« Voyages en Italie de Louis-François Cassas » au musée des Beaux-Arts de Tours.

Le Mont Celio l’une des Collines de Rome © Bibliothèque Mazarine, Paris/ Cliché Suzanne Nagy

Le Mont Celio, l’une des Collines de Rome © Bibliothèque Mazarine, Paris/ Cliché Suzanne Nagy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Louis-François Cassas (1756-1827) compte parmi les grands artistes voyageurs du XVIIIe siècle. L’exposition présentée du 21 novembre 2015 au 22 février 2016 au  musée des Beaux-Arts de Tours s’articule autour des deux longs voyages effectués en Italie par l’artiste. Aux oeuvres issues de l’important fonds Cassas du musée, sont venus s’ajouter de nombreux prêts de musées et institutions français et étrangers, dont une cinquantaine de dessins prêtés par le National Trust et provenant de la collection du marquis de Bristol à Ickworth House en Angleterre. Voyages en Italie, ce sont 116 oeuvres – graphites, pierres noires, lavis, sanguine, aquarelles, gouaches, gravures gouachées et aquarellées, maquettes – qui témoignent à la fois du talent et de la curiosité éclectique du grand dessinateur et voyageur que fut Louis-François Cassas.

Et un enfant du pays, pourrait-on dire : Cassas est en effet né au château d’Azay-le-Ferron (Indre), légué à la Ville de Tours en 1951 et dont les collections sont sous la responsabilité scientifique de la conservation du musée des Beaux-Arts. Depuis sa création en 1956, le fonds Cassas du musée compte plus d’une soixantaine d’oeuvres du dessinateur. Et c’est à Tours, en 1774, que le talent de dessinateur de Cassas sera remarqué pour la première fois, par l’ingénieur des Ponts et Chaussées en charge de la construction du nouveau pont sur la Loire à Tours, Jean Cadet de Limay et son beau-père Aignan-Thomas Desfriches (1715-1800), lui-même dessinateur, collectionneur et riche négociant orléanais.

Vue du port de Saerdam, 1776/ MBA Tours © Dominique Couineau

Vue du port de Saerdam, 1776/ MBA Tours © Dominique Couineau

C’est grâce à ce dernier que Cassas rencontre son premier mécène, le duc de Chabot, fondateur d’une académie privée de dessin à Paris où le jeune artiste reçoit l’enseignement de maîtres comme Hubert Robert (1733-1808) ou Watelet (1718-1786), parmi d’autres. Des années de formation, pendant lesquelles Cassas commence à voyager, dans la vallée de la Loire, en Bretagne et en Hollande. Quelques dessins dans l’exposition illustrent cette époque, dont cette Vue du port de Saerdam », une eau-forte de 1776 qui témoigne de l’admiration de Cassas pour les paysagistes nordiques du XVIIIe siècle.

Si aux XVIIe et XVIIIe siècles, les élites et les artistes sillonnent l’Europe, pour ceux-ci l’Italie est une destination privilégiée, à commencer par Rome. Cassas ne déroge pas à la règle du Grand Tour et fera deux longs séjours dans la péninsule.

Le premier, de 1778 à 1783,  le mène d’abord à Rome où il réside (en externe) à l’Académie de France, avant de se rendre à Naples et au site archéologique de Paestum. Les dessins prêtés par le National Trust de Rome à Naples retracent les étapes de cette pérégrination : Lyon, Genève, Les Alpes, Bologne, Parme, Rome…

« Vue générale de l’Isola Bella sur le lac Majeur », vers 1801 – eau-forte au trait, aquarelle et rehauts de gouache © Rouen, musée des Beaux-Arts

« Vue générale de l’Isola Bella sur le lac Majeur », vers 1801 – eau-forte au trait, aquarelle et rehauts de gouache © Rouen, musée des Beaux-Arts

On remarque tout particulièrement la vue de l’Isola Bella, sur le lac Majeur. C’est en 1779 que Cassas découvre la plus célèbre des îles Borromées dont il exécute de nombreux dessins au crayon graphite. Un de ces dessins conservé à Ickworth, sert de modèle à la gravure réalisée en 1801.

Il se rend au printemps 1782 à Venise, puis à Trieste. « Ses aquarelles du port et de la région de Trieste révèlent un artiste de plein air, admiré par ses contemporains« .

« Vue du port de Messine », 1783 © The Metropolitan Museum of Art, New-York

« Vue du port de Messine », 1783 © The Metropolitan Museum of Art, New-York

On s’attarde sur la Vue du port de Messine : Outre sa qualité de composition et d’exécution, ce dessin grand format (62,2 x 97,7 cm) daté de 1783, et découvert récemment, «  fourmillant de vie et de détails, est très certainement l’ultime témoignage iconographique du port de Messine avant le tremblement de terre des 5 et 7 février 1783 » qui dévasta la ville et fit plus de 12000 victimes.

