Hanoi 1010-2010, Mille ans d’éternité

Le Vietnam célèbre cette année le millénaire de la fondation de la ville de Thang Long –Hanoi. A Paris, le Musée de l’Armée se fait l’écho de cette célébration avec une exposition photographique mêlant clichés du temps de la présence coloniale française et ceux, récents, du photographe Michel Klein. Un intéressant voyage entre passé et présent et une invitation chaleureuse à la découverte d’une ville et d’un pays.

A voir jusqu’au 31 janvier 2011.

Il y a tout d’abord le contraste entre le noir et blanc et la couleur. Entre les photos issues du fonds indochinois de l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) et celles – les plus nombreuses – prises par Michel Klein, pour la plupart en 2009/2010. Croisant le passé et le présent de la ville millénaire, 134 photographies au total sont exposées sur les murs du « couloir Perpignan » de l’Hôtel des Invalides qui abrite le Musée de l’Armée. Si le présent s’impose, avec plus d’une centaine de clichés, c’est pour insister sur une permanence des hommes, de la culture, des activités, des lieux, de certains monuments et édifices.

 

Michel Klein, Atelier d'un portraitiste

 

Il y a donc aussi une certaine continuité. Le titre même de l’exposition, Mille ans d’éternité, suggère cette idée… Oui, les tortues sculptées du Temple de la Littérature et Université sont toujours là comme symbole de longévité, comme les artisans, les artistes, ou le portraitiste dont les oeuvres ornent les autels des anciens (on aura noté la présence a priori incongrue d’une photo d’Yves Montand dans l’atelier d’un de ces portraitistes). Au bord du Petit lac on vient toujours déposer des offrandes pour la fête du têt, La rue est toujours lieu de commerce et d’activité, le « Ao Dai », le costume « traditionnel » pantalon large et tunique longue habille encore les femmes (si seyant et pratique pour aller à bicyclette, pourquoi l’abandonnerait-on?)….

Michel Klein a choisi une voie étroite, pour ne tomber ni dans le piège de l’exotisme ni dans celui de la focalisation sur l’histoire dramatique au XXe siècle. « Certainement mes origines alsaciennes m’ont rendu sensible aux déchirures du pays et à sa soif d’indépendance. Mais c’est la haute culture vietnamienne qui peu à peu m’a subjugué et m’a permis d’aller à la rencontre d’une réalité et de gens qui m’ont comblé ».

Mais l’Histoire est là, forcément. D’abord dans l’héritage colonial, avec ce qu’il a de plus visible, l’architecture, à commencer par la cathédrale Saint-Joseph, construite à la fin des années 1880 à l’emplacement d’une ancienne pagode, entre le Petit lac et la citadelle, ou le pharaonique théâtre municipal, ou encore la chambre de commerce devenue bureau de poste international. Certains mots du quotidien gardent l’empreinte de la présence française, comme « banh my », le pain, ou plus explicites encore, « omelet, patê, café »… « Il y a eu indéniablement une ‘œuvre’ française qui a laissé sa marque sur le pays, nous dit Michel Klein, même si les égarements du politique et la mainmise de certains intérêts ont détourné le cours de l’histoire vers le pire ».

 

1946 / photo ECPAD, 2010 / photo Michel Klein

 

Ce « pire » est évoqué, discrètement mais explicitement, avec notamment la juxtaposition de deux photographies, de 1946 et de 2010. Sur la première, le général Leclerc, le président Ho chi Min et le commissaire pour le Tonkin, Jean Sainteny, portent un toast à « l’amitié franco-vietnamienne », sur le seconde un monument rappelle les combats de décembre 1946 entre l’armée française et le Vietminh. Un raccourci éloquent… Il y a aussi cette vietnamienne, marchant pressée, dans une rue, dont le visage fermé contraste avec celui d’un jeune militaire français regardant avec un intérêt presque joyeux une échoppe…

De la conversation de deux visiteurs, je saisis quelques bribes : « Ho chi Minh …. On aurait pu éviter une guerre »… Est-ce à cela que pense aussi une femme, une vietnamienne d’un certain âge, en regardant les images d’un film –  images et commentaires typiques de l’ethnographie coloniale – réalisé par le colonel André Lesourd, en 1953 ?

Quoiqu’il en soit, avec cette exposition – au-delà du prétexte historique qui l’a motivée – le photographe Michel Klein atteint son objectif : « donner l’envie d’aller à la rencontre du pays et de sa capitale, de partager avec humilité ce bonheur de Hanoi qui est le mien ».

Pour le Musée de l’Armée, cette exposition sur la ville d’Hanoi « s’inscrit dans une nouvelle orientation visant à évoquer les interventions militaires françaises outre-mer et l’histoire coloniale, en Afrique, en Orient, en Asie et aux Amériques ». Le musée consacrera en effet au cours des prochaines années plusieurs expositions « à l’une des périodes les plus importantes et les plus controversées aux XIXe et XXe siècles ». C’est ainsi qu’en 2013, sera présentée au grand public une exposition  sur la présence française en Indochine, de 1858 à 1956, en partenariat, entre autres, avec le musée Guimet. (1)

 

Les gestes de l'artiste au passé et au présent/photos ECPAD & Michel Klein

 

(1) Le Musée de l’Armée a déjà considérablement élargi au cours des dernières années les thèmes de ses expositions pour s’ouvrir à un plus large public. Citons notamment, en 2007, Amours, guerres et sexualité 1914-1945.

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