsqu’elle a quitté le domicile maternel (comme quoi point n’est besoin de côtoyer une marâtre pour avoir envie de faire seule l’expérience de la vie… ).

Entre temps, mes étagères s’étaient enrichies, entre autres, du livre de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, ouvrage de référence traduit en France en 1976, de la sélection des contes de Grimm présentés et préfacés par Marthe Robert (autre référence) et des éditions de contes (Grimm, Perrault, Andersen, Madame d’Aulnoy, etc…) publiés au Portugal par Colares Editora, et où j’ai signé quelques pré et postfaces…

Enfin, dernière acquisition (cadeau  pour mon anniversaire l’an dernier : c’est là qu’on reconnait ses vraies amies…) : la toute nouvelle édition complète en deux volumes – présentée comme la Première traduction intégrale commentée - des  Contes de Jacob et Wilhelm Grimm, publiée chez José Corti.

On comprendra que, outre sa qualité intrinsèque, je me sois réjouie du spectacle créé par Olivier Py !


4 réponses à Birck à Brac

  1. Ping : Boutons, de la passion à la phobie | De Belles choses

  2. Ping : CHIOTISSIME! ou le tour du monde en 46 toilettes… | De Belles choses

  3. Loy Rolim dit :

    J’aime votre regard sur la vie…
    Il y a dans votre écriture le goût du texte. vous êtes “une écrivante”
    amicalement
    L.R.

  4. Ping : OSCAR WILDE : Please, no more kisses … | De Belles choses

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