Valeur d’archive également que ses dessins des temples de Palmyre, qui font écho aux destructions dont le site syrien fait actuellement l’objet. Car le second séjour en Italie de Cassas (1787-1792) a été précédé d’un périple dans l’Empire Ottoman réalisé grâce à son nouveau mécène, le comte de Choiseul-Gouffier, ambassadeur de France à Constantinople. Les dessins de ce voyage en Orient que l’artiste « a vécu au milieu des caravanes, s’apparentent à des dessins de reportage« , souligne Annie Gilet, commissaire scientifique de l’exposition (1). Accrochées dans l’ atelier romain de l’artiste ses aquarelles de Palmyre, du Caire, de la Corne d’Or, de Chypre suscitent l’admiration notamment de Goethe, qui l’exprime dans un texte présenté dans l’exposition. Un siècle plus tard, Lawrence d’Arabie, admirateur de Cassas, écrira: « Cassas m’a inspiré plus que nul autre ». (2)

"Les Ruines de Palmyre", 1821, Musee des beaux-arts de Tours © Dominique Couineau

« Les Ruines de Palmyre », 1821, musée des Beaux-Arts de Tours © Dominique Couineau

L’exposition s’achève sur le Panorama de Rome, c’est à dire la ville vue de ses sept collines de Rome. Il s’agit d’un ensemble de onze vues panoramiques, gravées à l’eau-forte par Bance, rehaussées d’aquarelle et publiées dès 1801 par la chalcographie des frères Piranèse à Paris. De cet ensemble « spectaculaire » – on fait nôtre l’épithète de Annie Gilet – neuf planches sont présentées dans la dernière salle, prêtées par la bibliothèque Mazarine à Paris.

Cassas profite également de son second séjour à Rome – plus tourné vers le travail que par l’exploration des lieux – pour acheter des objets de curiosité destinés à la collection de son mécène le comte de Choiseul-Gouffier, ainsi qu’à la sienne propre. « Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la mode se répand, permis les étrangers cultivés de passage à Rome, qui sont nombreux à faire le « Grand Tour », d’acquérir des « souvenirs » d’un nouveau genre. À côté des gravures et des vedute, des artistes d’origine napolitaine (…) proposent désormais des modèles en liège de monuments antiques, soit dans leur état ruiné, soit tel qu’on imaginait qu’ils devaient être à l’origine… » (3)

Antonio Chichi, "Arc de Constantin"(liège, terre cuite, bois, métaux, sable, lichens et badigeon) ENSBA Paris/Musée d'archéologie de St-Germain-enLaye © Agnès blossier

Antonio Chichi, « Arc de Constantin »(liège, terre cuite, bois, métaux, sable, lichens et badigeon) ENSBA Paris/Musée d’archéologie de St-Germain-enLaye © Agnès blossier

Trois de ces maquettes – le Temple de la Fortune Virile, le Temple de Tivoli et l’Arc de Constantin -, restaurées pour l’occasion sont présentées dans l’exposition. Des pièces rares venues du musée d’archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye et qui frappent par la précision de la reproduction.  On suppose qu’elles faisaient partie de la propre collection de Cassas, sa « Galerie d’architecture » commencée en 1794 et composée de plus de 76 pièces. Quelques gravures de la Galerie donnent à voir l’importance de la collection et l’éclectisme  des pièces.

Un éclectisme que l’on retrouve dans l’ensemble de son  oeuvre, à la fois dans le choix des sujets et leur représentation, avec toujours le regard minutieux et sensible d’un artiste qui fut avant tout un dessinateur. D’ailleurs, pour Annie Gilet, « Si Cassas est ignoré en France, c’est parce qu’il est resté toute sa vie dessinateur et qu’il n’est jamais passé à la peinture ».

Cette belle exposition – saluons au passage la scénographie et la lumière – est un jalon importante dans le travail entrepris depuis plusieurs années par le musée des Beaux-Arts de Tours  pour une meilleure connaissance et reconnaissance de l’oeuvre de Louis-François Cassas.

Par ailleurs, pour ponctuer les derniers jours de l’exposition, le musée des Beaux-Arts propose un concert le vendredi 12 février 2016 hors des sentiers battus, Mozart, Goethe, Cassas. Voyage musical en Italie, replaçant le grand dessinateur dans son contexte artistique et historique. (5)

Jacques M.s. Bence, "Vue générale de la Galerie des cefs-d'oeuvre de l'architecture des différents peuples" © MBA Tours

Jacques M.s. Bence, « Vue générale de la Galerie des cefs-d’oeuvre de l’architecture des différents peuples » © MBA Tours

 

(1) Annie Gilet, conservateur en chef du MBA de Tours,  est spécialiste de Cassas auquel elle a consacré sa thèse de doctorat : Louis-François Cassas (1756-1827) Un dessinateur sur les chemins de l’Empire ottoman en 1784 et 1785. De la découverte au « Voyage pittoresque » . Université de Tours. 1996.
Les dessins d’Orient de Cassas ont fait l’objet d’une exposition au Wallraf-Richartz-Museum de Cologne du 22 avril 1994 au 19 juin 1994 puis au musée des Beaux-Arts de Tours du 19 novembre 1994 au 30 janvier 1995.
(2) Pour en savoir plus sur ce dessin aquarellé de 1821, cliquer ici.
(3) Manuel Royo, Les maquettes de Rome et de Tivoli, article dans le catalogue de l’exposition.
(5) Sébastien Droy (chanteur), Yumiko Tanimura (chanteuse), en duo à la scène comme dans la vie, et Adeline de Preissac (harpiste) interpréterons la musique de leurs contemporains (Mozart, Rosetti…) sur les textes de Goethe (Voyage en Italie) qui célèbrent le talent de Cassas.

Le Cèdre devant l'entrée du Musée des Beaux-Arts de Tours © DeBelleschoses/db

Le Cèdre devant l’entrée du Musée des Beaux-Arts de Tours © DeBelleschoses/db

 

Musée des Beaux-Arts de Tours
18 place François-Sicard
37000 Tours
02 47 05 68 82

 

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